Jouvn. de mécL de Dordeauen, 10 mars
MODIFICATEURS KESPIUATOIRES 125
parler, des réactions défensives et qui traduisent une hyperactivité des cellules muqueuses et de la phagocytose. On doit donc bien souvent favoriser les sécrétions pulmonaires, c'est-à-dire réveiller et maintenir actifs ces procédés de défense naturels, mais en même temps on doit aussi faciliter l'élimination de ces sécrétions en les fluidifiant, élimination qui dégage les ramifications bronchiques et la surface d'hématose et rejette au dehors, en partie au moins, non seulement les éléments pathogènes mais encore leurs toxines et celles qui résultent des putréfactions intra-bronchiques, toxines qui, étant absorbées, peuvent déterminer dans l'économie des troubles plus ou moins graves. A cet égard, certains médicaments sont d'une efficacité réelle ; telles sont les essences végétales comme Teucalyptus et le goménol et les dérivés de la térébenthine, comme la terpine et le terpinol. Notons du reste que ces produits qui s'éliminent, partie par le poumon, partie par le rein, ont également un^ action très heureuse sur les sécrétions génilo-urinaires.
A ces propriétés intéressantes, les essences végétales joignent un pouvoir antiseptique réel à l'égard de certaines bactéries pathogènes non spécifiques et de certains microorganismes comme ceux de la malaria et de la fièvre paludéenne. Mais, au point de vue de l'antisepsie des voies respiratoires, la première place appartient sans conteste aux dérivés de la créosote, gaïacol, phosphotal, thiocol, qui sont particulièrement actifs contre le bacille de la tuberculose.
L'antisepsie que l'on cherche ainsi à pratiquer contre l'infection s'exerce, ces substances étant volatiles, par le moyen soit des inhalations et des pulvérisations, soit des injections intrapulmonaires, soit de l'administration interne qui conduit à l'élimination par les poumons. Ce dernier moyen, que l'on pratiquait jadis exclusivement, et principalement à l'aide de balsamiques (baume de tolu, par exemple) dont quelques-uns sont légèrement antiseptiques, effectue l'antisepsie des alvéoles pulmonaires
du dedans au dehors ; il peut avoir Finconvénient d'être insuffisant, la quantité d'antiseptique qui passe par les alvéoles et au point lésé ou atteint n'étant pas assez grande pour exercer une action germicide nettement efficace, ou alors il devient nocif pour l'économie qui s'imprègne des substances absorbées par la voie digestive et peut déterminer des accidents quelquefois assez sérieux ; mais il a, sur les inhalations et les pulvérisations, l'avantage d'atteindre l'alvéole lui-même, tandis que la vaporisation, si elle agit sur le tractus broncho-pulmonaire, ne pénètre guère jusqu'à l'alvëole à cause de l'air résidual. Les injections intra-pulmonaires possèdent aussi cet avantage, mais elles nécessitent malheureusement une technique assez délicate et leurs effets sont loin d'être constants; elles causent d'ailleurs de la douleur, des phénomènes inflammatoires et une réaction fébrile.
Je n'étudierai ici que les piodificateurs pulmonaires utilisés dans ces nouvelles méthodes de traitement, c'estâ dire d'une part les essences végétales, terpine et lerpinol, eucalyptol, goménol, et d'autre part la créosote et ses dérivés, phosphotal, gaïacol, thiocol.
2° Essences végétales A. — Dérivés de la térébenthine^ terpine et terpinol.
La terpine a été expérimentée, dès 1885, par le professeur Lépine, de Lyon. C'est un bi-hydrate de térébenthène, qui a pour formule C*®H", SH^O. Quand elle est pure, elle se présente sous forme de prismes droits à base rhombe, limpides, solubles dans l'alcool (1 p. 7), l'éther, moins solubles dans l'eau bouillante (1 p. 22), et peu solubles dans l'eau froide (1 p. 200).
Le terpinol est une terpine déshydratée, dont la formule est (C^oH^«)2. H^'O. C'est un liquide très mobile, volatil, incolore, doué d'une odeur qui rappelle celle de la
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jacinthe OU du jasmin. Bouchardat et Tanret l'ont cependant obtenu cristallisé. Il est soluble dans Talcooi et Téther mais insoluble dans l'eau.
