‹ Les Nouveaux traitementsChapitre 41 sur 61 · C. — Sérum antivenimeux · texte numérisé non relu

C. — Sérum antivenimeux

Les venins sont probablement analogues aux toxines bactériennes; ils ne sont pas modifiés par la solution de

SÉROTHÉRAPIE ET VACCINATIONS 209

Lugol OU le trichlorure d'iode, mais se moatrent très sensibles au chlorure d'or et aux hypochlorites, propriété qui a été utilisée, comme on le verra, pour la préparation du sérum. Leur toxicité est diminuée considérablement par la ptyaline, la pancréatine, la papaïne, faiblement par la pepsine, la présure, Tamylase; c'est là ce qui explique que le venin ingéré soit généralement ii^offensif, puisqu'il est modifié par les ferments digestifs.

Pour Calmette, il y a, dans les venins, une propriété hémorrhagipare distincte de la propriété toxique; la première est détruite par le chauffage à 70** C. Pour Phisalix et Bertrand, le venin de la vipère renferme deux substances. Tune phlogogène, qui disparaît à 80** G., l'autre toxique, qui s'attaque au système nerveux et détermine une hypothermie considérable. Mais, contrairement à ce qu'ont soutenu ces auteurs, le chauffage ne transforme' pas le venin en vaccin, il diminue seulement ses propriétés toxiques; remarquons enfin, avec Calmette, que le venin, désalbuminé par la chaleur, n'est ni retenu ni modifié par le passage à travers la bougie Chambérland *.

Le sérum antivenimeux a été simultanément découvert par Phisalix et Bertrand (2 février 1894) et Calmette (27 mars 1894). Pour le préparer, il y a trois procédés principaux, qui tous utilisent de préférence le cheval. Le premier, dû à Phisalix et Bertrand, consiste à injecter du venin modifié par le chauffage; il est très rapide, puisqu'il ne demande que quarante-huit heures, mais insuffisant. Le second est l'accoutumance à des doses faibles et répétées de venin; ce procédé est long et délicat. Enfin le troisième, le plus pratique jusqu'ici, consiste à inoculer un mélange de venin et d'hypochlorite de soude ou de chaux, conformément à la méthode employée par Roux et Vaillard qui mélangent également les toxines tétaniques ou diphtériques avec la solution de Lugol. Calmette, a Lille, emploie le venin desséché, à la dose de 1 gpamme

1. Cf. Grimbert : Les sérums thérapeutiques (Paris, 1899). Laumonier. — Nouveaux traitements. 14

iiÔ LES NOUVEAUX TRAITEMENTS

dissous dans 100 centimètres cubes d'eau distillée et chauffé pendant uûe demi-heure à 78° C. pour le débarrasser des phlogogènes, et mélangé à des quantités décroissantes d'hypochlorite de chaux à 1/60. On fait à ranimai une injection tous les 4-5 jours; au bout de deux mois, ils supportent les doses de venin capables de tuer 100 kilogrammes de lapin et ne donnent plus de réaction; au bout de six mois, le sérum est suffisamment actif pour qu'on puisse l'employer en thérapeutique.

Galmette mesure la valeur de son sérum par unité antivenimeuse. Un sérum dont 1 centimère cube préserve 1 000 grammes de lapin contre la dose mortelle de venin renferme 1000 unités antivenimeuses. Quant à Yunité toxique, elle est représentée par 2/10 de centimètre cube d'une solution de venin desséché à 1 p. 100 tuant en injection intra-veineuse un lapin de 2 kilogrammes en vingt minutes. Le sérum de l'Institut Pasteur de Lille a une valeur an ti toxique de 40 000 unités an ti venimeuses par 10 centimètres cubes.

L'immunité conférée par des inoculations répétées de doses non mortelles de venin est longue, elle peut atteindre huit mois après la dernière inoculation; par le sérum, elle est au contraire fugace et ne dépasse pas deux à quatre jours, mais elle est très énergique; même avec des injections répétées quotidiennement, l'état réfractaire ne dépasse pas vingt à trente jours.

