‹ Les nouvelles de Miguel de Cervantes SaavedraChapitre 43 sur 53 · UoaeMn. «- s. RoatOtrai eoolear da T«4;be · texte numérisé non relu

UoaeMn. «- s. RoatOtrai eoolear da T«4;be

BGIFION ET BBRaANïA. ' kl$

qu'elle tof quelqu'un i el| ii tu peux plaire sa]i$ ellei Je te tiendrai pour un prodige d'esprit,

BERGANZA. — Js sulvrai ton conseil , et j'attendrai bien inii patiemment que le tempe vienne où tu me contera» lei événements de ta vie i oar de quelqu'un qui sait ei bien reconnaître et oâi*Figer les défauts que je montre en racontant mon his# toire» on doit attendre qu'il raoontera la sienne de manière h enseigner et à réjouir tout à la fois. Mais çnSn , rattacbant le £1 rompu de mon récit « je dis que , pendant le eilenpe et la solitude de mes sieàtee, je eonsidénûs, entre autres choetsi que tout ce qu'on raconte de la vie de? bergers ne devait pae être vrai , hu. moins de ceu;i dont la bonne amie de mon maître lisait les aventures dans des livres, quand j'allais ehe« elle. Tous ces livvee parlaient de bergers et de bergères , dif saut qm leur vie ae pasaait k ebanter, à joner de la musette, du obâlumeau , du iutb, de la oornemuse, et d'autres instru^ mente ex^aordinairee» Je me mettais à l'écouter lire , «t la voilà qui lieait somment le berger d'Ampbry^e ebantait d'une façon divine les louanges de la sans pareille Pélisard#, sana qu'il j eût dans toutes les montagnea de l'Afcadie un eeul arbre à Tombro duqual il ne se (ftt aasie j^Ur pbanter , depuis que le soleil se levait des bras de l'Aurore jusqu'à ee qu'il se Bouebât dans neuz de Tétbjrs; et même, quand la sombre nuit avait étendu sur la faoe de la terre l'obacurité de ses ailea noires , il ne eessait point sas plaii^tes bien obantées et pleu<* rées mieux oaeoro* La dame n'oubliait pas 0ntre les lignea le pasteur Ëlieio , plus amoureux que hardi , de qui elle disait que , sans s'oocupet de ses amours et de «on troupeau» il prof sait plutôt part aux affliotions d'autrui. BUe disait enoore que le fameux belpger de Philida^ peintre unique d'un unique pot»^ trait , avait été plus présomptueux que fortuné. Quant aui évanouissements de Slreao et au repentir de Diane ^ elle ren* dait grâee à DieUt dift4t>4lle, et à la sage Felioia , de ce qu'an veo son éau enobantée elle avait rmversé cette maobine d'in» trigues amoureuses et démoli oe labj^sintbe de difficultés '. Je me rappelAie beaueoup d'autrea livres de la même espèce quf je lui avais entendu lire ; mais ils n'étaient vraiment pas digne* d'ooeuper ma mémoiret

Mcwïûv.mfU parait, Barganaai que tu met» mon coneeil à

4 . AllniiiMi anx peridttllàgei et ft«a s^ealMefl de la £KaM| asareUe fu^ torale en prose ei en vers , par Jorge de Monlemayor. - -. j

profit. Médis, pique, mords , emporte la pièce, et que ton intention soit lout^le , bien que le coup de langue ne le soit pas.

BER6ÂNZA. — Dans ces matières , ce n'est jamais la langue qui trébuche , à moins que Tintention ne soit déjà par terre. Mais si par hasard , soit négligence , soit malice, je médisais du prochain , je répondrai à ceux qui m'en feraient le reproche ce que répondit Mauléon , poëte sot , et académicien pour rire de l'Académie des Imitateun^^ à quelqu'un qui lui demandait ce que roulait dire Deum <f« Deo; il répondit : c Donne d'en bas ou d'en haut *. >

SGiPiON. — Cette réponse fut d'un imbécile; mais toi, si tu as de l'esprit , ou si tu toux en avoir , tu ne dois jamais rien dire dont il faille ensuite t'excuser. Continue.

