Organoihérapie ou opolhérapie (Paris
— quelles que soient les causes de ces altérations — retentissent sur tous les autres éléments anatomiques en modiOant dans un sens déterminé la teneur du milieu, laquelle, en raison de la stricte adaptation delà multitude des cellules très difiFérenciées qui y vivent, ne peut varier que dans des.limites très étroites. Il s'ensuit que les modifications qui se produisent ainsi sont nécessairement coV'relatives. Il s'établit de la sorte, à Tétat normal, ce que Ton appelait autrefois le balancement 07*ganique^ c'esi-kdire un certain état d'éqililibre entre le fonctionnement des divers organes^ suivant leur importance pour l'individu ; il en résulte que si un organe est très actif, c'est au détriment des autres, dont lerepos, forcé par suite de la limitation du milieu et de l'accumulation des déchets, produit l'atrophie etréciproquement. Puisque, normalement, les divers organes du corps humain fonctionnent et persistent, ils entrent, — les éléments cellulaires qui les constituent et les produits divers qu'ils sécrètent et qui diffusent dans le milieu intérieur — dans la coordination générale, et leur disparition ou l'altération de leur fonction doit nécessairement rompre et rompt en effet cette coordination. De là les troubles généraux qui accompagnent les altérations fonctionnelles locales et qui peuvent manifester secondairement l'effort que fait l'organisme pour récupérer sa position d'équilibre ; de là aussi la nécessité de restituer à l'économie, pour rétablir l'équilibre fonctionnel, ce qui vient à manquer ou à être insuffisant; de là enfin l'action thérapeutique, souvent si efficace, des extraits d'organes, des agents opothérapiques.
Ces considérations nous expliquent d'ailleurs pourquoi l'effet de la suppression ou de l'insuffisance de tel ou tel organe est loin d'être toujours perceptible en clinique et pourquoi en conséquence beaucoup de médecins nient l'existence, ou toutau moins, ce qui est plus exact, l'action thérapeutique des sécrétions internes de certains organes ou tissus, comme les poumons, la moelle osseuse, le tissu nerveux, les muscles... etc. Si l'on admet, avec Le
Dantec et LaumonierS que les sécrétions internes sont les produits accessoires de la synthèse assimilatrice, on est forcé de reconnaître que tout organe, tout tissu, tout élément cellulaire donne une sécrétion interne, comme le prouve du reste la toxicité de tout extrait de tissu, sécrétion qui intervient, comme nous Tavons vu, et par suite même de son influence ponogène et toxique, dans la coordination générale. Cette influence est, en vertu de rétroite adaptation des plastides, la source même des troubles qui subviennent quand certaines sécrétions internes sont diminuées ou taries, troubles qui sont d'autant plus accusés que la sécrétion est plus ponogène ; et, dans cette manière de voir, la réaction nutritive ou antitoxique ou encore antibactérienne, défensive, n'est pas du tout un fait paradoxal, puisque l'équilibre fonctionnel et la résistance vitale sont les conséquences de la coordination. Toute altération de cette coordination, par suppression de Tune de ses conditions, peut donc entraîner un trouble trophique ou une diminution de nos moyens de défense. Ceci est particulièrement prouvé pour le testicule et l'ovaire par exemple, dont on nie cependant les sécrétions internes, bien que leur suppression détermine des altérations physiologiques et des modifications morphologiques connues de toutle monde. Naturellement, l'importance des troubles consécutifs à une altération est subordonnée à la spécificité plus ou moins étroite de l'organe ou à l'abondance du tissu considéré ; tandis que la réalité des sécrétions internes, — et par conséquent l'efficacité thérapeutique de leur restitution, — est admise pour le corps thyroïde, le foie, le thymus, le corps pituitaire, peut-être le pancréas, elle est niée pour le rein, le prostate, les glandes mammaire^, et surtout pour les poumons, la moelle osseuse, le tissu musculaire et nerveux, etc., tout uniment parce que, pour ces derniers, l'expérimentation et l'observation ne nous ont pas encore permis de découvrir le
1. Cf. J. Laumonier : Physiologie fjénérale : sécrétions, p. 418 et sq.
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rôle de leurs sécrétions internes dans la coordination et la manière dont elles peuvent agir en thérapeutique. Ne sait-on pas d'ailleurs que, au moment même où Ton niait la valeur des sécrétions internes du muscle, Richet et Héricourt faisaient une application des plus heureuses de l'extrait musculaire et prouvaient ainsi l'importance métabolique de cet extrait (Cf. Zomothérapie^ p. 186). Il n'y a donc aucune témérité à supposer qu'il en sera de même pour les sécrétions internes de tous les autres tissus ou organes.