Le sérum antivenimeux est efficace contre le venin de tous les serpents et des scorpions, 10 centimètres cubes, représentant au moins 20 000 unités antivenimeuses, suffisent dans la plupart des cas; toutefois quand le serpent est très dangereux et que l'intervention est tardive, il faut injecter simultanément 2-3 doses de 10 centimètres cubes chacune. Malgré ces injections, il faut naturellement pratiquer la ligature ou la compression de retour du membre, et laver soigneusement les morsures avec de l'acide chromique à 1 p. 100, du chlorure d'or à 1 p. 100 et surtout de l'hypochlorite de chaux, à 1 p. 60, récemment préparé.

SÉROTHÉRAPIE ET VACCINATIONS 21 1

On peut aussi s'efforcer de réveiller la sensibilité du malade par des frictions modérées, mais il est inutile de recourir, dans ce but, à l'alcool ou au café. Le sérum d'ailleurs est absolument inoffensif ; il n'y a aucune complication à craindre, et sous son influence, on voit l'état des malades s'améliorer rapidement, en quelques heures.

D. — Sérum antistreptococcique.

Ce sérum a été étudié par Roger dès 1891 ; en 1895, cet auteur et Gharrin publièrent un nouveau travail sur ce sujet, presque en même temps que paraissait le mémoire de Marmoreck sur le sérum qui porte son nom.

Roger et Gharrin se contentaient de filtrer et de chauffer à 110" G. les cultures de streptocoques. Marmoreck commence par exalter la virulence du streptocoque. Pour cela, il le cultive dans le sérum humain ou le liquide d'ascite, additionné de 2 parties de bouillon peptonisé, et augmente sa virulence par le passage de lapin à lapin -'au bout de deux mois, le virus est devenu d'une si grande activité qu' « un microbe unique, pour ainsi dire, introduit sous la peau d'un lapin suffit à le faire périr. Un milliardième de centimètre cube (0,000000 001) amène inévitablement la mort » (Marmoreck). Il importe toutefois, comme l'ont indiqué Gourmont, Van de Velde et Lignières, en raison même des différences que présentent les diverses variétés de streptocoques, d'en cultiver ensemble un grand nombre, de manière à avoir un sérum polyvalent, utilisable dans la plupart des cas.

Marmoreck, au lieu d'immuniser les animaux, comme le faisaient Roger et Gharrin, avec des cultures chauffées se sert de doses faibles de cultures naturelles d'un streptocoque très actif. Le cheval, dont on se sert habiluellement manifeste une réaction très énergii^ue, et on \m recommence une nouvelle injection que lorsque l'anïmal est complètement rétabli; aussi faut-il plus d'un an pour obtenir un sérum réellement thérapeutique.

Le sérum est surtout efficace dans les infections causées parle streptocoque pur; son action est moins énergique et moins constante quand le streptocoque est associé à d'autres bactéries pathogènes. Aussi, pour obtenir des résultats très satisfaisants dans la diphtérie, le croup et r angine scarlatineuse, où il est associé au bacille de Lœfiler, faut-il injecter simultanément le sérum de Marmoreck et le sérum de Behring-Roux. Dans Térysipèle, le sérum de Marmoreck donne, d'après Chantemesse, des résultats très heureux (mortalité tombant de 3,8 à 1,5 p. 100), quand son activité est de 1/10 000 à 1/30 000, calculée d'après la méthode de Roux. Dans la scarlatine, que rinfection streptococcique complique souvent, Josias et Barginsky ont observé que l'emploi de ce sérum, sans influencer notablement la marche de la maladie, agit cependant très favorablement sur les complications, non seulement angines, mais aussi adénopathies, etc. Dans la fièvre puerpérale, les résultats sont moins constants; cependant Pinard se trouve bien de l'emploi de ce sérum à titre préventif, quand il y a menace d'infection. D'après Landouzy et Claisse, ce sérum est aussi très efficace dans la broncho-pneumonie d'origine streptococcique ; la température s'abaisse rapidement et laguérison survient. Enfin dans la variole, et dans la méningite cérébro-spinale épidémique, Lindsay, Wallach, Einsler ont obtenu des guérisons inespérées par les injections du sérum de Marmoreck.