BER6ANZA. — Je dis donc que toutes ces pensées, et Men d'autres encore, me venaient en voyant combien les manières et les occupations de mes bergers, et de tous les gens de cette plage , étaient différentes de celles que j'avais entendu prêter aux bergers des livres^ En effet , si les miens chantaient , ce n'étaient pas des chansons harmonieuses et bien composées, mais un : Gare au kv/p l un : Où va Juanica^ et d'autres refrains semblables; et cela non pas au son d'une musette ou d'un chalumeau , mais au bruit que faisaient une houlette frappée eontre une autre, ou de petits tuileaux mis entre les doigts ; non pas avec des voix délicates, sonores et merveilleuses, mais avec des voix si rauques que , seuls ou ensemble, ils ne paraissaient pas chanter, mais crier ou grogner. Us passuent presque tout le jour à chercher leurs puces ou à ravauder leurs sandales de peaux. On n'entendait nommer parmi eux ni Amaryllis , ni Philis , ni Galatée , ni Diane , et ils ne s'appelaient ni Lisardo, ni Lauso, ni Jacinto, ni Riselo ' ; c'étaient tous des Antoine, des Dominique, des Paul et des Laurent. De là je vins à comprendre ce que j'imagine que tout le monde doit croire; c'est que tous ces livres sont autant de choses rêvées et écrites pour l'amusement des pisifs, mais qu'il n'y a pas un mot de vrai. Autrement , parmi mes bergers, il y au*

4. Académie fondée à Madrid, yen 46S6, en imilaUon de ceUes d^Ilalia.

5. En espagnol de domde Mère, Le même mot est eilé par Gemnièi dans le chapilre ucxi de la seconde partie du Don Quichotte,

a. Personnage! de divers pofimes pattoranz, entre antres de la Gahtea de Cervantes ,

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rait bien eu quelque reste, quelques vestiges de cette vie bienheureuse , de ces prés fleuris , de ces vastes forêts » de ces monts sacrés , de ces beaux jardins , de ces clairs ruisseaux , de ces fontaines cristallines , de ces galanteries aassi fines qu'honndtes , de ces évanouissements du berger par ici et de la bergère par là, du son de la musette à droite et des pipeaux à gauche.

sciPiON. — Assez, Berganza; reviens à ton sentier, et marche en avant.

BERGANZA. — Je te remercie, ami Scipion ; car si tu ne m'eusses pas averti , je m'échauffais si bien le gosier que je n'aurais pas fini sans te décrire un livre entier de ceux qui me trompaient si bien. Mais un temps viendra où je dirai tout cela en meilleurs termes et avec plus de suite et d'àrpropos qu'à présent.

scipiON. — Regarde à tes pieds et tu déferas la roue* , Ber- ' ganza; je veux dire, prends garde que tu es un animal dépourvu de raison , et , si maintenant tu en montres quelque peu, nous avons déjà reconnu entre nous deux que c'est une chose inouïe et surnaturelle.

BERGANZA. — Gela serait vrai si j'étais encore dans ma première ignorance; mais, à présent qu'il me revient en mémoire ce que j'aurais dû te dire au commencement de notre conversation , non-seulement je ne m'étonne plus de parler, mais je m'émerveille de passer tant de choses sous silence.

SCIPION — Eh bien! ne peux-tu dire à présent ce qu!à présent ;tu te rappelles ?

BERGANZA. — C'cst uue Certaine aventure qui m'est arrivée avec une grande sorcière» disciple de la Camacha de Montilla.

sciPiON. T- Je te prie de me la conter avant que tu continues l'histoire de ta vie.

BERGANZA. — Oh 1 Rou ; jo Ro le ferai pas avant le temps. Prends patience et écoute mes aventures dans leur ordre. De cette façon elles te feront plus de plaisir, à moins que tu ne sois démangé du désir de savoir le milieu avant le commencement.

SCIPION. — Sois bref, et conte ce que tu voudras, comme tu le voudras.

