‹ Les nouvelles de Miguel de Cervantes SaavedraChapitre 37 sur 53 · Autre danse du même temps et de même origine · texte numérisé non relu

Autre danse du même temps et de même origine

Pendant que F Açturien chantait ainsi , toutp la çohue dea muletiers et des écureuses du bal , dont le nombre montait ^ ^çuse, d^U9»i^Qt à se iji^ttrg en pièces, ^ais, comme I^ôpç se prépftPftil k Pp^tiûU^r , #n çbajitftîit des çh-os^p de plus groji yoluma et de plus riphd subfit^no§ que Q^lim qu'il avait chantées jusque-là , un des nombreux gens à mafiteaux qui regardaient le bal lui dit eans se découvrir la figure i c ïaistoi, ivrogne, tais-toi, peau de bouc, sae à vin, pbëte savetier, musicien de travers. » D*autre3 se joignirçnt à celui-là, ajoutait t^Ut 4'iPJur^§ et 46 moqueries, que Lope trouva bon de se tair^, ]ifais 1§? muletieri? le trouvèrent si mal, que, sans VbdteÙfir qui leg c»lm^ par 4e bpnues raisons, U 4i^b}i^ allait entrer dans la da98ft( et aertes ils a'auraieot pa9 manqué de jouer des points, si dans ce moment le guet ne fût arrivé et ne les eùl tous fait rentrev ohez eux.

A peine la foule s'ëtait-élle retirée , qu'une voix frappa les ereilies de tous ceux qui étaient eneore éveillés dans ie quartier; c'était celle d'un homme qui, assis sur une pierre, en face de Tauberge du SevillanOj chantait avee une si merveilleuse suavité, qu'il tint tous ses auditeurs en suspens , et les força de l'écouter jusqu'au bout. Mais celui qui se montra le plus attentif fut Tomàs Pedro, comme étant celui qui avait le plus d'intérêt, non-seulement à écouter la musique, mais à entendre les paroles, tellement que, pour lui, ce ne fut pas écouter des cnansons, mais des sentences d'excommunication C[ui lui perçaient l'àn^e ; car ce que le musicien chanta fut le rqmar^ç^ suivant ;

• ûà esrtu, penrquoi oe paraiMu peint, spb^tre oéle^te 4q la l)§fut4, et, dao« 1^ vi§ ^um^me» tie 4ivift§ fonnati^u?

Ciel ç^pyr^a, q^ Vapaour a sa d^Ineure ç^rt^mp; prpq:iier mo^ilQ* qui emporta ftprès Wi tpus jçs bpnl^Qurs ;

Fontaine cristaUipe où des eau$ |;ran)sparentes rafraîchissent çt épureni les flamme^ 4e l'amour ;

Nouveau firmamçpt, où d^iji étoiles réunies, sans emprunter leur lumière, éclairent la terre et le ciel:

Allégresse qui combats les tristesses eonfusas du pèse qui donne à ses enfaats sépulture en son çstoraac^)

Filet invisible et subtil, qui mets en mte dure priiQu le guçpiiir adultère qiû tr|on|pb(^ 4^u8 le^ babilles?;

i , Noir qqp Ptolé^éç Joniiç {lu çigl qui e»veîpppe e( f^|t mouvoir Içus les auires.

2. Le Temps. — 3. Allusion au filet où Ynlcalh prit Mars el Vénus.

Quatrième ciel et second soleil , qui laisses la premier dans l'omire, quand par hasard tu te laisses voir, car te voir est un hasard heureux;

Grave ambassadeur , qui parles avec une si grande éloquence que tu persuades en te taisant, môme plus que tu n'essayes de le faire :

Du second ciel tu n'as rien moins que la beauté, et du premier^ rien moins que l'éclat de la lune.

Vous êtes cette sphère, Costanza, placée par injustice de la for* tune dans un lieu dont l'indignité obscurcit vos mérites;

Réformez vous-même votre sort en consentant à réduire la fierté en façons à la mode , le mépris en douceur.

Avec cela, vous verrez, madame, envier votre fortune par les orgueilleuses de leur naissance, par les hautaines de leur beauté.

Si vous voulez abréger le chemin , je vous offre en moi la plus pure et la plus vive ardeur qu'amour ait vue en aucune âme.

La fin de ces derniers vers et Tarrivée de deux moitiés de brique qui vinrent eu volant, furent Taffaire du même instant ; et si, au lieu de frapper aux pieds du chanteur, elles Teussent atteint au beau milieu de la tête, elles lui auraient facilement tiré du cerveau la musique et la poésie. Le pauvre diable s'épouvanta et se mit à courir le long de cette montée avec tant de hâte, qu'un lévrier même ne Teût pas rattrapé : mal-* heureuse condition des musiciens chats-huants et chauvessouris, toujours exposés à de semblables averses.

Tous ceux qui avaient entendu la voix du lapidé la trouvèrent de leur goût; mais celui à qui elle plut le mieux fut Tomas Pedro, qui admira le chant et le romance. Toutefois, il aurait voulu qu'une autre que Costanza fût Toccasion de tant de sérénades, bien qu'aucune n'arrivât jamais aux oreilles de la jeune fille. D'un avis contraire se trouva Barrabas, le garçon muletier, qui avait aussi écouté la musique; oar, dès qu'il vit fuir le musicien, il lui cria *. t Va- t'en, imbécile, troubadour de Judas, et que les puces te mangent les yeux I Qui diable t'a appris à chanter à une laveuse de vaisselle des histoires de sphères et de cieux, l'appelant lundi, mardi *, et roue de fortune? Si tu lui avais dit (maudit sois-tu. et quiconque a trouvé bonne ta chanson I ), si tu lui avais dit qu'elle est droite comme une asperge, hautaine comme un. panache, blanche comme du lait, pudique comme un frère novice, intraitable comme une mule de louage, et plus dure

