‹ les nouvelles de cervantes saaved4raChapitre 5 sur 34 · L’ESPAGNOLE -ANGLAISE · texte numérisé non relu

L’ESPAGNOLE -ANGLAISE

Parmi le butin et les dépouilles qu'emportèrent les Anglais de la NÜIe de Cadix > , se trouva une jeune fille d'environ sept ans, que Clotald , gentilhomme anglais , commandant d'une escadre , emmena à Londres contre la volonté et les ordres prudents du comte d’Essex, qui fit rechercher soigneusement la jeune fille pour la rendre è ses parents. Ceux-ci s'étaient plaints à ce général de l’enlèvement de leur fille, en le suppliant, puisqu’il se contentait des biens et laissait libres les personnes , de ne pas les laisser si malheureux que, restant pauvres, ils restassent aussi privés de leur fille, qui était la lumière de leurs yeux, et la plus belle enfant qu’il y eût dans toute la ville. Le comte d’Essex fit publier un ban sur toute sa flotte, pour ordonner, sous peine de la vie, que celui, quel qu’il fût , qui retenait la jeune fille, la ren-

' Lorsque , sous le règne d’Élisabeth , l’amiral Howanl et lé comte d’Éssex la iurprireOt et là sacca^rent , le I*’ juillëttà^S.

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dit sur-le-champ. Mais aucune peine , aucune crainte ne fut capable de faire obéir Clotald, qui tenait l’enfant cachée dans son vaisseau, épris, bien que chrétiennement, de l’incomparable beauté d'Isabelle; ainsi se nommait la jeune captive. Finalement , ses parents restèrent privés d’elle, tristes et inconsolables, et Clotald, ravi de joie, revint à Londres , et remit , comme un riche butin , la belle enfant à sa femme.

Le bonheur voulut que tous les gens de la maison de Clotald fussent secrètement catholiques , quoiqu’on public ils parussent suivre la religion de leur reine. Clotald avait un fils, appelé Ricared, d’environ douze ans, instruit par ses père et mère dans l’amour et la crainte de Dieu , et dans la ferme croyance des vérités de la foi catholique. Catherine, la femme de Clotald , dame noble , chrétienne et prudente , prit tant d’afl’ection pour la jeune Isabelle , qu’elle l’élevait el la choyait comme si elle eût été sa propre fille , et l’enfant était de si heureui naturel, qu’elle apprenait avec facilité tout ce qu’on lui enseignait. Avec le temps, avec les bons traitements qui lui étaient prodigués, elle oublia peu à peu ceux qu’elle avait reçus de ses parents véritables, mais pas .assez cependant pour qu’elle ne se les rappelât bien des fois el ne soupirât après eux. Quoiqu’elle s’occupât à apprendre la langue anglaise, elle ne perdait pas celle de son pays, parce que Clotald avait soin d’amener secrètement chez lui des Espagnols qui parlassent avec elle. De cette manière , sans oublier sa langue maternelle , comme on vient de le dire , elle parlait l’anglais comme si elle fût née à Londres.

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Après lui avoir enseigné tous les ouvrages de couture que peut et doit savoir une jeune fille bien née j on lui apprit à lire et à écrire plus que médiocrement. Mais où elle réussit le mieux , ce fut à jouer de tous les instruments qui sont permis à une femme , avec une extrême perfection de goût et de talent dans la musique , accompagnant cette qualité d’une voix que le Ciel lui avait donnée si parfaitement belle, qu’elle enchantait lorscju’ellc chantait.

Tous ces mérites, acquis et ajoutés au sien propre et naturel , enflammèrent peu à peu le coeur de Bicared , qu’elle aimait et servait comme fils de son seigneur. Au commencement , l’amour s’empara de lui par une habitude de se complaire à regarder la beauté sans égale d’Isabelle , à considérer ses grâces et ses vertus ; il l’aimait comme si elle eût été sa soeur, sans que ses désirs sortissent des limites du plus vertueux attachement. Mais comme Isabelle grandit et se forma , et qu’elle avait déjà douze ans lorsque Ricared commençait à s’enflammer, cette première bienveillance , cet innocent plaisir de la regarder et de l’entendre , se changèrent en désirs ardents de la posséder. Ce n’est point qu’il aspirât à cette possession par d’autres moyens que celui d’étre son époux, car de l’incomparable honnêteté d’Élisabeth ( c'est ainsi qu’ils l’appelaient à Londres), on ne pouvait pas espérer autre chose , et lui-même , s’il l’eût pu , n’eût pas voulu l’espérer. En effet, son noble caractère et l’estime qu’il avait pour Isabelle ne permettaient point qu’aucune mauvaise pensée jetât racine dans son âme. IVlille fois il résolut de découvrir sa passion à ses parents, et autant de fois il recula devant cette résohi-