BERGANZA, •» Jc dis doRC quo je me trouvais bien du métier de garder un troupeau; il me semblait que je mangeais le

i . Phrase proverbiale, qui a'a4reBB« aa paon.

431 DIAL06US DB6 OHIBltl

pain da mon travail et de ma sueui^, et que l'oisifetë, radAa et mère de tout les vioes , n'avait rien à voir avee mol. Ibk effet, si Je ine reposais de Jour, de nuit Je ne dormais pas, eav les loups nous donnaient fréquemment l'assaut et nous M* Baient crier aux armes 1 A peine les bergers m'avaient-ils dit t € Au loup, Bareinol » que je courais avant tous les autres chiens du côté où ils me montraient qu'était le loup. Je par» courais les vallons , je fouillais les montagnes , je blutais les forêts, je sautais les ravins, je croisais les routes, et, le matiii| je revenais au troupeau , sans avoir trouvé ni le loup ni sa trace, essoufflé, harassé, mis en pièoes» les pieds meurtris^ et je trouvais à la bergerie , tantôt une brebis morte , tantôt un mouton saigné et demi«dévoré par le loup. Jfe me désespérais de voir combien peu servaient mon sèle et ma diligenee. Le maître du troupeau venait de temps en temps; les bergeiy allaient le recevoir avec les peaux 4es bétes mortes; il g»endait les bergers pour leur négligence, et faisait rosset len ebiens pour leur paresse ; sur nous pleuvaient les eoups d^ bâton, et sur eux les reproches. Aussi, voyant un Jouy qu'en m'avait châtié sans motif, et que mon zèle, ma légèreté, mon courage, ne servaient à rien pour prendre le loup, je résolus de changer de batterie, et de ne pas m'éleigner à sa reeheipehe, comme j'en avais coutume, mais de rester près du troupeau : c Car, me disais-je, puisque le loup vient jusque**là , je serai plus sûr de le prendre. > Chaque semaine on sonnait Talarme, et , par une nuit trôs-obsoure , j'eus d'ssseï bons yeux pour voir les loups dont il était impossible que le troupeiiti se délèndtl. Je me blottis derrière an buisson; les chiens, mes eamarades, passèrent en courant, et de 14, je guettai et vis deiix bergers qui empoignèrent un mouton, des plus gras de la bergerie, et le tuèrent de façon que véritablement le matin en eût dit que le véritable loup avait été son bourreau. Je restai stupéfait, anéanti, quand je vis que les bergers étaient les ionpp, et que ceux«-là dévoraient le troupeau à qui la garde en était oonfiëe. Aussitôt ils faisaient savoir au mettre l'attaque dn loup; ils lui donnaient la peau , une partie de la viande , et mangeaient le reste, e'est-èHlire le meilleur. Le aiattre reeommençait k les gronder; eux recommençaient à battre les chiens; il n'y avait pas de loup , et le troupeau diminuait! j'aurais vaalu dénoncer la ruse, mais je me trouvais muet* Tout eela me rempli8«> sait d'étonnement et d'affliction. cBon Dieul disais- je à part moi, qui pourra remédier à eette iniquité? qui aura le pouvoir

«CIPÏON ET BBRGAN2A. «S

de faire entendre que la défense attaque , que les sentinelles dorment, que la confiance dérobe, et que celui qui vous garde TOUS tue? »

SGI9I0N. -»• Et tu disais fort bien, Bergânza; oar il n'y a pas de plus grand et de plue subtil larron que le voleur domestique t aussi- périt>il plus de gens oonfiants que de gens avisés. Oui« le mal est qui] est impossible de bien passer le temps en oe monde sans se fier et se confier ; mais restons-en là , oar ]e ne veux pas que nous ressemblions à des prédicateurs. Ck)n« tinue.

