‹ Les Nouveaux traitementsChapitre 39 sur 61 · Bévue de la Tuberculose, 1901, n · texte numérisé non relu

Bévue de la Tuberculose, 1901, n

OPOTHÊRAPIE 193

1<* Pour une tuberculose latente ou du premier degré, 200 à 400 grammes de liquide, répondant à SOO-1 000 grammes de viande à presser ;

2*» Pour une tuberculose pulmonaire du second degré, 400 à 800 grammes de liquide, répondant à 1 000-2 000 grammes de viande à presser ;

3** Enfin pour une tuberculose du troisième degré ou une granulie, 800 à 1 200 grammes de liquide, répondant à 2000-3000 grammes de viande à presser.

Le suc musculaire s'altère très facilement et doit être consommé aussitôt que préparé ; il faut le donner de préférence une demi-heure avant le repas afin de ne pas couper Tappétit ; s'il y a dégoût, on peut additionner le suc de sel, d'eau de Seltz ou de sirop d'écorce d'orange.

Autant que possible on doit remplacer toute la viande cuite de l'alimentation par de la viande crue, et si le malade ne peut supporter la viande crue, supprimer au moins les viandes noires cuites. Quand le malade n'est pas prédisposé aux poussées congestives et hémorrhagiques, on peut remplacer tout le suc par de la viande crue, savoir, 300-400 grammes dans la tuberculose au premier degré, 500-800 dans la tuberculose au 2® degré. Si l'on craint le taenia, on peut recourir sans inconvénient à la viande de mouton qui jouit à peu près des mêmes propriétés.

Enfin le traitement zomothérapique comporte la suppression de toute autre médication (sauf huile de foie de morue) et doit être continué pendant six mois au moins après la disparition des symptômes alarmants.

Lauhonier. — Nouveaux tr&itements. 13r

SÉROTHÉRAPIE ET VACCINATIONS

1** Les réactions défensives de l'organisme

ET l'immunité

Contre Tinvasioii des germes infectieux, des bactéries pathogènes, l'organisme est en possession de moyens de défense nombreux et efficaces.

C'est d'abord la peau, car si la peau intacte ne parait pas offrir une résistance aussi efficace aux microbes qu'aux corps étrangers en général, cependant* les microbes y trouvent rarement, à cause de sa densité, de sa température peu élevée, de sa structure, des conditions favorables à leur développement. Il n'en est pas de même des muqueuses, qui sont beaucoup plus perméables, bien que leurs produits de sécrétion soient au contraire souvent germicides. Ces barrières franchies, la véritable défense de l'organisme commence par une réaction congestive qu'accompagnent la diapédèse et la phagocytose, — phagocytose sur laquelle nous aurons à revenir plus longuement tout à l'heure en raison de son importance ; — il y a lésion locale, qui représente un nouvel effort pour limiter l'invasion bactérienne, puisque, à côté des cellules lésées qui succombent d'autres prolifèrent et reconquièrent le pouvoir phagocytaîre (macrophages). Toutefois ce moyen de protection paraît échouer contre les bactéries très pathogènes, dont les toxines semblent avoir une action chimiotactique

SÉROTHÉRAPIE ET VACCINATIONS 195

négative sur les phagocytes ; il y a alors tendance à l'infection générale. Heureusement ces défenses ne sont pas les seules, et les ganglions lymphatiques, les follicules clos et agminés, les amygdales, les séreuses, Tépiploon interviennent pour arrêter ou retarder l'envahissement total. C'est parle sang qu'il se fait, soit directement, soit après le franchissement des ganglions lymphatiques. Mais le sang est bactéricide ou, tout au moins, il représente un milieu peu favorable à l'évolution des microbes, puisqu'ils disparaissent rapidement (peut-être mécaniquement) et se localisent, se fixent dans les différents organes. Au cours de cette circulation, ils rencontrent les dernières barrières. Le foie paraît être la plus efficace pour la bactéridie et le staphylocoque, mais pour le streptocoque et le colibacille, le foie est, au contraire, une mauvaise défense puisqu'il exalte leur virulence ; pour le streptocoque, c'est le poumon qui est la meilleure barrière. Le rein au surplus arrête, comme le foie, beaucoup de microparasites et exerce ainsi une protection très réelle. Enfin n'oublions pas de mentionner les organes génitaux et spécialement ceux de la femme qui, très perméables aux microbes et continuellement infectés, sécrètent par leurs muqueuses un liquide germicide ; du reste, au moment de l'accouchement, cette résistance aux microbes est encore notablement augmentée . On retrouve ce même moyen de protection sur la voie digeslive, en particulier dans l'estomac à cause de son acidité, etc.