La terpine et le terpinol s'éliminent partie par le poumon, partie par le rein ; ce sont donc des modificateurs des sécrétions bronchiques et des sécrétions des voies urinaires, en raison non seulement de leur pouvoir antiseptique léger, mais aussi de leur action excitante sur les éléments glandulaires et muqueux. Toutefois le terpinol est beaucoup plus actif sur les sécrétions bronchiques que la terpine qui agit mieux, au contraire, sur les sécrétions urinaires, ainsi que Dujardin-Beaumetz Fa établi, et cette électivité dépend de la volatilité plus grande du terpinol. C'est donc ce dernier corps qu'il faut préférer dans les afifections pulmonaires, mais il est quelquefois bon de lui associer, comme, par exemple, dans les grippes à détermination pulmonaire, de la terpine qui, à petites doses, active la sécrétion urinaire. D'ailleurs ni la terpine ni le terpinol ne semblent nettement toxiques, puisque Guelpa a pu en faire ingérer jusqu'à 4 et 6 grammes à un homme sain sans déterminer aucun troublé appréciable. Toutefois, chez les bronchitiques et les tuberculeux, ils déterminent un ralentissement marqué de la respiration, et une diminution des échanges gazeux, moins considérables cependant que ce que l'on note avec l'essence de térébenthine aux doses toxiques ; enfin, contrairement à cette dernière, ils ne paraissent que faiblement agir sur la température et sur les échanges nutritifs. A noter que, lorsqu'on a pris de la terpine surtout, il se forme dans les urines, quand on y ajoute de l'acide nitrique, un dépôt légèrement visqueux et résinoïde qu'il ne faut pas confondre avec un dépôt d'albumine.
La terpine et le terpinol sont utilisés dans toutes les affections pulmonaires et vésicales, mais de préférence dans les premières, car dans les secondes leur action est inférieure à celle de l'essence de térébenthine. Sous l'inlluence de ces produits, les sécrétions bronchiques se
modifient notablement, elles deviennent plus fluides et sont en ôonséquence expectorées plus facilement et leur mauvaise odeur disparaît. Administrés à doses faibles, mais. d'une manière continue, dans la tuberculose peu avancée, ils modifient les signes stéthoscopiques et Taspect des crachats, qui deviennent de plus en plus muqueux.
La terpine s'emploie soit en cachet, à la dose de 10 à 20 centigrammes, 4 à 8 pi'o die, soit en potion de la forme suivante :
Terpine 0B^50
Alcool .5 20 grammes.
Sirop de cachou ou de tolu. . . 30 —
Eau distillée 400 —
à prendre dans les vingt-quatre heures. On peut d'ailleurs aller sans inconvénient jusqu'à 1, 2 et 3 grammes de terpine par jour.
Le terpinol est administré, à cause de son insolubilité, sous forme de capsules à 10 centigrammes chacune ou de pilules. Voici la formule proposée par Tanret.
Terpinol ^ aa ngr >io
Benzoate de soude ^ ad o« ,4"
Sucre q. s.
Pour une pilule, de 6 à 12 par jour.
La terpine ne s'emploie, vu sa faible volatilité, ni en inhalation ni en pulvérisation ; il n'en est pas de même du terpinol, que l'on associe alors à la teinture d'eucalyptus et à l'alcool.
Surl'd'Eucalypiu; \\ \ \ \ ^^ ^^ grammes.
Alcool 200 grammes.
Eau 800 à 1.000 grammes.
On utilise cette préparation en en vaporisant, à l'aide d'un pulvérisateur à main dans une petite pièce ou dans un lieu clos par des rideaux blancs dont on entoure le lit
MODIFICATEUUS RESPIRATOIUES 129
du malade, 100 à 150 grammes toutes les deux ou trois heures. Naturellement, dans les intervalles, Tair doit être renouvelé et les rideaux complètement ouverts. Cette médication, oti rhumidification de Tatmosphère se joint à l'action des essences, donne de très bons résultats dans les affections pulmonaires de l'enfance et dans les bronchites fétides, dont l'odeur est modifiée et disparaît très rapidement. Enfin on peut encore employer le terpinol en injection rectale sous forme de vapeurs médicamenteuses. Le produit est absorbé par la muqueuse et s'élimine par les poumons dont il modifie, comme s'il était absorbé par la voie buccale, les sécrétions.