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tion , sachant qu’ils lui destinaient pour ëpouse une demoiselle écossaise , très-riche et de grande qualité, comme eux secrètement catholique. U était clair, à ce qu’il se disait, que ses parents ne consentiraient point à donner à une esclave , si ce nom convenait à Isabelle, ce qu’ils avaient déjà promis de donner à une grande dame. Toujours pensif, inquiet, irrésolu; ne sachant quel chemin prendre pour arriver au but ’ de ses louables désirs , il passait une telle vie , qu’elle le réduisit au point de la perdre. Mais , trouvant qu’il y avait une grande lâcheté à se laisser mourir sans essayer de trouver quelque remède à son mal , il s’encouragea et s’enhardit à déclarer ses intentions à Isabelle.

Tous les gens de la maison étaient tristes et tourmentés de la maladie de Ricared , qui était chéri dé tout le monde, et de ses parents surtout avec une tendresse extrême, tant parce que c’était leur seul enfant, que parce qu’il méritait cette affection par ses nombreuses qualités, sa grande valeur et sa brillantè intelligence. Les médecins ne pouvaient deviner sa maladie, et lui n’osait ni ne voulait la découvrir. Enfin , bien résolu à braver les difficultés que lui présentait son imagination , un jour qu’Isabelle entré pour le servir, la voyant seule, il lui dit d’une voix défaillante et d’une langue troublée : « Charmante Isabelle , ce sont ta grande vertu et ta grande beauté qui me tiennent dans l’état où tu me vois. Si tu ne veux pas que je perde la vie sous les coups des plus cruels tourments qu’on puisse imaginer, que ton désir réponde au mien , qui n’est autre que de te prendfe pour épouse , en cachette de mes parents , desquels

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jé ct^ins qae, ne reconnaissant pas ce que je rëcOn-' nais que tu mérites, ils ne croient devoir me refuser le bonheur qu’il m’importe tant d’obtenir. Si tu me donnes parole d’étre à moi , je te la donne surle-champ, comme chrétien sincère et catholique, d’être à toi. Et, dussé-je ne point parvenir & te posséder. Car je n’y parviendrai qu’avec la bénédiction de l’Église et de mes parents, cette seule pensée que tu m’appartiens sûrement sufilra pour me rendre la santé, et pour me maintenir dans la joie jusqu’au temps où arrivera l’heureux moment que je désire. »

Pendant que Ricared lui pariait ainsi , Isabelle était restée à l’écouter en silence , les yeux baissé , montrant en cette circonstance que sa pudeur égalait sa beauté , et sa réserve son esprit. Voyant que Ricared se taisait, décente , belle et discrète , elle lui répondit ' de la sorte : « Depuis que la rigueur ou la déUience du Ciel , car je ne sais auquel de ces deux extrêmes l’attribuer, a voulu , seigneur Ricared , m’ôter è mes parents et me donner aux vôtres , reconnaissante de$ feveurs infinies dont ceux-ci m’ont comblée, je me suis résolue à ce que jamais ma volonté ne s’écartât de la leur. Ainsi donc, sans cette volonté, je tiendrais, non pas à bonne, mais à mauvaise fortune « rineslimable &veur que vous voulez bien nie iâire, si, à leur escient, j’étais assez heureuse pour voUs mériter. Dès à présent, je vous offre la volonté qu’ils m’imposeront, et eu attendant que votre projet s’accomplisse on soit abandonné , une chose doit entretenir et satisfaire vos désirs : c’est de savoir que les miens seront disposés toujours, et en toute sincérité ,