2** Administration des agents opothérapiques
Qu'il s'agisse de l'organe total ou de l'extrait, l'animal auquel on emprunte l'organe doit être l'objet d'un choix rigoureux ; il faut qu'il soit non seulement exempt de toute maladie infectieuse, mais encore en parfaite santé. Suivant la nature de l'organe à prélever, on prend des sujets jeunes (thymus, corps thyroïde, capsules surrénales) ou bien des individus en pleine activité sexuelle (testicules, ovaires) ou musculaire (muscles, poumons, tissu nerveux) ; on doit en général éliminer le cheval, presque toujours sacrifié dans de mauvaises conditions, et le bœuf s'il s'agit des capsules surrénales ; pour ces dernières, on préférera le veau, pour le corps thyroïde le mouton, pour le foie le porc, pour les reins le porc ou le mouton, etc.
L'organe prélevé peut être utilisé en nature, frais ou desséché, ou sous forme d'extrait, soit total, soit partiel.
Le mode d'administtation des substances opothérapiques est des plus variés. On a employé :
1** LagreflFe sous-cutanée ou intra-péritonéale de glandes ou de tissus frais empruntés à des animaux vivants ou qui viennent d'être sacrifiés, notamment dans le cas où l'action opothérapique n'est pas transmissible aux extraits ou quand la digestion modifie cette action ; mais ce mode
d'administration est peu usité à cause de sa difficulté et de ses inconvénients.
2° Les injections intra-veineuses, intra-péritonéales et surtout sous-cutanées d'extraits, dans le cas où le suc est altéré par les ferments digestifs (ce qui est l'exception, semble-t-il) ou quand on cherche le maximum d'efficacité et de rapidité d'action. La voie hypodermique a été préconisée par Brown-Séquard, et elle est encore fréquemment utilisée.
3® Enfin l'ingestion de l'organe frais ou conservé ou de ses principes actifs, soit par la bouche, soit par la voie rectale. Dans ce dernier cas, utilisé surtout quand il y a intolérance gastrique, il ne fautautant que possible administrer en lavements que les sucs solubilisés par les ferments protéolytiques ou par certains sels minéraux. La voie gastrique, jadis laissée de côté, mais remise en honneur par Howitz, Fox et Mackensie, est de beaucoup la meilleure, dans la majorité des cas ; elle simplifie Topothérapie et permet en conséquence d'étendre son champ d'application.
3° Substances opothérapiques A. — Corps thyroïde et glandules parathyroïdienSé
La thyroïdectomie expérimentale détermine des accidents que l'on observe également soit à la suite de l'ablation chirurgicale de l'appareil glandulaire thyroïdien, soit dans l'insuffisance et la dégénérescence thyroïdes, congénitales ou acquises, encore que les accidents soient nttoins intenses et plus longs à se produire dans ce dernier cas. Ces accidents sont de deux sortes : les uns sont d'ordre toxique, et se manifestent principalement par des troubles encéphaliques, ou paralytiques, ou, le plus souvent convulsifs et ayant beaucoup de rapport avec la tétanie ; les autres sont d'ordre nutritif, et se manifestent par leralen-
tissement du métabolisme, la diminution des échanges urinaires, du chimisme respiratoire, rabaissement de la température, la dépression intellectuelle, et, chez les jeunes, par l'arrêt de la croissance et de Tossification.
Récemment, Gley a montré que, dans l'appareil thyroïdien, il faut distinguer le corps thyroïde des glandules parathyroïdiens. Cette distinction semble aujourd'hui d'autant mieux fondée que les expériences de Moussu et de Gharrin semblent prouver que la sécrétion interne de la glande est différente de celle des glandules; à la première appartiendraient tous les troubles trophiques que sa suppression entraîne ; à la seconde, les accidents convulsifs aigus. Par conséquent la sécrétion du thyroïde serait modératrice des échanges, celle des glandules antitoxique. En fait, on a isolé, de l'appareil thyroïdien, deux principes actifs, Viodothyrine de Baumann, qui agit sur les troubles métaboliques et la toxémie de Thypothyroïdie, et la thyréo-antitoxine de Fraenkel, qui agit sur les accidents convulsifs et tétaniques. L'une et l'autre se comportent, au point de vue clinique, comme les extraits thyroïdiens complets.
Mais ces faits constatés ne nous fournissent aucune indication précise sur le mécansime de l'action des sécrétions thyroïdiennes. On a supposé que la sécrétion antitoxique neutralise ou détruit les matières toxiques provenant de l'assimilation des albuminoïdes, matières qui auraient la propriété d'exciter le fonctionnement du système nerveux et spécialement les nerfs moteurs, et que la sécrétion métabolique exerce au contraire une action stimulante sur les centres trophiques. Ces explications sont, il faut le reconnaître, bien incertaines et elles ne nous apprennent pas grand'chose de plus que la notion de la corrélation et des réactions d'équilibre qui suivent sa rupture.