En somme, dans tous les organes, les procédés défensifs sont de même ordre ; abstraction faite de l'influence mécanique, ils agissent, par leurs éléments propres ou accidentels (phagocytes) sur les bactéries pathogènes et leurs toxines. Par quel mécanisme ? C'est ce qu'il nous faut brièvement examiner.

En dehors des tentatives d'Auzias-Turenne et de Maurice Raynaud, les recherches de Richet et Héricourt en 1888 et 1889, celles de Bertin et Picq en 1890 furent les débuts de la sérothérapie et montrèrent, au moins d'une

manière probable, que des injections du sangd*un animal réfractaire à l'égard d^^une infection à des animaux Sensibles à cette infection/rendent ces derniers plus résistants. Enfin les mémoires de Behring et de Kitasato, en 1890, et de Roux en 1894 établirent définitivement les bases de la sérothérapie, que les travaux de Metchnikow, de Salimbeni et de Roux achèvent de préciser. A partir de ce moment, l'immunisation dans certains cas, apparaît comme un fait indiscutable, mais Texplication qu'on en donne et par conséquent le mode d'action des sérums semblent encore variables. Quoi qu'il en soit, les théories proposées pour interpréter le mécanisme de l'immunité peuvent se grouper sous .deux chefs ; pour les unes, la destruction des bactéries et la neutralisation des toxines sont l'effet d'une résistance passive due aux qualités et propriétés propres des humeurs de l'économie ; pour les autres, elles sont le résultat d'une résistance active, offensive, de certains éléments cellulaires, les phagocytes *. Ainsi renaît le vieux conflit entre humoristes et solidistes; mais nous verrons tout à l'heure que le conflit n'est qu'apparent, car il résulte simplement d'une interprétation incomplète des phénomènes réactionnels dont l'économie est le siège.

Les théories humorales cherchent à expliquer l'immunité soit par l'état bactéricide, soit par les propriétés atténuantes, soit par le pouvoir an ti toxique des humeurs.

L'état bactéricide des humeurs a été invoqué d'abord par Fodor, puis par Fiiigge, Nuttal, Nissen, Buchner et Behring lui-même, qui ont soutenu que le sérum des animaux immunisés tue les bactéries ou tout au moins retarde considérablement leur développement. Les expériences de Behring et de Nissen semblent à cet égard très concluantes. En effet, le cobaye est très sensible à la sep-

1. Cf. Bourcy : Prédisposition et immunité {Paih, gén. de Bouchard, tome I, p. 438 et suiv.). — Landouiy : Les sérothérapies (Paris,

SEROTHEBAPIE ET VACCINATIONS

lieémie aviaire et son sérum n'exerce, normalement,

aucune action sur le microbe imbrio metchnikowii) de cette maladie, tandis que si l'animal a été vacciné, îion sérum est nettement bactéricide. Le fait est vrai, mais par quel mécanisme ce sérum est-il devenu bactéricide"? On ne peut concevoir qu une modification chimique, elle-même due soit à l'apport extérieur, soit à Tactivité modifiée des éléments (issulaires. Puisqu'il n'y a pas d'apport extérieur suffisant, on ne peut mettre en cause que T élément histologique et principalement le phagocyte. D'ailleurs Tétat bactéricide des Immeurs ne crée pas nécessairement Timm uni lé. Le sérum humain est en effet bactéricide pour le bacille d'Kberth et cependant l'homme peut contracter la fièvre typhoïde; inversement le sérum du chien n'est nullement bactéricide pour la bactéridie charbonneuse et cependant le chien est réfractai re au charbon. Ajoutons au surplus qu'un sérum, chaufTéà 55" G. , prend son pouvoir bactéricide maisgarde ses propriétés immunisantes. Quant au phénomène de Pfeiffer [désagrégation et dissolution des vibrions cholériques introduits dans la cavité périto- Béale d'animaux immunisés) Metchnikow et Bardet Texpliquentpar Fintervention des phagocytes.

