‹ Les nouvelles de Miguel de Cervantes SaavedraChapitre 17 sur 53 · EscogrifTe.— 2. La Joafihie · texte numérisé non relu

EscogrifTe.— 2. La Joafihie

64 RINCONÈTE ET CORTADILLO.

dit alors Monipodio, je suis ici pour te rendre justice. Gonte*nous ton grief. Tu mettras plus de temps à le dire que moi à t'en venger. Dis-moi, est*ce que tu as eu quelque démêlé avec ton porte-respect? Si cela est, et que tu veuilles une bonne, vengeance, tu n*as qu'à ouvrir la bouche. — Quel porte-respect? répondit Juliana. J'aimerais mieux me voir respectée dans les enfers, que de l'être de ce lipn avec les brebis, de cet agneau avec les hommes. Est-ce que je voudrais plus longtemps manger avec lui pain sur nappe et coucher au même nid? Ah bien oui ! je verrais plutôt manger du loup ces chairs qu'il a mises en l'état que vous allez voir. > Et retrous* saut aussitôt ses jupes jusqu'au genou, et même un peu plus haut, elle se fit voir toute couverte de boue et de meurtrissures. € Voilà, continua-t-elie, comment m'a arrangée cet ingrat de Repolido % qui m'a plus d'obligations qu'à la mère qui l'a pis au monde. Et pourquoi pensez-vous qu'il l'a fait ? Est-ce que je lui en ai donné le motif? Non vraiment. Il l'a fait, parce qu'étant à jouer et à perdre, il m'envoya demander par Gabrillas, son goujat, trente réauz, et je ne lui en envoyai que vingt-quatre. Et je prie le ciel que la peine qu'ils m'ont coûté à les gagner vienne un jour en déduction 3e mes péchés. Si bien qu'en récompense de cette courtoisie et de cette bonne œuvre, comme il crut que je lui soufflais quelque chose de ce qu'il se figurait en son imagination que je pouvais avoir, ce matin il m'a menée aux champs, plus loin que le jardin du roi; là, dernère des oliviers, il m'a déshabillée toute nue, et avec sa ceinture de cuir, sans en ôter la boucle en fer (que ne puis-je le voir dans les fers et les chaînes!), il m'a donné tant de coups, qu'il m'a laissée pour morte. De cette véritable histoire, voilà des marques et des contusions qui sont de bons témoins. > Ici la fille recommença à demander justice, et Monipodio à la lui promettre, ainsi que tous ^ les braves qui se trouvaient là.

La Gananciosa prit à tâche de la consoler, c Je donnerais bien volontiers, lui dit-elle, une de mes meilleures nippes, pour qu'il m'en fût. arrivé autant avec mon bon ami ; car il faut que tu saches , ma sœur Cariharta , si déjà tu ne le sais, que celui qui aime bien châtie bien. Quand ces vauriens nous donnent des taloches et des horions, c'est qu'ils nous adorent. Sinon , dis la vérité , par ta vie : n'ôst-il pas vai qu'après

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