Cependant on peut dire d'une manière générale, que les propriétés thérapeutiques de ce sérum sont moins prononcées que son pouvoir préventif. Aussi faut-il l'utiliser au début dès qu'on soupçonne une infection à streptocoques. On donne 20 centimètres cubes à tous les âges, même les plus jeunes; quand le danger est imminent, il faut injecter 50 centimètres cubes d'un coup et répéter rinjection toutes les douze et vingt-quatre heures, jusqu'à disparition complète des symptômes morbides. On constate, après l'injection, un érythème passager qui ne s'accompagne d'ailleurs d'aucun malaise sérieux.

SEROTHERAPIE ET VACCINATIONS

L'Institut Pasteur délivre, en tubes scellés, du sérum desséché dans le vide, dont la valeur correspond à celle de 10 centimètres cubes de sérum liquide.

E. — Sérum antipesteux.

Pour préparer ce sérum, Yersin injectait d'abord la culture sur gélose d'un bacille virulent. Afin d'augmenter cette virulence, Roux cultive les bacilles en sacs de collodion enfermés dans le péritoine de lapins; puis il ensemence le bacille de Kitasato dans une culture contenant 1/2 p. 100 de gélatine. On injecte à des chevaux la culture ainsi obtenue, il se produit une réaction fébrile intense; on recommence quand Tanimal est rétabli, c'est-à-dire au bout d'une vingtaine de jours, et ainsi de suite. Il faut six semaines pour que le sérum de cheval commence à être préventif, mais il faut un an pour que le sérum soit à la fois préventif et curatif. Le sérum dont Yersin se servit, à Amoy (Chine), lors de l'épidémie de 1896, et dont la préparation avait demandé un an, donna en effet 21 guérisons sur 23 cas traités, tandis que celui dont il usa à Bombay, Tannée suivante, et qui avait été fourni par des animaux en cours d'immunisation, fut préventif à la vérité, mais ne put restreindre la mortalité qu'à 48 p. 100, au lieu de 70 p. 100*.

Gomme le montrent les statistiques, le sérum est surtout efficace au début de l'infection ; il faut donc l'injecter aux premiers symptômes et recourir d'emblée aux doses fortes (20 à 30 centimètres cubes). A titre préventif, 10 centimètres cubes suffisent, mais comme l'immunité n'est pas très longue, il convient de renouveler l'injection tous les dix jours ; à titre curatif, on injecte 20 à 30 centimètres cubes, d'un coup, et on renouvelle plusieurs fois, s'il est

1. J. Laumonier : La Pes^e (Paris, 1897) Qi Mesures prophylactiques contre la peste dans VInde (Bull, de thérapeutique, 30 septembre 1901).

^14 LES NOUVEAUX TRAITEMEXTS

nécessaire, les injections à ces doses jusqu'à disparition de la fièvre et des symptômes locaux et généraux. Quand l'infection est prise à temps, avant que le cœur faiblisse, que la respiration et le pouls deviennent irréguliers, généralement là fièvre cède en quelques heures et le gonûement des ganglions (bubons) diminue rapidement. Le sérum d'ailleurs est inoffensif par lui-même.