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à VOUS souhaiter le bonheur que peut vous accorder le Gel. »

Là , Isabelle mit fin à son honnête et discrète réponse ; là , commença à renaître la santé de Ricared , et recommencèrent à vivre les espérances de ses parents qu’avait tuées sa maladie. Les deux jeunes gens se séparèrent poliment , lui , avec des larmes dans les yeux ; elle , avec admiration dans l’âme en voyant celle de Ricared si remplie pour elle d’amour et de soumission. Ricared, une fois relevé du lit, et par miracle aux yeux de ses parents, ne voulut pas leur cacher plus longtemps ses pensées. Un jour, il en fit confidence à sa mère , en lui disant, à la fin de sa conversation , qui fut longue , que si on ne lui donnait pas Isabelle pour femme , la lui refuser et lui donner la mort serait une seule et même chose. Il sot par de tels propos et de tels éloges élever au ciel les vertus d’Isabelle, que sa mère dût croire qu’Isabelle était la dupe du marché en prenant son fils pour mari. Elle donna l’espoir à Ricared qu’elle disposerait son père à permettre volontiers ce qu'elle permettait ellemême. Effectivement , en rapportant à son mari les mêmes propos que lui avait tenus Ricared , elle l’amena facilement à vouloir ce que désirait si vivement leur fils, et à supposer des prétextes pour empêcher le mariage qui était presque conclu avec la demoiselle écossaise. A cette époque , Isabelle avait quatorze ans et Ricared vingt -, mais , dans un âge si tendre , dans un âge qu’on pourrait appeler si vert et si fleuri , leur discrétion singulière et leur prudence reconnue en faisaient des gens d’un âge mûr.

Il ne manquait plus que quatre jours pour iju'on

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arrivât à celui où les parents de Ricared voulaient que leur fils courbât la tête sous le saint joug du mariage , se croyant aussi bien avisés qu heureux d’avoir choisi leur prisonnière pour fille, et préférant la dot de ses vertus aux grandes richesses que leur eût apportées l’Écossaise. Les parures étaient prêtes , les parents et les amis invités ; il ne fallait plus rien qu’informer la reiné de cette convention : car, sans sa volonté et son consentement, aucun mariage ne se Ëiit parmi les gens de sang illustre. Mais , ne doutant point que l’autorisation ne fût donnée , ils ne se hâtèrent pas de la demander. Or, lorsque tout se trouvait ainsi préparé , et qu’il ne manquait plus que quatre jours pour arriver à celui des noces , un soir, toute cette joie fut troublée par l’arrivée d’un messager de la reine : il venait annoncer à Clotald que Sa Majesté lui ordonnait d’amener le lendemain matin , devant elle , sa prisonnière , l’Espagnole de Cadix. Clotald répondit qu’il obéirait avec plaisir à l’ordre de Sa Majesté. Le messager partit , et laissa toute la famille dans le trouble , l’agitation et l’effroi. « Hélas ! s’écriait madame Catherine , que sera-ce si la reine vient à savoir ({uc j’ai élevé cette enfant dans la foi catholique , et infère de là que tons nous sommes chrétiens dans cette maison ! En effet , si la reine lui demande ce <{u’elle a appris dans les huit années passées depuis qu’elle est prisonnière , que peut répondre la pauvre fille qui ne nous condamne, quelque discrétion qu’elle y mette? » Isabelle , qui entendit ces propos, répondit : « Que cette crainte ne vous afflige pas. madame ; j’ai la confiance que le Ciel , en sa divine miséricorde , me fournira dans cet instant des paroles qui , non-

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seulemeot ne vous condamneront point, mais qui tourneront à votre avantage. » Ricared tremblait , comme s’il eût pressenti quelque catastrophe -, Clotald cherchait des raisons de calmer son extrême frayeur , et ne les trouvait que dans la grande confiance qu'il avait en Dieu et dans la prudence d’Isabelle, à laquelle il recommanda, par-dessus tout, d’éviter par tous les moyens de les faire condamner comme catholiques , disant que , bien qu’ils fussent prêts, en esprit , à recevoir le martyre, cependant la chair débile refusait une si dure carrière. Isabelle les assura plusieurs fois qu’ils pouvaient être tranquilles et certains qu’à cause d’elle, il ne leur arriverait rien de ce qu’ils redoutaient ; bien qu’elle ne sût pas alors , disait-elle , ce qu’il y aurait à répondre aux questions qui lui seraient faites en semblable cas, elle avait la vive et ferme espérance quelle répondrait de façon que ses réponses , comme elle l’avait déjà dit, serviraient à leur justification.