L'insuOisance de la théorie bactéricide a conduit Bouchard, Charrin et Roger à admettre que les humeurs, sans tuer nécessairement les germes infectieux, atténuent cependant leur virulence. Dans cette manière de voir, les bactéries pathogènes, tout en restant vivantes, subiraient dans leur fonctionnement, sous TinOuence de la composition des humeurs^ une modification qui diminuerait leur virulence et les rendrait inotTensives. Mais rien n'est moins prouvé, au moins en ce qui concerne Fimmunilé naturelle, puisque, comme Roux la montré, la virulence des bactéries semble augmenter en passant par un animal rétractaire. Chez les animaux vaccinés, dans l'immunité acquise par conséquent, on observe pourtant quelquefois l'atténuation de la virulence, comme Charrin et Roger, Metchnikow^ Courmont l'ont observé pour le bacille pyo-

cyanique, le streptocoque de Térysipèle, la bactéridie, le pneumocoque et le staphylocoque. Mais cette atténuation est loin d'être constante, et, d^ailleurs^ cette explication se heurte aux mêmes difficultés que la théorie bactéricide.

A la suite de leurs recherches sur la diphtérie et le tétanos, Behring et Kitasato, ayant remarqué que le sérum des animaux vaccinés neutralise, tout en étant dépourvu de propriété bactéricide ou atténuante, les toxines microbiennes correspondantes , formulèrent une nouvelle théorie de Timmunité, en vertu de laquelle les humeurs, sans agir sur les bactéries pour les tuer ou atténuer leur virulence, renferment des antitoxines qui neutralisent les toxines bactériennes. Cette conception a conduit, comme on le sait, les auteurs précités à l'emploi des sérums antidiphtérique et antitétanique et a été le point de départ de la sérothérapie. Mais si, dans l'immunité acquise, on constate parfois, avec Ehrlich et C. et F. Klemperer, la formation d'antitoxines dans les humeurs, il n'en est pas de même dans l'immunité naturelle, puisque le sang des animaux spontanément réfractaires ne jouit pas de propriétés antitoxiques. Du reste, comme on l'a vu, le i sang d'animaux vaccinés peut être bactéricide sans être I antitoxique, et réciproquement, et Calmette, Phisalix et G. Bertrand ont montré qu'un mélange de sérum antivenimeux et de venin, chauflFé à70<*C., prend son pouvoir antitoxique et garde sa propriété toxique. Il n'y a donc pas I neutralisation de la toxine par l'antitoxine, au sens chi- | mique, et par conséquent l'immunité acquise oe saurait exclusivement dépendre de la propriété antitoxique des humeurs. Cette propriété existe, mais elle est secondaire, subordonnée à d'autres conditions qu'à la présence des toxines bactériennes, et c'est ce qui explique qu'elle soit inconstante et variable.

La théorie cellulaire de l'immunité, c'est-à-dire l'idée d'attribuer la résistance innée ou acquise d'un organisme à l'égard d'une infection donnée à certains éléments histologiques de cet organisme, paraît remonter à Grawitz,

SÉROTHÉRAPIE ET VACCINATIONS . 199

qui Fa formulée dès 1881. Mais c'est surtout à Metchuikow* et à ses élèves que Ton doit les faits et les arguments les plus décisifs en sa faveur.

