‹ Les nouvelles de Miguel de Cervantes SaavedraChapitre 41 sur 53 · QuarlierB de la populace · texte numérisé non relu

QuarlierB de la populace

S^GIPION ET BERGANèlA. . 417

porte de la rue, et m'appela de nouveau. Je . m'approchai d'elle , comme pour voir ce qu'elle me voulait , et ce ne fut autre chose que me prendre ce que je portais dans le panier, et me mettre en place une vieille pantoufle. Alors je me dis à part moi : c La chair s'en est allée à la chair. » La jeune fille me dit, après m'avoir pris la viande : c Allez , G-avilan ', ou comme on vous appelle , et dites à Nicolas le camus , votre maître, qu'il ne se fie plus à des animaux, et que du loup il ne faut pas seulement toucher la queue*. > J'aurais hien pu lui reprendre ce qu'elle m'avait pris ; mais je ne le voulus pas, pour ne point mettre ma gueule sale et sanglante sur ses mains blanches et propres.

sciPiON. — Tu fis très*bien , car c'est une prérogative de la beauté , qu'on lui doit toujours porter respect.

BEaGANZA. — C'est ce que je fis , et je revins à mon maître sans la ration , et avec la vieille pantoufle. 11 trouva que j'étais revenu bien vite ; puis il aperçut la savate , devina le tour, tira un couteau de sa poche, et me lança une telle estocade, que , si je n'eusse évité le coup, tu n'aurais jamais entendu cette histoire, ni beaucoup d'autres que je pense te conter. Je pris mes jambes à mon coii, et, enfilant la venelle des mains et dés pieds , par derrière San-Bernardo , je m'en allai tout à travers ces champs de Dieu, où il plut à la fortune de.m'emmener.

Cette nuit-là , je dormis à la belle étoile , et le lendemain le sortm'envoyaun troupeau de brebis et démontons. Dès que je le vis, je m'imaginai que j'avais trouvé là une situation à jamais prospère : car il me semblait que l'office le plus propre et le plus naturel aux chiens était de garder un troupeau , œuvre qui renferme en soi une vertu bien grande , comme Test celle de défendre et de protéger les humbles et les faibles contre les superbes et les puissants. A peine un des trois bergers qui gardaient le troupeau m'eut-il aperçu , qu'il m'appela en disant to , to. Moi , qui ne désirais pas autre chose, je vins à lui , baissant la tète et remuant la queue. Il me passa la main sur le dos, m'ouvrit la gueule, me cracha dedans, regarda mes crochets , reconnut mon âge , et dit aux autres bergers que

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