BEROATfSÂ. -^ Je continue, et je dis que je résolus de laisser là ce métier, tout bon qu'il parût, et d'en cboisir un autre où, pour faire le bien, si je n'étais pas récompensé, je ne fusse pas du moins puni» Je retournai à Sévilie , et me mis au ser* vice d'un riehe marchand.

sciPtoH. •— Quels moyens prenais-tu pour entrer au service d'un maître? car, à voir ce qui se passe, il est fort difficile pour un homme de bien, an jour d'aujourd'hui , de trouver nn seigneur à qui servir. Les seigneurs de la terre sont bien différents de celui du ciel; ceui-là , pour recevoir un serviteur, épluchent sa naissance , examinent son habileté , contrôlent ton maintien, et veulent savoir jusqu'aux habits qu'il a. Mais, pour entrer an service de Dieu , le plus pauvre est le plus ri* ehe, le plue humble est le plus noble, et il suffit de se disposer avec droiture de ccMir à vouloir le servir, pour qu'il vous inscrive aussitôt sur son registre de gages, vous en fixant de si considérables, qu'à peine peuvent»ils tomber sous votre désir, tant ils sont nombreux et grands.

BBAGANZÀ. «^ Tout oeU, c'cst précher , ami Soipion.

BciPioN. •*- C'est justement ce qu'il me semble; aussi je me tais.

BSEGAiizA. ««* Quant à oe que tu me demandas, de la manière dont je m'y prenais pour entrer au service d'un maître, la re« ponse est facile. Tu sais que l'humilité est la base et le fonds*' ment de toutes les vertus; rien n'est vertu sans elle. Bile Aplanit les difficultés^ elle vainc les obstacles; c'est un moyen qui nous conduit toujours à de glorieuses fins. Des ennemis, éi\9 fait des amis; elle calme la colàre d^u emportés, elle af» faiblit l'arrogance des superbes; c'est la mère de la modestie , la sœur de la tempérance ; enfin , avec elle , les vices ne peu» vent remporter aucun triomphe sérieux et durable : car les iléohes des péchés s'émoussent et se brisent contre sa douceur

et sa bénignité. Eh bienl c'est d'elle que je me servais quand je Yoolaîs entrer dans quelque maison , après avoir toutefois bien observé le logis, et m'ôtre assuré qu'on y pouvait recevoir et nourrir un chien de grande taille. Je me tenais près de la porte, et, quand il s'en approchait quelqu'un qui me semblait étranger, je Taboyais ; au contraire, quand venait le maître, je baissais la tête, et, remuant la queue , je m'approchais de lai, et nettoyais ses souliers avec ma langue. Si l'on me chassait à coups de bâton , je le souffrais , et je revenais avec la môme douceur caresser ceux qui m'avaient battu, et personne ne recommençait, voyant ma constance et ma noble résignation. De cette manière, au bout de deux épreuves, je restais à la maison. Je servais fidèlement : on m'aimait bientôt , et jamais personne ne m'a chassé. C'était moi qui me chassais ou, pour mieux dire, qui m'en allais; et, maintes fois, j'ai trouvé maître dans la maison de qui je serais encore à l'heure qu'il est, si le sort contraire ne m* eût persécuté.

SGiPioN. — De la môme façon que tu viens de le conter, j'entrais aussi chez les maîtres que j'ai eus. On dirait que nous lisons mutuellement nos pensées.

BER6ANZA. — En CCS choscs commo en d'autres , nous nous sommes rencontrés, si je ne me trompe, et jeté le dirai à leor temps , puisque je te l'ai promis. Mais écoute maintenant ce qui m'arriva, lorsque j'eus laissé le troupeau à la garde de ces mauvais sujets. Je revins, comme je te l'ai dit, à Séville, qui est l'asile des pauvres et le refuge des abandonnés ; car, dans •a grandeur, non-seulement les petits tiennent, mais les grands ne s'aperçoivent pas. Je me plaçai à la porte d'une grande maison de marchand ; je fis mes diligences accoutumées , et j'eus bientôt l'entrée du logis. On m'admit pour me tenir attaché de jour derrière la porte, et me lâcher la nuit. Je servais avec beaucoup de zèle et de diligence ; j'aboyais les étrangers, je grognais ceux qui ne m'étaient pas très-connus. La nuit , je ne dormais pas, visitant les cours , montant sur les terrasses , et me faisant la sentinelle générale de ma maison et de tout le voisinage. Mon maître fut si charmé de mes bons services, qu'il ordonna de me bien traiter , de me donner une ration de pain , et les os qu'on enlevait ou qu'on jetait de sa table, ainsi que les restes de la cuisine. A cela je me montrais fort reconnaissant, faisant des sauts à l'infini quand je voyais mon maître , surtout quand il revenait du dehors : car alors je donnais tant de signes de joie et faisais tant de cabrioles , qu'à