F. — Sérum antichol&iHque.

Le choléra peut être considéré comme un empoisonnement aigu causé par l'absorption d'une substance toxique que le bacille virgule élabore dans l'intestin. C'est donc sur la toxine qu'il convient d'agir et c'est la toxine qu'il faut se procurer pour obtenir un sérum thérapeutique. Pour cela, Metchnikow, Roux et Salimbeni ensemencent avec des vibrions virulents de petits sacs de coUodion renfermant de la peptone à 2 p. 100, placés dans le péritoine de cobayes ; quand l'animal est mort, on ensemence avec le contenu d'un de ces sacs de collodion une solution de peptone à 2 p. 100, additionnée de 2 p. 100 de gélatine et de 1 p. 100 de NaCl. Au bout de trois à quatre jours, la toxine cholérique est à son maximum d'activité et on s'en sert pour l'immunisation du cheval. La première injection, de 10 centimètres cubes de toxine, détermine de la température (40*» C.) et un œdème considérable au point d'inoculation ; quand les accidents ont disparu, au bout de quinze à vingt jours, on injecte une nouvelle dose, plus forte, de toxine, et ainsi de suite ; il y a toujours de la réaction intense, mais elle est de plus en plus courte durée. Au bout de six mois, on arrive à injecter d'un coup 200 centimètres cubes de toxine. Le sérum que l'on obtient alors est préventif et anti toxique ; il protège, à la dose de 1/150* de centimètre cube un cobaye contre la dose mortelle de culture cholérique vivante.

Il existe un autre procédé, à l'aide d'injection de

SÉROTHÉRAPIE ET VACCINATIONS 215

vibrions vivants ou morts, qui représente une véritable vaccination. Ce procédé a été inauguré par Ferran à Barcelone, en 1885. Dans Tlnde, en 1892-95, Haffkine s'est servi de cultures dont la virulence avait été exaltée par des passages successifs de cobaye à cobaye, puis atténuée par l'aération à 39*» C. On inocule d'abord ce vaccin atténué, puis cinq jours après le vaccin fort ; l'immunité est acquise au bout de buit jours ; les résultats ainsi obtenus ont été très favorables. Toutefois, il ne faut pas oublier qu'un animal immunisé contre le microbe ne l'est pas contre la toxine et donne par conséquent un sérum préventif et non un sérum antitoxique.

G. — Sérum antityphique.

Pour la préparation d'un sérum antityphique, Ghantemesse et Widal ont tout d'abord (1888) utilisé des cultures débarrassées du bacille d'Eberth par le chauffage à 128* G. En 1892, ces mêmes auteurs et d'autre part Sanarelli tentèrent de conférer aux animaux une immunité durable en leur injectant des cultures renforcées stérilisées à 100^ G. Enfin, en 1897, Ghantemesse préconisa une nouvelle méthoda^qui donne au sérum que l'on peut utiliser en thérapeutique.

Ghantemesse emploie des bacilles typhiques dont il a exalté la virulence par un long passage (près de deux ans) dans le corps d'animaux et les cultive dans une macération àfroidde rate et de moelle osseuse additionnée d'une petite quantité de sang humain défibriné. Au bout de cinq à six jours, la culture filtrée est à son maximum de toxicité. La toxine, très active, qu'elle contient, est altérable à l'air et à la lumière, mais non au chauffage à 58* G. pendant une heure.

G'est cette toxine qui sert à l'immunisation du cheval ; cette immunisation est très lente et demande huit mois environ, à cause de la réaction intense qui suit chaque inoculation.

Le sérum ainsi obtenu a été essayé sur l'homme ; il semble avoir une action favorable sur la courbe de la température et l'état général, mais les observations ne sont pas encore assez nombreuses pour qu'on puisse en tirer une conclusion ferme.