On peut résumer brièvement cette théorie de la manière suivante : Certaines cellules de l'économie et notamment les leucocytes polynucléaires (neutrophiles ou pseudoéosinophiles) ou microphages et, en outre, les cellules lymphatiques, les éléments fixes du tissu conjonctif, les cellules de la moelle osseuse, de la rate, des amygdales, des follicules clos, des plaques de Peyer, des ganglions, des alvéoles pulmonaires, etc., ou macrophages, sont capables déjouer un rôle double dans la défense de l'organisme contre les infections, d'une part en englobant et en digérant lesbactéries pathogènes (phagocytose), d'autre part en sécrétant des substances anticorps [alexines et antitoxines), dont les unes tuent lesbactéries, ralentissent ou arrêtent leur développement, et dont les autres neutralisent les toxines bactériennes. Quand l'organisme est réfractaire, les toxines bactériennes exercent une chimiotaxie positive sur les phagocytes qui, amenés par diapédèse, détruisent les bactéries et neutralisent leurs toxines ; mais quand au contraire l'organisme est en état de réceptivité, les toxines exercent uue chimiotaxie négative; il n'y a pas de diapédèse ni de phagocytose et l'infection est ainsi réalisée. Toutefois une première atteinte de la maladie ou une vaccination rend les phagocytes aptes à. réagir aux toxines, c'est-à-dire transforme la chimiotaxie négative en chimiotaxie positive, et le fait de cette transformation constitue précisément l'acquisition de l'immunité*.

Au congrès de Budapest, en 1894, Buchner, cherchant à rattacher le pouvoir antitoxique des humeurs à l'activité phagocytaire, a émis l'idée que l'immunité naturelle et l'immunité acquise sont sousla dépendance de substances originellement différentes , la première relevant des

1. Cf. Metchnikow : Leçons sur rinflammalion, et I^ immunité dans les maladies infectieuses (Paris, 1902).

alexineSj matières solubles, bactéricides et globulicides produites par les leucocytes ; la secoade des antitoxines, produits bactériens modifiés, non toxiques, non bactéricides, non globulicides et qui agissent bien plus en diminuant la réceptivité de l'organisme et en stimulant ses défenses naturelles qu'en neutralisant ou en détruisant les toxines bactériennes. Le pouvoir bactéricide et antitoxique des humeurs se montre bien ici, mais il n'apparaît plus que comme dû, soit à l'activité des phagocytes, soit au ralentissement du fonctionnement microbien.

La théorie cellulaire de l'immunité est aujourd'hui généralement admise, malgré ses lacunes, mais il faut reconnaître qu'elle rend beaucoup mieux, compte des faits que les diverses théories humorales. Certains points toutefois restent bien obscurs et notamment la transformation du sens de lachimiotaxie exercée par les toxines microbiennes suivant que l'organisme est réfractaire (naturellement ou par acquisition) ou non. En outre, il est probable que les réactions défensives ne sont pas limitées aux phagocytes, qui semblent exercer les défenses actives, tandis que les tissus exercent plutôt les défenses passives, comme tend à le prouver une expérience intéressante de Roger sur deux cobayes, l'un intact, l'autre vacciné contre le charbon symptomatique et dont les tissus avaient été débarrassés des humeurs qui les imbibaient au moyen du passage par l'aorte, les veines étant béantes, d'un courant d'eau salée. La résistance des muscles du cobaye vacciné à l'infection charbonneuse a montré que les tissus sont mîcrobicides, même en l'absence des humeurs et des phagocytes qu'elles renferment. Il semble donc que, pour bien saisir le mécanisme de l'immunité, soit naturelle, soit acquise ^ on doive généraliser l'ampleur de réactions défensives et les considérer comme des faits d'adaptation en rapport avec la coordination générale. . .

