Cf. J. Laumonier : Physiologie générale, p. 467 et sq
2. Cf. Le Dantec : Théo7*ie nouvelle de la vie, p. 137, note.
3. J. Laumonier : La douleur et ses remèdes (Revue du monde moderne, avril 1899).
Le passage de Tinflux n'a lieu que si terminaisons cylindraxiles et arborisations protoplasmiques sont en contiguïté directe, se touchent immédiatement. Les recherches récentes de Bethe et d'Apathy tendraient même à prouver, si elles sont confirmées, qu'il y a non seulement contiguïté mais même parfois continuité. Comme les terminaisons cylindraxiles sont, par elles-mêmes ou par leurs fibrilles adventices, en contiguïté avec un grand nombre d'arborisations protoplasmiques, l'influx, d'après l'adaptation des neurones, peut suivre, dans le système nerveux, des chemins très différents.
Mais, si différents qu'ils soient, ces chemins ne sont cependant pas livrés au hasard. £n effet, si les terminaisons cylindraxiles des neurones semblent immobiles, il n'en est pas de même des arborisations protoplasmiques. D'après les recherches de Rabl, Lépine, Duval, Demoor, Pupin, etc., ces arborisations peuvent exécuter des mouvements d'expansion et de rétraction peu étendus, mais suffisants pour rompre et établir la contiguïté, empêcher ou permettre le passage de l'influx, et assez analogues aux mouvements qu'exécutent les pseudopodes d'une amibe. «Test pourquoi on a désigné cette propriété sous le nom d'amiboïsme des neurones. L'amiboïsme d* ailleurs n'existe pas, d'une manière certaine au moins, chez tous les éléments nerveux ; un fonctionnement intense et répété le diminue et le supprime ; un acte d'abord volontaire, conscient, devient, quand il a été fréquemment exécuté, instinctif et machinal. Il est probablement l'apanage des cellules nerveuses relativement les moins actives et les plus jeunes, et, par conséquent, des neurones centraux qui ne commencent à fonctionner que très tardivement, qui se développent encore chez l'homme fait et sont loin d'être tous adultes (c'est-à-dire immuables dans leurs connexions) chez le vieillard.
Ce qui précède permet de comprendre la différence qu'il y a entre un acte réflexe et un acte volontaire. L'acte réflexe intéresse uniquement des neurones adultes, à peu près
dépourvus d*amiboïsme et dans lesquels, par suite, Tinflux nerveux suit toujours le même chemin. A une excitation donnée, la réponse est donc toujours aussi la même et on peut en conséquence la prévoir avec certitude. Au contraire, l'acide dit volontaire intéresse des neurones non adultes, doués d'amiboïsme et dans lesquels, par suite, le trajet de l'influx est extrêmement variable et impossible à prévoir. La réponse à une excitation donnée n'est donc pas toujours la même, et l'acte, différant ainsi suivant les circonstances, est appelé volontaire, parce que, tout en étant rigoureusement déterminé, il semble cependant le résultat d'une délibération K
Maintenant, sous quelles influences les arborisations protoplasmiques des neurones entrent-elles en expansion ou en rétraction? Sous des influences chimiotropiques. On sait en efi'et, par des expériences faites sur des algues, des bactéries, des amibes, des gromies, etc., que certaines substances attirent ces êtres unicellulaires, tandis que d'autres les repoussent. Il en est de même pour les arborisations des neurones et, suivant que la substance est positivement ou négativement active, leurs arborisations s'allongent ou se rétractent. L'efifet des substances positivement chimiotactiques est de maintenir et même d'augmenter les connexions des neurones entre eux et d'ouvrir aussi à l'influx des trajets multiples et nouveaux ; l'effet des substances négativement chimiotactiques est au contraire de rompre les connexions et d'interdire le passage à l'influx, forçant ainsi au repos les centres ou les parties du système nerveux dont les neurones ont rétracté leurs arborisations.
L'amiboïsme, que des faits expérimentaux et des observations concluantes démontrent 2, est la condition des
1. J. Laumonier : La fatigue et le sommeil (Rev. univers., 19 octobre 1%1).