H. — Sérums divers.

En dehors des sérums que nous venons de passer en revue, beaucoup d'autres encore ont été proposés, et notamment le sérum antipneumococciqued'Issaeef(1893), le sérum antituberculeux de Maragliano (1895), le sérum contre la rage de Babès et Talasescu (1894), le sérum contre la lèpre de Carrasquilla et Laverde (1895), le sérum contre la staphylocoque de Viquerat (1895), le sérum antisyphilitique de Richet et Héricourt et de Tommasoli (1895), le sérum anticancéreux de Ch. Richet (1895), le sérum contre la lièvre récurrente de Gabritschewsky (1896), le sérum contre le typhus exan thématique de Raynaud (1896), le sérum contre le rhumatisme de Weiss (1896), le sérum contre la scarlatine et la coqueluche de Kélatidités (1896), le sérum contre le coli-bacille de Salvati et Gaetano (1896), le sérum contre la fièvre jaune de Sanarelli (1897-98), le sérum contre la pseudo-tuberculose de Ledoux-Liébard (1897), etc. Mais aucun de ces sérums n'a encore réellement fait preuve d'efficacité ; il suffît donc de les mentionner. Notons cependant que le sérum de Maragliano, s'il est antagoniste de la tuberculine, ne semble avoir aucune action sur l'infection dont il n'arrête pas le développement, ni sur toutes les toxines du bacille tuberculeux, et que d'autre part le sérum antipneumococcique a, suivant Landouzy, donné des résultats assez encourageants à G et V. Kiemperer, Goa, Janson et de Renzi *.

4. Cf. pour la bibliographie des sérums : Grimbert : Les sérums thérapeutiques (Paris 1889). ~ Consulter aussi Touvrage si complet et si remarquable du professeur Landouzy : Les sérothérapies (Paris, 1898).

sérothérapie et vaccinations 217

3** Vaccinations

On a proposé la méthode des vaccinations contre un certain nombre de maladies, contre le choléra, comme on Ta vu, suivant les procédés de Ferran, de Gamaléia, de Brieger et de Wattermann, et de Hafîkine, contre la coqueluche, suivant le procédé de Celli (lymphe vaccinale, à cause de l'influence que le vaccin paraît exercer sur la coqueluche) ; et enfin contre la variole. Mais, dans ce dernier cas, à la variolisation^ qui consiste à inoculer le virus variolique, on a substitué le variolo-vaccin, qui consiste à faire passer le virus variolique par l'organisme d'un animal (veau de préférence), puis à inoculer le produit de l'inoculation à l'homme. Toutefois la question est de savoir d'une part s'il y a identité entre la variole et la vaccine, et d'autre part si le virus variolique peut déterminer chez l'animal une éruption de vaccine. Malgré les expériences de Haccius, Eternod, Hime, Fischer, Moukton- Gopeman, la question est encore loin d'être tranchée et les résultats, en tout cas, ne paraissent pas supérieurs à ceux que l'on obtient avec la vaccination jennérienne. Nous ne nous occuperons donc ici que de la vaccination antirabique.

Vaccination antirabique.

Cette méthode a été imaginée par Pasteur qui admet que le virus de la rage se localise dans la moelle et que la moelle rabique contient à la fois le virus de la maladie et son vaccin ; pour atténuer le virus, on emploie la dessiccation de moelles de lapins inoculés avec un virus rabique très actif ; cette dessiccation, quand elle est complète (13®- 14® jour) détruit le virus, tout en laissant au vaccin toutes ses propriétés et le virus est, par conséquent, de plus en plus atténué à mesure qu'on se rapproche de ce terme. A l'Institut Pasteur, le procédé que l'on emploie est donc le

suivant. La moelle rabique desséchée est broyée avec de Teau stérilisée, salée et glycérinée; le tout est filtré, puis injecté sous la peau à la dose de 1 centimètre cube. Pour la première injection, on utilise une moelle rabique de lapin desséchée au quatorzième Jour, et qui, par conséquent, est censée ne contenir que le vaccin ; pour la seconde, faite deux jours après, on emploie une moelle du treizième jour, et ainsi de suite ; vers la fin du traitement qui dure en moyenne une vingtaine de jours, on injecte tous les jours des moelles de plus en plus fraîches jusqu'à ce qu'on arrive à celle du jour. Ces injections causent un peu d'œdème diffus, mais ne déterminent, quand les précautions antiseptiques ont été bien prises, aucun accident.

