C. — Sidonal
Le sidonal ou quinate de pipérazine est un médicament de synthèse qui se présente sous la forme d'une poudre blanchâtre, à saveur légèrement acide, bien soluble dans l'eau.
Ce nouveau médicament paraît dépourvu de toute toxicité ; son emploi, en tout cas, même à doses fortes, n'entraîne aucun inconvénient et ne produit aucun trouble du côté de l'appareil digestif ou circulatoire. En revanche, il jouit réellement des avantages combinés de ses constituants, Tacide quinique et la pipérazine.
L'acide quinique, en effet, fournit dans l'organisme, comme Ta montré Weiss, de la quinone, puis de l'acide benzoïque, qui en présence de l'acide urique (d'où dérive le glycocolle) , peut donner des quantités notables d'acide hippurique. Ces faits, annoncés déjà par Lautemann en 1863, ont été niés à la vérité par Rabuteau, qui soutenait que l'acide quinique brûle, comme tous les acides organiques, dans l'économie, en donnant des bicarbonates alcalins. Mais s'il en est ainsi, c'est que, comme le remarque Bardet, l'acide quinique, ayant été administré à doses trop fortes, ne rencontrait pas assez de glycocolle dans l'économie pour fournir une quantité proportionnelle d'acide hippurique. D'ailleurs, les expériences récentes d'Adoue et de Brissemoret confirment pleinement la théorie d'Urr et de Keller, suivant laquelle l'acide hippurique se forme aux dépens de l'acide benzoïque et du glycocolle dérivant de l'acide urique. Ainsi, tandis que l'acide quinique détruit une partie de l'acide urique, formé dans l'organisme, la base, c'est-à-dire la pipérazine, entraîne, sous forme d'urates solubles, la quantité de l'acide urique qui n'a
pas été décomposée (Bardet). La combinaison de ces deux substances, loin de modifier leurs propriétés respectives, les renforce donc au contraire en faisant concourir au même but une action physiologique différente. D'ailleurs tous les cliniciens, notamment Von Leyden et BlumenthaU ont constaté que, par l'emploi du sidonal, Tacide urique se trouve remplacé, en grande partie, dans l'urine des goutteux, par l'acide hippurique qui est très soluble dans l'eau et ne donne lieu à aucun des accidents d'accumulation de Tacide urique.
C'est, par suite, dans la diathèse urique sous ses diverses formes, gravelle, rhumatisme goutteux, goutte typique, que le sidonal est tout spécialement indiqué. Dans ces maladies, l'administration du quinate de pipérazine raccourcit la durée des crises, diminue l'intensité des phénomènes inflammatoires, le gonflement des articulations, le volume des tophi, attaque et solubilise promptement les concrétions rénales. Bardet * a montré que, si la diurèse est habituellement peu influencée, la proportion de l'acide urique de Turine diminue en peu de temps et se rapproche sensiblement de la normale. Il faut noter du reste que cette diminution du titre de l'acide urique n'est pas précédée d'une décharge uratique, comme on l'observe avec d'autres uratolytiques, comme la pipérazine, la lithine, etc.; au contraire, il y a, dès le début du traitement, diminution nette et progressive de l'acide urique excrété.
Le sidonal s'administre à la dose de 3 à 5 grammes et jusqu'àS grammes par jour, sans inconvénient, sousforme de cachets de 08',50 ou dissous dans un peu d'eau ; le traitement dure en moyenne une semaine. Bardet recommande toutefois de continuer la médication, après la cessation des phénomènes douloureux, pendant un mois environ.
i. Traitement de la goutte et du rhumatisme goutteux par le Sidnnal (Bull, de thérapeut., n« du 15 avril 1901).
D. — Quinoformine.
A côté du sidonal, il convient de mentionner un corps très intéressant, dont le D' Bardet a récemment indiqué ' les propriétés uratolytiques énergiques : c'est la quinoformine.
La quinoformine est une combinaison par substitution de l'acide quinique avec Thexaméthylénetétramine ou formine (appelée à l'étranger urotr opiné). Dans l'organisme, l'acide quinique, comme il a été dit précédemment, se transforme enquinone,quifournitde l'acide benzoïque, lequel empêche la formation de l'acide urique en utilisant le glycocolle (la combinaison produit l'acide hippurique) dont l'acide urique a besoin pour prendre naissance. Quant à la formine, elle représente une base de la même famille que la pipérazine (v. ci-dessus, p. iS2) et qui jouit à peu près des mêmes propriétés; elle a en outre l'avantage d'être un antiseptique très efficace des voies urinaires, rein et vessie.
Gomme l'a montré Bardet, la quinoformine produit d'abord une émission abondante d'acide hippurique et aussi d'urates, très solubles dans la combinaison ; cette élimination d'urates est une véritable décharge, de telle sorte que, au bout de quelques jours, le taux urinaire de l'acide urique peut tomber au-dessous de la normale. Quand il y a des phénomènes inflammatoires du côté des reins et de la vessie, de la pyélite, par exemple, on constate que l'emploi continu de la quinoformine fait disparaître tous les accidents et en évite le retour. Dans la goutte, elle espace et supprime les crises, pourvu toute4 fois que l'on institue un régime sévère, dépourvu de chondrogènes et pauvre en éléments nucléiniques.
La quinoformine est en conséquence indiquée dans les différentes aff'ections qui sont sous la dépendance de la