1 . Lunes el Martes, ce qui forme un jeu de mois avec les noms de la lune et de Mars {luna el Marte).

que da mortier sec, elle aurait pu te comprendre et se serait réjouie. Mais l'appeler ambassadeur, filet, mobile , altesse et bassesse, c'est bon à dire à ua écolier des frères ignorantins plutôt qu'à une écureuse. Yéritablement , il y a des poètes dans le monde qui écrivent des chansons où le diable n'entendrait rien. Pour mon compte,' bien que je sois Barrabas, je n'ai pas compris le plus petit mot à celle qu'a chantée ce musicien ; voyez un peu ce que fera Gostanza. Mais elle s'en tire mieux, car elle est fourrée dans son lit, se moquant du Preste- Jean des Indes *. Ce musicien du moins n'est pas de ceux qu'amène le fils du corrégidor, car ils sont nombreux , et de temps en temps se laissent comprendre ; mais celui-ci, diable m'emporte i il m'a fâché tout rouge. »

Tous ceux qui entendirent Barrabas s'amusèrent beaucoup de sa censure, et trouvèrent son avis fort judicieux.

Après cela, chacun alla se coucher ; mais à peine le repos régnait-il, que Lope entendit frapper tout doucement à la porte de sa chambre. « Qui est là? j» demanda-t^il. On lui répondit à voix basse : c Nous sommes les Arguello et la Galicienne ; ouvrez-nous , car nous mourons de froid. — Gomment donc 1 s'écria Lope; nous sommes au milieu de la canicule. — Laisse là tes bons mots, Lope, reprit la Galicienne ; lève-toi, et ouvre ta porte; nous venons parées comme des archiduchesses. — Des archiduchesses à cette heure I repartit Lope , je n'en crois rien ; je m'imagine plutôt que vous êtes des sorcières ou de grandissimes coquines. Allez-vous-en, partez; ou sinon, parla vie de... je fais serment, si je me lève, d'aller avec les crochets de ma ceinture de cuir vous rendre les fesses rouges comme des coquelicots.»

Les deux femelles, qui s'entendirent répondre si vertement et si différemment de ce qu'elles attendaient , eurent peur de la furie de l'Asturien, et , voyant leurs espérances déçues , leurs projets frustrés , regagnèrent leur lit , tristes et l'oreille basse. Cependant , avant de quitter la porte , la Arguello alla mettre le groin au trou de la serrure, et dit : c Le miel n'est pas fait pour la bouche de l'âne. > Après cela, comme si elle eût dit un grand axiome et tiré une juste vengeance, elle s'en retourna, comme on l'a dit, sur son triste grabat.

4 . Penoniiage proverbial à la façon du Juif errant. C'était, croyaitron , un prince chrétien, à la fois roi et prêtre , qui avait régné sur les confins de la Chine.

B54 t'IILUSTRE SERYANTE.

i (}u*{l s'aperçut qu'elles étaient parties, Lope ait à foma# I, qui s'était éveillé : «Sooutez, Tûmas, metteE-moi aux

Dàs

Pedro,

prises avec deux géants , obligez-moi , pour votre servies , à démantibuler une demi-douzaine de lions ou une douzaine -entière/ je le ferai plus aiséffl:eHt que déboire un verre de vin; mais que vous me mettiez dans la nécessité de me prendre & bras'le-eorps avee la ArguelloI ohl non, j'aimerais mieus qu'on me tuât à coups de flèehes. Voyez un peu quelles da^ -moiselles de Dannemare' le sort nous a envoyées cette nuit; mais prenons patience, Dieu enverra le jour et nous fera voir ilotre chemin. — Je t^ai déjà dit, ami, répondit Tomas, que tu peux faire à ta fantaisie, soit continuer ton pèlerinage, soit acheter Fane et te faire porteur d'eau , comme tu en as le projet. — C'est à être porteur d'eau que je me déeide, répliqua Lope. Mais dormons le peu qui reste jusqu'au jour, ear j'ai la tête grosse comme un ouvier, et ne suis pas en train de deviser maintenant avec toi. »

Les deux causeurs s'endormirent; le jour vint, ils se levé» rent; Tomas alla distribuer Perge, et Lope gagna le marché au bétail , qui est tout près , pour y acheter un âne qui fût bon et beau.

Or, il arriva que Tomas , entraîné par ses pensées et par l'occasion quç lui offrait la sqllitude des heures de sieste, avait composé quelques vers amoureux , et les avait écrits sur le registre même où il tenait le compte de l'orge avee l'intention de les pQCttre plus t^rd qu net, et de déchirer ces feuilles. Mais avant dç faire cela, dans un moment où il était sorti de la maison , ayant laissé ïjs registre sur le coflVe à l'orge , son maître le prit , et , rouvrait pour voir où en était le compte , il tomba sur l'es vers , dont la Jeçture le surprit et le troubla. Il courut les porter à sa femme ; mais, avant de les lui lire , il appela Costanza, et ^vec de grandes recommandations, mêlées de quelques n^enaces , il la pressa de dire si Tomas Pedro , le gs^rçpn de l'orge, lui avait conté fleurette, ou dit quelque parqlç impertinente qui montrât qu'il fût épris d'elle. Gestanza jura qu'il était encore à lui dire le premier mot sur ee sujet ou sur tout autre , et que jamais , même avec les yeux , il ne lui avait témoigné aucune mauvaise pensée. Ses maîtres la crurent, accoutumés qu'ils étaient à lui entendre toujours répondre la vérité; ils la firent retirer, et Thôtelier dit à sa

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