‹ Les nouvelles acquisitions sur les maladies charbonneusesChapitre 3 sur 5 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Un cas de pustule maligne étant donné, porter un pronostic exact est chose assez ardue. Aussi doit-on accueillir avec empressement tout ce qui tend à nous donner des no-

tions certaines sur l’évolution de la maladie à l’état normal ou après les déviations ou les modifications qu’elle peut présenter, soit naturellement, soit par suite du traitement institué.

Il y a, en effet, trois points d’un intérêt capital sous le rapport du pronostic.

L’économie sera-t-elle infectée ? Rien de nouveau n’a été fait à ce point de vue; tout au plus pourrait-on ajouter quelques lignes, s'il était absolument certain que les cas dont je parlais à la fin du chapitre précédent sont bien de nature charbonneuse. D’ailleurs nous ne possédons pas, à ce sujet, des renseignements assez positifs pour autoriser un médecin prudent à se borner à l’expectative pure dans le cas de maladie charbonneuse bien constatée.

L’économie est-elle infectée? Ici, nos connaissances sont plus précises. A cette période, Tardif rapporte « de nouveaux cercles de vésicules que l’on voit se former autour de l’eschare; » quelquefois même très loin du siège primitif, par exemple, sur le thorax, quand la pustule maligne siège au bras. Sans revenir sur la fièvre charbonneuse, sur les symptômes généraux autrefois décrits, on peut dire que nous possédons déjà des indications suffisantes; sauf à chercher l’explication des faits où, les bactéridies ayant pénétré déjà dans le sang, l’individu affecté aurait pu guérir par la cautérisation, et à en tirer les conséquences.

Y a-t-il un signe qui puisse donner au médecin la certitude qu’il a détruit le mal, qu’il est inutile de revenir sur Je traitement, surtout quand celui-ci consiste en des applications caustiques? Sous ce rapport, on avait déjà des renseignements, renseignements d’une grande valeur, sans doute, mais quelquefois infidèles et dont l’absence entre autre ne pourrait être un sûr garant que la cautérisation Raimbert. 5

devait être renouvelée. Ce critérium, on l’a cherché dans l’examen de la température, et un élève de M. Després en a fait le sujet de sa thèse inaugurale. Les conclusions auxquelles il est arrivé sont les suivantes :

« La température s’élève en même temps que les phénomènes locaux apparaissent; elle monte de plus en plus, à mesure que l’affection continue son cours. »

La cautérisation, quand elle est suffisante, amène toujours une chute de la température dans les vingt-quatre heures qui suivent; dans le cas contraire, la température continue à s’élever (1).

On peut être sûr, ajoute M. Delon, que le mal est arrêté quand la température baisse d’un degré le lendemain de la cautérisation. Dans ce cas, si on fend l’eschare, on trouve toujours des traces de pus entre les parties profondes et les tissus sains, et les deux symptômes sont en corrélation parfaite. (Delon, th., 1876.)

Reprenant ces conclusions, M. Buès (th., 1877) accorde la première, à condition que l’on entende par phénomènes locaux « non la vésicule à son début, mais l’eschare qui suit la rupture de la vésicule. » Quant à la seconde, elle n’est pas, dit-il, rigoureusement exacte dans tous les cas, et il cite une observation dans laquelle la température avait, le lendemain de la cautérisation, augmenté de 0°,3;

(1) Voici un extrait des observations consignées dans ce travail, et qui ont servi de base pour établir ces propositions.

Obs. I. — Avant la cautérisation 39,5 ; après la cautérisation la température, au lieu de tomber, s’élève à 40° ; le soir on fait une nouvelle cautérisation, T. 40,4; 24 heures après, 37,9; le soir, 38.

Obs. II. — Avant la cautérisation, 38,5; 24 heures après, 37,3; le soir, 38°.

Obs. III. — Matin, 38,9, cautérisation; le soir, 38,1 ; le lendemain : matin, 37,9 ; soir, 38°.

mais se basant sur l’état général du malade, M. Péan ne crut pas nécessaire de cautériser â nouveau ; le surlendemain, la température tombait de 1°,6; dans une autre, la température, abaissée de 0,6° en 24 heures, tombe de 2° en 48. Aussi modifierait-il ainsi la seconde conclusion : la cautérisation, quand elle est suffisante, amène toujours une chute notable de la température dans les 48 heures qui suivent.

Relativement à la première des propositions, je rappellerai simplement l’opinion de M. Yerneuil admettant deux mouvements fébrile^ l’un primitif, inflammatoire, en rapport avec les symptômes locaux, s’élevant dès que se montre l’eschare, et un autre secondaire, qui relève de l’infection générale.

Pour la seconde, s’il est vrai que la température tombe souvent après une cautérisation suffisante, on pourra se tenir pour satisfait si l’on observe cette chute au bout de 24 heures. Dans le cas où elle n’aurait pas eu lieu, ou si elle était peu sensible, il y aurait lieu de s’appuyer sur les autres signes : froncis de M. Harreaux, éruption de vésicules à contenu séro-purulent..,, et en particulier sur la présence du pus au-dessous de l’eschare ; attendre 48 heures serait peut-être exposer la vie de son malade. D’autres observations sont encore à désirer.

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