Ils discoururent toute la nuit sur une foule de choses , et s’arrêtèrent spécialement à cette pensée que , si la reine les eût connus pour catholiques , elle ne leur aurait pas envoyé un message si doux ; qu’on pouvait donc supposer qu’elle voulait seulement voir Isabelle , dont la beauté sans égale et les remarquables talents seraient arrivés jusqu’à sa connaissance, comme à celle de toute la ville. Mais , de ne la lui «voir pas encore présentée, ils se trouvaient déjà oou- . pables , et ils ne trouvèrent rien de mieux à dire , pour se disculper de cette faute, si ce n’est que , du moment où elle tomba dans leurs mains , ils l’avaient choisie et désignée pour épouse de leur fils Ricared.

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{la cela même, ils s'accusaient encore, pour avoir fait ce mariage sans l’autoi isalion de la reine -, mais une telle faute ne leur semblait pas digne d'un bien sévère châtiment. Cette pensée les consola , et ils dédi~ dèrent qu’Isabelle ne se montrerait pas vêtue humblement comme une prisonnière, mais richement, comme une épouse, puisqu’elle l’était en effet, d’un aussi noble époux que leur fils.

Ayant pris sur ce point leur résolution , le lendemain ils habillèrent Isabelle à l’espagnole , avec une jupe de satin vert à longue queue, tailladée et doublée d’une riche toile d’or -, les taillades étaient rele-r vées par des s en perles , et toute la robe était semée de broderies semblables. Isabelle portait un collier et une ceinture de diamants , ainsi qu’un éventail â la mode des grandes dames espagnoles \ ses propres cheveux , qui étaient blonds et longs , lui servaient de coiffure, entremêlés de garnitures de diamants et de perles. Sous cette riche parure , avec sa bonne mine et sa beauté miraculeuse , elle parut à Londres ce jour* là , montée dans un beau carrosse , entraînant les yeux et les âmes de tous ceux qui la regardaient. Avec elle venaient dans le carrosse Clotald , sa femme et Ricared , et plusieurs illustres personnages de leurs parents les suivaient à cheval. Clotald voulut rendre tous ces honneurs à sa prisonnière , pour obliger la reine à la traiter comme l’épouse de son fils.

Quand ils furent arrivés au palais, et dans un grand salon où se tenait la reine , Isabelle entra , montrant le plus bel échantillon de beauté que pût rêver une imagination humaine. La salle était large et spacieuse^ au bout de deux pas , le cortège s’arrêta , tandis qul-

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sabelle s’avançait ; et, comme elle resta seule, elle parut ce que paraît l’étoile ou l’exhalaison qui glisse dans la région du feu pendant une nuit sereine , ou bien comme un rayon du soleil , qui perce , au point du jour, entre deux montagnes. Elle parut tout cela ; et même encore une comète qui prédisait l’incendie de plus d’une âme parmi ceux qui se trouvaient présents , et que l’amour embrasa avec les rayons des deux beaux soleils d’Isabelle. Celle-ci , pleine d’humilité et de courtoisie, alla se mettre à genoux devant la reine, et lui dit, en langue anglaise : « Que V. M. laisse baiser ses mains à son humble esclave, qui désormais se tiendra plutôt pour une noble dame, puisqu’elle a été assez heureuse pour parvenir à contempler votre grandeur. »