B. — Eucalyptol et eucalyptus.
L'eucalyptol, dont la formule estC^^H^oQ est une essence que l'on retire d'une myrtacée, ïeucalyptus globulus^ à laquelle du reste il confère ses remarquables propriétés. C'est un liquide jaune, distillant à 175<», très soluble dans l'alcool, mais à peu près insoluble dans l'eau. Il agit comme le terpinol, mais son action antiseptique paraît plus énergique et présente d'ailleurs une spécificité remarquable à l'égard des microorganismes de la fièvre paludéenne. L'eucalyptol, d'après Gimbert et Binz, ne produit qu'une irritation légère et transitoire sur la peau et les muqueuses, il modère les actions nerveuses, donne, à fortes doses, de la somnolence et de la prostration intellectuelle, ralentit la respiration, diminue les échanges gazeux, abaisse légèrement la température et la pression vasculaire. Comme la terpine et surtout le terpinol, il s'élimine partie parle poumon, partie par le rein et donne à l'urine, comme l'essence de térébenthine, une odeur de violette.
L'eucalyptol et les préparations d'eucalyptus (feuilles
en poudre ou entières, teinture, etc.) ont été d'abord
employés dans les bronchites et dans les catarrhes des
voies génito-urinaires. Mais quand, en 1865, Tristan eut
Laumonier. — Nouveaux traitements. 9
montré son efficacité dans les fièvres intermittentes, les médecins Tutilisèrent beaucoup dans ce sens et obtinrent des résultats très satisfaisants, — comme le constatent les statistiques de Keller, — qui furent en partie attribués au pouvoir antiseptique de cette essence ; on songea donc à rappliquer dans la tuberculose et dans les affections pulmonaires grq^ves, d'autant plus qu'il joint à ce pouvoir une action modificatrice très accusée sur les sécrétions bronchiques. Les affections ainsi traitées sont, en outre de la tuberculose, de la pneumonie, et de la bronchopneumonie, principalement chez les enfants, la bronchite fétide, la gangrène pulmonaire, la gangrène des extrémités bronchiques, la dilatation des bronches et enfin les fistules-pleuropulmonaires dans la pleurésie purulente. On Ta aussi utilisé, associé à l'acide benzoïque, pour l'antisepsie de la bouche et de la gorge (Gillet).
En raison de sa saveur pénétrante, Teucalyptol n*est guère administré par la voie buccale que sous forme de capsules, à la dose de 80 centigrammes à 18^^80 par jour. On emploie aussi à l'intérieur la teinture d'eucalyptus, associée au sirop de térébenthine, au sirop de baume de tolu ou au sirop de cachou, à la dose de o à 20 grammes par jour. On use aussi de vin d'eucalyptus et d'infusion de feuilles d'eucalyptus, mais le goût très aromatique de ces préparations ne plaît pas à tous les malades. L'eucalyptol et l'eucalyptus sont surtout utilisés en vaporisations et en inhalations, non seulement dans les affections, du poumon, mais aussi dans celles des voies respiratoires et digestives supérieures, dont ils réalisent heureusement l'antisepsie, et notamment dans les angines, simples et compliquées, dans la diphtérie laryngée, la tuberculose, la syphilis, le cancer du larynx.
Voici une formule pour inhalation :
Eucalyptol 20 grammes.
Essence de térébenthine "20 —
Créosote 20 —
Ether 5 —
En voici une autre pour vaporisation (Smith) :
Teinture d'Eucalyptus 10 grammes.
Essence de térébenthine .... 10 —
Alcool à 65^ 200 —
Eau distillée 780 —
Enfin, pour les enfants, on se contente souvent de quelques poignées de feuilles d'eucalyptus dans une bassine d'eau bouillante dont on fait respirer les vapeurs aux petits malades.
On a aussi préconisé l'eucalyptol en injections hypodermiques dans la tuberculose (Roussel) à la dose de 18 à 30 centigrammes par jour, dans un véhicule approprié. Les résultats ne sont pas sensiblement supérieurs à ceux que Ton obtient avec l'ingestion ou les inhalations, au moins en ce qui concerne les signes stéthoscopiques et les expectorations, mais le chimisme respiratoire paraît plus fortement ralenti et la température baisse davantage.