En effet, chez l'individu réceptible, les toxines, en pénétrant dans la circulation, nlodifient le milieu nutritif des éléments anatomiques et, par conséquent, les réactions

SÉROTHÉRAPIE BT VACCINATIONS 201

de la synthèse assimilatrice, puisque le premier eflFet d'un toxique est de porter atteinte à Tassimilation. Alors de deux choses Tune : ou bien la cellule ne peut supporter cette modification, cesse d'assimiler et meurt, ou bien cette modification n'altère pas sa qualité deplastide et elle reste capable de vie élémentaire. Dans ce dernier cas, la cellule a évidemment subi une variation correspondant à celle du milieu, les déchets de la synthèse assimilatrice ne seront plus les mêmes que précédemment et donneront des produits qui pourront être bactéricides ou atténuants, et Ton dit en conséquence que les cellules sécrètent des substances antitoxiques, que les humeurs jouissent de propriétés antitoxiques ou bactéricides. La variation peut porter sur tous les éléments anatomiques, mais certains y sont plus sensibles, ce sont les phagocytes, et on en a la preuve dans ce fait que ces cellules ont une chimiotaxie négative à Tégard des toxines bactériennes quand l'organisme est neuf, intact, tandis qu'elles ont une chimiotaxie positive quand l'organisme a subi victorieusement une première atteinte de Tinfection ; or, pour donner un tel résultat, la modification ne peut être que d'ordre chimique et correspond ainsi à l'adaptation chimique de Danilewski, en vertu de laquelle l'entrée dans le complexus moléculaire d'un plastide d'un groupement toxique supprime l'anisotonie de ce groupement. Quand nos éléments anatomiques triomphent d'une infection, cela signifie que cette toxine ou certaines de ses molécules sont entrées en combinaison avec le complexus vivant sans modifier sa qualité de plastide capable de vie élémentaire ; nos éléments anatomiques cessent donc d'être influencés par cette toxine ; ils sont adaptés à elle, ils sont immunisés contre elle, au moins pour un certain temps, jusqu'à ce qu'une adaptation nouvelle vienne remplacer celle que la toxine considérée avait établie, — cette adaptation nouvelle pouvant être d'ailleurs simplement un retour plus ou moins incomplet de l'état préexistant; en tout cas, les éléments tissulaires participent évidemment, à des degrés divers, à

20â LES NOUVEAUX TRAITEMENTS

cette adaptation, en vertu même de la coordination générale, et c'est là ce qui explique le résultat de Texpérience de Roger précédemment rapportée. Ainsi, qu'elle soit innée ou acquise, l'immunité consiste essentiellement en une adaptation; mais le résultat de cette adaptation peut être soit l'indiflFérfence à l'égard des toxines et des bactéries (les bactéries ne pouvant vivre dans le milieu intérieur d'un organisme donné par suite même de la composition de ce milieu), soit l'augmentation, sous l'influence de la sélection qui s'établit par le fait même de l'adaptation, des propriétés chimiotactiques positives et phagocytaires. Ce dernier cas s'observe beaucoup plus fréquemment dans l'immunité acquise que dans l'immunité héréditaire, comme cela se comprend aisément, et on trouve là une justification indirecte des idées de Buchner relatives à la distinction entre les alexines des organismes spontanément réfractaires et les antitoxines des organismes rendus artificiellement réfractaires.

D'après ce qui précède, il est aisé de comprendre que l'adaptation constitue le procédé de défense essentiel contre les infections, le plus constant, le plus efficace et le plus durable et que ce n'est que par elle que Ton peut expliquer les conditions et les modes de l'immunité. Ainsi certaines infections ne se produisent qu'une fois, parce que l'organisme est désormais adapté, immunisé, d'une manière définitive; d'autres peuvent récidiver, mais sous des formes généralement de plus en plus bénignes, l'adaptation chimique et la sélection phagocytaire conséquente étant progressives; les dernières enfin ne se produisent que pendant le jeune âge; passé cette période, elles n'atteignent plus l'organisme qui s'y est progressivement adapté. Ainsi lorsqu'une infection s'en prend à des populations restées jusqu'alors indemnes, elle y fait de terribles ravages et attaque indistinctement tous les individus puisqu'aucun ne s'y était précédemment adapté. La fameuse épidémie de rougeole des îles Feroë est, sur ce I point, tout à fait démonstrative.