La reine se mit à la considérer un long espace de temps , sans dire une parole , car il lui semblait, comme elle le dit ensuite à sa camériste, qu’elle avait devant les yeux un ciel étoilé , dont les perles et les 'diamants que portait Isabelle étaient les étoiles, ses deux yeux le soleil et la lune , et toute sa personne une merveille de beauté. Les dames qui entouraient la reine auraient voulu être tout yeux pour ne rien perdre dq ce qu’elles avaient à voir en Isabelle : l’une vantait la vivacité de son regard , l'autre le teint de son visage -, celle-ci louait l’élégance de sa taille , celle-là la douceur de son parler, et telle autre s’écria, de pure jalousie : « Elle est jolie, l’Espagnole; mais sa toilette ne me plaît pas. » Lorsque la reine fut un peu remise de son étonnement , elle fit relever Isabelle , et lui dit : « Parlez-moi en espagnol , jeune fille, je le comprends, et cela me fera plaisir. » Puis,

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se tournant vers Clotald : « Vous m’avez fait un véritable tort , Ciotald , lui dit-elle , en me cachant ce trésor depuis tant d’années-, mais il est tel, que vous avez dû en être avare. Vous voilà contraint à me le restituer , car de droit il m’appartient. — Madame , répondit Clotald , c'est une grande vérité que V. M. a dite; je confesse ma faute , si c’en est une que d’avoir gardé ce trésor jusqu’à ce qu’il eût atteint la perfection convenable pour être présenté devant les yeux de V. M. Mais à présent qu’il a celte perfection , je pensais lui en donner une nouvelle , en demandant à V. M. son autorisation pour qu’Isabellc devint l’épouse de mon lils Ricared, et pour vous offrir daps ce couple , Haute Majesté , tout ce qu’il est possible que je vous offre. — Le nom même me plaît, reprit la reine , et il ne lui manquait que de s’appeler Isabelle l'Espagnole pour qu’il ne me restât aucune perfection à désirer en elle. Mais prenez garde , Clotald ; je sais que , sans ma permission , vous l’aviez promise à votre fils. — Cela est vrai , madame , répondit Clotald ; mais ce fut dans la confiance que les services nombreux et signalés que nous avons rendus à celte couronne, mes ancêtres et moi , mériteraient aux yeux de V. M. des faveurs plus difficiles à obtenir que celle de cette permission ; d'ailleurs, mon fils n’est point encore marié. — Et il ne sera point non plus le mari d’Isabelle , reprit la reine , avant qu’il l’ait méritée par lui-même; je veux dire que je n’entends point qu'en cela puissent lui profiter vos ser-

■ ttabel, en espagnol, est le même nom t\\x’ Elisabeth en anglais.

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vices cl ceux de vos ancêtres. Ricared doit se disposer à me servir par lui-même, et à mériter par lui-méme ce bijou , celle perle , ([ue j’estime comme si elle était ma fille. »

A peine Isabelle eut-elle entendu ces derniers mots , qu’elle tomba de nouveau aux genoux de la reine, et lui dit en langue castillane : k Les malheurs qui trouvent de telles réparations, ùsêrénissime dame, doivent plutôt passer pour d’heureux événements que pour des infortunes. V. M. m’a donné le nom de lille : sur un tel gage de bonheur , quels maux puisje craindre, quels biens ne dois-je pas espérer? » Isabelle parlait avec tant de grAce , et exprimait si élégamment tout ce qu’elle voulait dire, que la reine , à qui elle plut extrêmement , ordonna quelle restât à son service ; elle la confia sur-le-champ à une grande dame, sa première camériste, pour que celle-ci lui enseignât scs nouvelles fonctions. Ricared , qui se vit ôter la vie en perdant Isabelle , fut sur le point de perdre aussi la raison. Tremblant, plein de trouble et d’effroi , il alla se jeter aux genoux de la reine, a Pour servir V. M., lui dit- il, il n’était pas besoin de m’exciter par l’appât d’autres récompenses que celles ([u'ont obtenues mon père et mes aïeux au service de leurs rois. Mais puisque V. M. veut bien que je la serve avec d’autres désirs , avec un autre but , je voudrais savoir de quelle manière et dans quelle profession je pourrai prouver que j’ai rempli l’obligation que V.M. m’impose. — Deux vaisseaux, répondit la reine , sont prêts à partir en course. J’en ai donné le commandement au baron de Lansac ; de l’un de ces vaisseaux , je vous fais capitaine , car le sang d’où vous

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