G. — - Essence de Niaouli, Goménol.
L'essence de Niaouli, expérimentée d'abord par Dujardin-Beaumetz et Main, et que Ton tire du Melaleuca viridiflora^ a des propriétés comparables, au point de vue des sécrétions bronchiques et de l'impaludisme, à l'eucalyptol ; mais cette essence s'étant montrée parfois insuffisante en raison des impuretés qu'elle renferme, on lui préfère aujourd'hui le goménol, essence obtenue des melaleuca viridiflora de la région de Gomen (Nouvelle-Galédonie) à l'aide de procédés spéciaux qui assurent la constance de sa composition.
Le goménol est un liquide jaune, volatil, à odeur aromatique et à saveur brûlante, insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool, l'éther et les huiles ; il contient, d'après G. Bertrand, de l'eucalyptol, du lerpinol, du citrène et enfin des traces d'aldéhydes, composition qui
le rapproche ainsi du terpinol synthétique de List, quoique présentant une proportion d'eucalyptol beaucoup plus élevée (66 p. 100).
Bien que le goménol semble encore moins toxique que le terpinol et l'eucalyptol, puisque 4 grammes du principe actif par kilogramme vivant ne déterminent, d'après Main, aucun trouble chez le lapin, cependant il jouit de propriétés antiseptiques très appréciables ; en efifet, des solutions de goménol à 3 p. 100 retardent considérablement le développement des bacilles de Koch, et à 5 p. 100, elles les arrêtent complètement; il en est de même pour les staphylocoques et les gonocoques, mais les streptocoques ne cessent de végéter qu'avec des solutions à 8 p. 100.
Le goménol ne paraît agir ni sur le cœur, ni sur la circulation; mais il agit sur le système nerveux à la manière d'un analgésique; il espace les quintes de toux même dans la coqueluche, modère leur intensité, calme les vomissements d'origine nerveuse et, d'après Dubousquet-Laborderie, il atténue considérablement, en frictions et en badigeonnages à l'huile goménolée, les douleurs rhumatismales et névralgiques grippales. Enfin, s'il semble agir moins efficacement que l'essence de térébenthine et le terpinol sur les sécrétions des voies génito-urinaires, en revanche il modifie très puissamment les sécrétions bronchiques, l'aspect et la viscosité des exsudais et abaisse très sensiblement, chez les tuberculeux à la première période, comme l'a constaté Laumonier, le chimisme respiratoire, qui tend à se rapprocher de la normale. Simultanément à cette diminution des échanges gazeux, on constate un retour de l'appétit et une augmentation du poids.
On a d'abord utilisé le goménolen solution à2,5-3p. 1000, dans les plaies par accident et les plaies opératoires, dans les brûlures, sous forme d'huile goménolée dans les névralgies et le catarrhe utérin et sous forme d'injection goménolée à 2 p. 100 dans la prostatite, la cystite et la blennorrhagie, où il a donné des résultats satisfaisants.
Mais c'est surtout dans les afifections pulmonaires et spé- 1 cialement la tuberculose que le goménol produit ses efifets
'Pi les plus sûrs. Il se montre à cet égard même supérieur au
terpinol que Dujardin-Beaumetz plaçait cependant à la
' tête des agents utiles dans les maladies des bronches.
[' C'est que les sécrétions seules^ ne sont pas modifiées ; la
toux, Texpectoration, la dyspnée diminuent; en outre les bruits pulmonaires changent de nature, les souffles perdent leur timbre bruyant, sont plus doux, ce qui a fait croire à Laffont qu'il y a tendance à la cicatrisation des
1 lésions. D'ailleurs Dubousquet a noté que le nombre des
bacilles tuberculeux diminue dans les crachats et que ces
f microorganismes peuvent complètement disparaître.
Enfin, avec la diminution et la cessation des sueurs nocturnes, on note parfois une tendance de la température à se maintenir normale.
Par la voie gastrique, on n'emploie guère, en raison de la saveur aromatique du remède, que les capsules à 08^25, 4 à 10 pro die. La voie hypodermique est plus recommandable, quand il y a des troubles gastriques. Les injections sont faites avec :
Goménol pur 10 grammes.