SÉROTHÉRAPIE ET VACCINATIONS 203

Tels sont les faits et les conceptions sur lesquels sont basées la sérothérapie et la vaccination. Mais il y a cette différence entre la sérothérapie et la vaccination que la première se contente de fournir, comme agent thérapeutique, les déchets solubles de la synthèse assimilatrice de plastides adaptés à certaines toxines, tandis que la seconde introduit directement dans l'organisme, pour obtenir l'adaptation, soit les bactéries elles-mêmes, atténuées ou non^ soit leurs toxines. Dans la première, il n'y a donc pas réellement réaction adaptative, de l'organisme, tandis qu'il y a réaction dans la seconde, et c'est pourquoi la vaccination est plus active, plus efficace et plus constante et crée une immunité de beaucoup plus longue durée.

2° Sérums antitoxiques et anti-infectieux A. — Séi^m antitétanique.

On se sert de cultures de bacilles tétaniques dans du bouillon de bœuf peptonisé additionné de 0,5 p. 100 de gélatine, que Ton place à l'étuve à 37° G., pendant deux à trois semaines. Ces cultures, filtrées sur la bougie de porcelaine, donnent des toxines d'épreuve qui sont très actives et peuvent tuer une souris à la dose de 4/4000 de centimètre cube. C'est le cheval que l'on choisit de préférence pour obtenir l'immunisation et le sérum thérapeutique, car le cheval a un sérum sanguin normal à peu près inoflPensif pour l'homme, et peut fournir, sans inconvénients, des quantités de sang assez considérables. On commence par lui injecter un demi-centimètre cube d'un mélange à parties égales de toxines et de solution de Qram ou de Lugol ; on continue en augmentant lentement et progressivement la dose; au 17* jour, on injecte 10 centimètres cubes d'un mélange de 2/3 de toxine pour 1/3 seulement de solution iodée ; on diminue la proportion de cette solution iodée jusqu'au 35* jour, où on injecte

10 centimètres cubes de toxine pure ; on injecte ensuite cette dose tous les 2 ou 3 jours, suivant l'intensité de la réaction de Tanimal, jusqu'au 72® jour, où on injecte enfin d'un seul coup 450 centimètres cubes de toxine pure. Au bout de quelques jours l'immunité esta son maximum et le sérum peut être employé thérapeutiquement; mais, pour entretenir la production des substances nnti toxiques, qui faiblirait rapidement sans cela, il est bon de pratiquer de temps à autre une nouvelle injection de toxine pure.

Le sang du cheval ainsi immunisé est puisé dans la veine jugulaire, avec toutes les précautions nécessaires, et recueilli dans un bocal où on le laisse au repos pendant un jour ou deux, puis on transvase le sérum qui s'est séparé dans une allonge qui le distribue enfin dans des flacons de 10 centimètres cubes destinés à la vente. Tous ces flacons scellés ou bouchés, sont placés pendant quelques jours dans une étuve à 37° G. et ceux qui se troublent sont rejetés.

Le sérum, obtenu comme il vient d'être dit (et tous les sérums se font à peu près de la même manière), se conserve parfaitement une année entière, pourvu qu'il soit bien bouché et mis à l'abri de la lumière. En Allemagne, on y ajoute une petite quantité (0,5 p. 100) de formol ou d'acide phénique; à l'Institut Pasteur, on se contente de la tyndallisation à 56° G., qui suffit aune stérilisation parfaite et permet les doses fortes de sérum sans avoir à craindre les accidents toxiques que causent les antiseptiques. On prépare également à l'Institut Pasteur,des poudres de sérum, obtenues par la dessiccation du sérum liquide dans le vide ; ces poudres ont presque la même activité que le sérum frais; pour s'en servir, il faut les dissoudre dans 8 à 10 fois leur poids d'eau stérilisée filtrée.

On peut mesurer l'activité du sérum, tant au point de vue du pouvoir immunisant, qu'à celui du pouvoir antitoxique. D'après Roux, un sérum est actif au millionième par exemple quand 1 centimètre cube de ce sérum immunise 1 000 kilogrammes de souris, c'est-à-dire qu'il suffit

SÉROTHÉRAPIE ET VACCINATIONS 205

d'injecter à une souris une quantité de sérum égale à 1/1 000 000 de son poids pour la préserver contre la dose mortelle de toxine. Behring, qui a inventé ce moyen d'estimation, Ta actuellement abandonné pour un autre qui mesure le pouvoir antitoxique et qui consistie à fixer, in vitro, la quantité de sérum nécessaire pour rendre inoffensif un volume donné de toxine d'une activité connue.