Quoi qu'il en soit, l'administration des substances thyroïdiennes opothérapiques détermine la disparition graduelle des troubles qu'entraîne l'athyroïdie ou l'hypo-
thyroïdie ; les échanges nutritifs et gazeux remontent, roxyhémoglobine augmente, la résistance à la fatigue est accrue et, chez les enfants et les adolescents, les processus d'ossification se réveillent ; naturellement, ce sont les phénomènes aigus, convulsifs ou paralytiques qui s'amendent et disparaissent les premiers. Mais, pour obtenir ces résultats, il faut éviter une médication intensive ou trop prolongée, car on voit alors apparaître des accidents en opposition avec ceux de Thypothyroïdie et qui même ne sont pas sans présenter quelque analogie avec les troubles de la maladie de Basedow. On constate alors des phénomènes de vaso-dilatation et d'excitabilité nerveuse, accompagnés d'amaigrissement et parfois d'augmentation de volume du cou, de tremblement et d'exophthalmie. Il peut y avoir aussi des troubles gastro-intestinaux et de l'albuminurie. Ceci montre qu'il ne faut pratiquer Topothérapie thyroïdienne qu'avec une extrême prudence.
Les indications de cette opothérapie sont, en premier lieu, l'athyroïdie sous ses diverses formes, myxœdème, de l'adulte et de Tenfant, cachexie strumiprive, crétinisme endémique, afiFections dans lesquelles le corps thyroïde a donné les résultats les plus constants, les plus rapides et les plus durables; les goitres et les affections chroniques où il y a diminution de la sécrétion glandulaire, sauf goitres kystiques, vasculaires ou cancéreux; enfin secondairement l'infantilisme et le retard de croissance, l'obésité, le diabète, parfois amélioré, parfois, mais plus rarement, aggravé, le rachitisme etl'ostéo-malacie, l'agalactie, l'hémophilie, certaines métrorrhagies, certaines affections cutanées, psoriasis, eczéma, etc., et en dernier lieu, la tétanie, l'épilepsie, l'éclampsie infantile, la sclérodermie, et même le goitre exophthalmique (J. Voisin, Mossi, Mairet, Burns, etc.).
Les contre-indications sonlThyperthyroïdie, la dégénérescence graisseuse du cœur, les altérations du foie et du rein.
On emploie le corps thyroïde soit en nature, frais et
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emprunté de préférence au mouton, soit sous forme d'extrait (opothyroïdine) ; on a aujourd'hui àpeuprès complètement abandonné non seulement la greffe, mais même les injections sous-cutanées d'extrait. La glande fraîche se donne à la dose de O^sSO à 1 gramme, au début, chez Tadulte; suivant le résultat obtenu, on peut aller jusqu'à 3 et 4 grammes par jour; on donne ensuite, à intervalles plus ou moins rapprochés, les doses capables de maintenir l'amélioration (2 grammes tous les 3 jours, dans le myxœdème, 4 grammes, deux fois par semaine, dans l'obésité). Bien entendu les doses sont diminuées s'il se produit des phénomènes d'intolérance. L'extrait complet est administré à raison de 08^05 à 0»%10 en une seule fois, soit Qb^IB à 08^60 par jour. Chez les enfants, qui y sont très sensibles, chez les cardiaques, les hépatiques et les rénaux, il faut surveiller avec soin cette médication, bien que Bedart et Mabille aient conseillé d'associer la liqueur de Fowler au traitement thyroïdien, pour éviter tous les accidents qui peuvent survenir.
B. — Thymus.
Le thymus est une glande vasculaire sanguine qui apparaît pendant la vie fœtale et ne commence guère à s'atrophier qu'à partir de la 2* ou 3® année ; il peut toutefois résister très longtemps, mais souvent alors il y a atrophie ou insuffisance du corps thyroïde ; on a pensé, en conséquence, que le thymus est un organe de suppléance. Son extrait renferme d'ailleurs des combinaisons iodées analogues à celles de la thyroïdine. Bien que sa physiologie et sa pathologie soient à peu près inconnues, on lui attribue un rôle actif dans la nutrition, et c'est pourquoi on l'a préconisé dans le développement insuffisant du nouveau-né, dans l'athrepsie, dans l'hérédo-syphilis, dans la chlorose, l'anémie, la leucémie, surtout enfin dans le goitre, où, suivant Mikulicz, il a donné de bons
Laumonier. — Nouveaux traitements. 12
résultats; on Ta aussi utilisé dans le goitre exophthalmique, où son efiFet est incertain.
On administre le thymus (de veau ou d'agneau) en nature et joer os à la dose de 10 à 15 grammes p7^o die. L'extrait (l'opothymine) s'administre également par ingestion, sous forme de pilules, tablettes, et à la dose de 0b'-,2 à 08',8 en une seule fois, ou 0^'fi à 3 grammes par jour.