Les statistiques publiées par l'Institut Pasteur sont assez satisfaisantes, car il faut faire la part des cas où la rage est incertaine, surtout quand le traitement a pu être institué immédiatement après la morsure du chien enragé. Mais quand il s'agit de la morsure de certains animaux enragés (loups, chats), les résultats sont loin d'être aussi encourageants, ce qui tendrait à faire croire que, chez ces bêtes, la rage est plus virulente et résiste en conséquence au vaccin de la rage canine.

i® Le neurone et les réactions nerveuses

Le système nerveux, instrument des relations des parties de Torganisme entre elles et avec le monde extérieur, est constitué par des éléments spéciaux appelés neurones, sortes de cellules qui présentent, en outre du corps cellulaire nucléé, des prolongements ramifiés ou arborisations protoplasmiques (chevelu) et un seul prolongement calibré et cylindrique, le cylindr axe ^doniles dimensions sont quelquefois considérables (1 mètre et plus). Ces neurones sont en connexion soit avec des éléments anatomiques non nerveux, soit avec d'autres neurones. Dans le premier cas, la connexion se fait, ou bien par les arborisations protoplasmiques : ce sont les neurones sensitifs périphériques, ou bien par la terminaison cylindraxile : ce soniles neurones moteurs périphériques. Dans le second, la connexion est toujours hétéronyme, c'est-à-dire qu'elle se fait entre prolongements de nom contraire (cylindraxe avec arborisations protoplasmiques) et jamais entre prolongements de même nom (cylindraxe avec cylindraxe ou arborisations avec arborisations), et les neurones qui ne communiquent ainsi qu'avec d'autres neurones sont des neurones centraux ; on désigne enfin sous le nom de neurones d'association^ ceux qui mettent en communication les différents étages, ou les diverses couches, ou les divers noyaux gris de la moelle, du bulbe, du cervelet et du cerveau.

Pas plus que les autres éléments de Téconomie, les neurones ne sont spontanément actifs; il leur faut, pour entrer en activité, une excitation ou, pour parler plus clairement une modification chimique résultant d'actions extérieures *. Cette modification, qui, passant de neurone en neurone toujours dans le même sens (c'est-à-dire des arborisations protoplasmiques aux terminaisons cylindraxiles dans un même neurone et inversement d'un neurone à l'autre), constitue Vin flux nerveux^ est désorganisatrice et analogue à ce qui se passe, d'après Grothus, dansl'électrolyse de l'eau où les parties constitutives d'une molécule d'eau sont dégagées en deux points très éloignés, sans que chaque atome ait à parcourir un chemin plus grand que la distance qui sépare deux molécules voisines *. Les réactions qui suivent le passage de l'influx dépendent donc en définitive de ^'intensité de l'excitation, ou, en d'autres termes, de l'importance de la destruction moléculaire déterminée par l'excitant. Quand l'excitation est faible, la modification ne gagne pas les centres nerveux et il n'y a pas de sensation ; quand elle est suffisamment forte, les centres sont intéressés et il y a sensation ; quand elle est très forte enfin, il y a non seulement sensation, mais aussi douleur, c'est-à-dire conscience d'une destruction anormale des éléments nerveux. La douleur est donc le résultat de toute excitation forte qui désorganise ou détruit ces éléments. Si cela est évident quand il s'agit de traumatisme, de brûlure, d'action caustique, etc., il ne semble plus en être ainsi quand nous souffrons de névralgies, de crampes ou de coliques. Pourtant on sait aujourd'hui, grâce aux progrès de la technique microscopique, que, dans tous les cas, il y a des altérations définies de l'élément nerveux ^.

Page 1