Le sérum antitétanique est dû à Behring et Kitasato (1890) ; au point de vue préventif, il est très actif, mais son action curative est beaucoup moins sûre. Cela semble provenir, d'après ce que nous apprennent les expériences de Metchnikow, Marie, Roux et Borrel,de ce fait que la toxine tétanique se fixe très énergiquement sur le système nerveux et que l'antitoxine est impuissante à neutraliser la toxine ainsi fixée. Roux et Borrel ont bien préconisé les injections intracérébrales de sérum, mais cette méthode, qui a donné quelques résultats chez le cobaye, est trop inconstante chez l'homme, pour qu'on puisse la préconiser. En somme, le sérum antitoxique est très peu efficace quand les accidents graves du tétanos ont fait leur apparition ; il convient donc de l'employer avant tout quand la lésion est suspecte ; du reste, quand on intervient avant que le bulbe ne soit atteint, la guérison reste probable.

A titre préventif, et pour lès petits traumatismes, une injection de 10 centimètres cubes suffit généralement ; si la plaie est étendue, souillée, difficile à bien nettoyer, on doit procéder à une seconde injection de même valeur, 8 jours après la première; enfin, dans le tétanos à marche rapide, 50-100 centimètres cubes de sérum, en 1 ou 2 injectionSjSont nécessaires; ces injections ne dispensent pas, bien entendu, du traitement rigoureux de la plaie par les méthodes ordinaires. Ajoutons que l'immunité conférée par le sérum est de 15 jours à 1 mois au plus.

On note parfois quelques accidents post-sérothérapiques, notamment de l'érythème, des arthralgies, des myalgies, quelquefois de l'albumiuurie; mais ces accidents, sans gravité réelle, disparaissent au bout de quel-

206 LES NOUVEAUX TRAITEIIBKTS

ques jours; ils paraissent imputables^ non pas k Tantitoxine, mais au sérum de cheval.

B. — Sérum antidiphtérique.

11 se prépare à peu près comme le sérum antitétanique, avec des bacilles de Lœffler donnant, dans le milieu de Martin, un voile à la surface au bout de trente-six heures. La toxine employée, qui doit tuer, à la dose de 1/10 de centimètre cube et en 48 heures, 500 grammes de cobaye, est injectée à des chevaux, de la manière suivante, pour obtenir l'immunisation; le 1®' jour 1/4 de centimètre cube de toxine mélangé à 1/10 de solution de Lugoi; le2*jour, 1/2 centimètre cube du même mélange, et cette injection est répétée tous les jours, jusqu'au 8**; puis on diminue la quantité de la solution iodée et au 17® jour, on administre 1/4 de centimètre cube de toxine pure ; il se produit de l'œdème, mais pas de fièvre; à partir du 22« jour, on injecte des doses croissantes de toxine pure, tous les 2-3 jours, de manière à atteindre 30 centimètres cubes le 50® jour, 60 centimètres cubes, le 85® jour (jusqu'au 67® jour), 90 centimètres cubes le 72* jour et enfin 250 centimètres cubes le 80® jour. On laisse l'animal se reposer une vingtaine de jours avant de pratiquer la saignée. Comme on le voit, par ce procédé, l'immunisation est lente et demande quatre mois. Landouzy ^ a signalé une autre méthode, plus rapide, due à Parodiorsky et Maksutoff, laquelle permet l'immunisation du cheval en une quarantaine de jours, en injectant d'abord du sérum antitoxique, puis la toxine diphtérique à doses croissantes et jusqu'à 1200 centimètres cubes. Il paraît que le sérum obtenu par ce procédé n'est pas inférieur à celui que donne la méthode lente.

L'activité du sérum anlidiphtérique se mesure à peu

Page 1