Huile d'olive stérilisée 40 —
De 1 à 10 centimètres cubes; il convient de débuter par 1 centimètre cube surtout chez les congestifs et les éréthiques, tuberculeux ou non, afin de tâter la susceptibilité du malade ; dans les formes torpides, on peut augmenter rapidement les doses et aller jusqu'à 20 centimètres cubes représentant 4 grammes de goménol pro die, dose maxima.
Enfin on peut encore utiliser le goménol en inhalations et vaporisation, au lieu et place de l'eucalyptol ou de la teinture d'eucalyptus, dans les formules données précédemment (cf. p. 130-131).
3** Créosote et ses dérivés A. — Créosote.
La créosote est un liquide jaune, caustique, peu soluble dans Teau, mais soluble dans l'alcool, que Ton obtient en distillant. du goudron de hêtre; elle renferme de 60 à 90'p. 100 de gaïacol, qui semble lui conférer une partie de ses propriétés actives.
Parmi ces propriétés, la plus remarquable est son pouvoir antiseptique, très notablement supérieur à celui du phénol, puisque les doses de créosote à 08%25 p. 1 000 empêchent, d'après Guttmann, les cultures de tétragènes, de staphylocoques, de bacilles du choléra ; suivant Bouchard, la dose infertilisante est comprise entre O^^SO et 1 p. 1 000 à l'égard du bacille d'Ëberth et du bacille de Koch ; mais d'après Marcus et Pinet, la dose germicide ne serait pas inférieure à 10 p. 1000. Comme conséquence de ce pouvoir antiseptique, on note une toxicité assez élevée, car en injection intra-veineuse, la dose mortelle est de 0s%17 par kilogramme vivant; en injection sous-cutanée elle est de 2 grammes environ, d'après Main, au moins chez le lapin et le cobaye ; chez l'homme, la toxicité est relativement plus variable, car déjà, avec des doses inférieures à O^^IO par kilogramme, on observe des phénomènes intenses d'intoxication, vertiges, sueurs profuses, embarras de la respiration, hypothermie, torpeur, etc. ; et cependant la méthode de Burlureaux montre que, dans certains cas, et quand les reins sont intacts, 15 grammes de créosote pro die, répondant à O^^SS par kilogramme en moyenne, peuvent être supportés. Au surplus, la créosote est assez caustique, et bien que, dissoute dans l'huile, elle soit relativement bien tolérée, néanmoins elle produit souvent de l'érythème et des abcès, parfois aussi de la lymphangite, plus rarement la gangrène. Aux doses thérapeutiques (2 à 3 grammes pro die), elle ne paraît agir
que médiocrement sur la circulalion, la nutrition, le système nerveux, mais elle ralentit légèrement la respiration ; elle s'élimine en assez petite quantité par le poumon, mais beaucoup par les reins, et elle apparaît sous forme de créosol-sulfate et gâïacol-sulfate de potasse dans les urines auxquelles elle donne' une couleur noire ou noir verdâtre, qui est souvent le signe ou d'une intolérance particulière ou d'une dose approchant de la dose toxique pour l'organisme considéré.
La créosote est surtout utilisée, depuis les recherches de Bouchard et Gimbert, dans la tuberculose pulmonaire. « L'action favorable de la créosote dans la tuberculose pulmonaire, dit Berlioz, est des mieux établies; c'est aujourd'hui le meilleur médicament que nous ayons contre elle et je mets en fait que les phtisiques qui n'ont pas de lésions irréparables, qui peuvent absorber de la créosote en quantité suffisante et vivre au grand air, ont de grandes chances de guérison. » On peut aussi employer la créosote dans la gangrène pulmonaire et la bronchite fétide.
A l'intérieur, une bonne préparation de créosote est l'huile de foie de morue créosotéeà 2,50-5 p. 100, surtout chez les enfants ; on peut en administrer de 4 à 6 cuillerées à bouche par jour et davantage s'il y a tolérance. On emploie aussi les pilules à O^MO et les lavements créosotes (l^'',50 de créosote dissoute dans l'huile et additionnée d'un jaune d'œuf) surtout quand les phtisiques ont Festomac susceptible ou malade, mais le meilleur mode d'administration parait encore être l'injection sous-cutanée, suivant la méthode de Burlureaux.
Cette méthode est basée sur l'idée que, pour la créosote, comme pour d'autres antiseptiques, il faut employer des doses assez élevées pour obtenir le maximum d'eflfet; pour éviter Tintolérance gastrique, qui survient assez vite, on emploie les injections hypodermiques massives. A la vérité, les parties malades, en raison des altérations des vaisseaux à leur niveau, ne laissent pas facilement pénétrer le médicament, mais, comme l'a remarqué Peter,
rimprégnation des parties voisines encore saines met obstacle à l'extension du bacille tuberculeux : Burlureaux emploie la formule suivante :
Créosote de hêtre 10 grammes.
Huile d'olive vierge stérilisée . . 150 —
qu'il injecte sous la peau à l'aide d'un appareil qui porte son nom ou de tout autre appareil à pression continue, basé sur le principe du manomètre, et muni d'un robinet qui permet le passage du liquide ou l'arrête. Il faut asepsier soigneusement la peau, l'aiguille et l'appareil et éviter de piquer les vaisseaux, car des accidents graves pourraient survenir ; on choisit de préférence la région du dos ou les régions à tissu cellulaire lâche et on injecte lentement de 50 à 150 centimètres cubes de la solution huileuse, en une seule fois ; il ne me paraît guère possible de dépasser cette dose, bien que Burlureaux ait pu aller jusqu'à 250 centimètres cubes, encore faut-il mettre au moins une demi-heure pour injecter 100 centimètres cubes. L'injection est légèrement douloureuse, tensive ; elle peut déterminer, comme on l'a vu, de l'érythème, des abcès, des phénomènes d'intoxication ; il est donc bon de procéder avec prudence et de ne recourir aux doses massives que progressivement.
Administrée de la sorte, la créosote s'élimite par la peau (d'où les accidents cutanés), les reins (d'où quelquefois des douleurs rénales et même un peu d'albuminurie quand les doses sont trop élevées) et par les poumons. Si la créosote est bien supportée, on observe une localisation des lésions pulmonaires qui tendent à cicatriser, et une amélioration générale, parfois même laguérison survient, définitive, ainsi qu'en font foi les observations de Burlureaux.
Parmi les dérivés de la créosote, créosolal ou carbonate de créosote, créosocamphre ou camphorate de créosote, créosol ou tannçite de créosote, tophosol ou tannophos-
phate de créosote, éosote ou valérianate de créosote, phosote ou phosphate de créosote, etc., nous n'étudierons ici que le phosphotal ou phosphite de créosote, qui a donné des résultats vraiment intéressants.
B. — Phosphotal.
Le phosphotal est du phosphite neutre de créosote qui s'emploie comme la créosote et a les mêmes indications, mais il est moins irritant et .moins caustique ; peu soluble dans Teau, on Tutilise en capsules, dosées à 0»^20 ou, de préférence, sous forme d'émulsion : ce médicament renferme 9,8 p. 100 d'acide phosphoreux qui se dégage dans Fintestin et qui n'est pas à dédaigner dans le traitement de la tuberculose.
C'est à ce dernier point de vue qu'il a été récemment expérimenté avec soin. Les résultats obtenus sont parfaitement concordants et ont été souvent très satisfaisants. Comme conséquences de Tadministration du phosphotal, on peut citer deux faits principaux : d'abord le chimisme respiratoire est influencé d'une manière assez nette, bien qu'une quantité relativement faible de créosote s'élimine par les poumons; les sécrétions pulmonaires sont modifiées et les crachats perdent leur aspect purulent ; enfin, quand les lésions ne sont pas trop graves, on peut constater une amélioration des signes stéthoscopiques ; — en second lieu, il paraît exercer une action tonique générale, sans doute par le phosphore qu'il contient. L'appétit se relève et le poids du corps augmente d'une manière continue. L'examen bactériologique, pratiqué dans quatre cas par Laumonier, a montré une diminution notable du nombre des bactéries associées, ce qui expliquerait les améliorations constatées, l'abaissement thermique, la modification des crachats, le retour de l'appétit. Le seul inconvénient que ce médicament présente est de déterminer parfois des vomissements quand
;t pris par la voie gastrique ; mais il suffît d'admirer rémulsion en lavement pour voir disparaître cet >nvénient.