SGIPION ET BERGANZA. 425

la fin mon maître ordonna qu'on me détachât , et qu^on me laissât libre de jour et de nuit. Quand je me vis en liberté , je courus à lui , je tournai tout autour , mais sans oser le toucher arec mes pattes, me rappelant la fable d'Ësope, quand cet âne, si âne, voulut faire à son seigneur les mêmes caresses que lui faisait une petite chienne gâtée, et attrapa une volée de coups de bâton. Il me semble que, dans cette fable , on nous faisait entendre que les grâces et les gentillesses des uns ne vont pas bien aux autres. Que le bouffon vous apostrophe , que l'histrion joue des mains et fasse la voltige, que le polisson braie, que le manant imite le chant des oiseaux, les mouvements des animaux et les gestes de Thomme, quand ils s'y sont adonnés, passe ; mais qu'il ne prenne pas envie d'en faire autant à l'homme de qualité , à qui nul de ces talents ne saurait donner ni crédit ni renom.

scniON. — Assez, Berganza; on t'a compris.

BEROANZA. — Plût à Diou que , de môme que tu m'entends , ceux pour qui je le dis m'entendissent 1 Je ne sais ce que j'ai de bon naturel , mais je souffre extrêmement quand je vois un gentilhomme se faire saltimbanque, se piquer de savoir jouer des gobelets, et de danser la chaconne mieux qu'âme qui vive. Je connais un gentilhomme qui se vantait d'avoir découpé, à la demande d'un sacristain, trente-deux fleurs en papier pour mettre à un monument* sur du drap noir; et il était si fier de ses découpures , qu'il menait ses amis les voir, tout comme s'il les eût menés voir les drapeaux et les trophées de l'en* nemi déposés sur la sépulture de ses pères et de ses aïeux.

Ce marchand, pour revenir à lui , avait deux fils, un de douze ans et l'autre de quatorze , qui étudiaient la grammaire chez les pares de la compagnie de Jésus. Us allaient au collège en grande pompe, avec un gouverneur et des pages qui leur por* talent les livres et ce qu'on appelle le vade mecum. En les voyant ainsi marcher avec tant d'apparat, en chaise s'il faisait du soleil, en carrosse s'il pleuvait, je remarquai davantage avec quelle grande simplicité leur père allait à la Bourse négocier ses affaires ; il ne menait d'autre valet qu'un nègre, et quelquefois il s'oubliait jusqu'à s'y rendre sur un méchant mulet, assez mal harnaché.

scipioN. — Il faut que tu saches , Berganza, que c'est la

4, On appelle ainsi une sorte de Uiéàlre élevé dans les églises pendant la semaine sainte, et où l'on représente les actes de la Passion.

kU piALOaUS DKS CHIBNS

coutume et Thumeur des marcbands de SéyiUe , aiosi que des Autres grandes cités, de montrer leur considération et leurs richesses , non sur leurs personnes , mais sur oelles de leurs enfants. Les marchands sont plus grands dans leur omhre qu'en eux-mêmes; et, comme ils ne s'occupent pas d'autre chose que de leurs achats et de leurs ventes, ils sa traitent modestement; mais aussi, comme Tambition et la ri« çbesse meurent d'enyie de se montrer, elles éclatent dans leurs enfants» C'est pour cela qu'ils les traitent et les rehausseal comme si c'étaient les fils de quelque prince. U y en a mémo qui leur procurent des titres , et trouvent moyen de leur mettre sur la poitrine le signe qui distingue si bien les gens de qualité des gens du peuple*.

nsROANSA. ^^ C'est ambition , mais ambition généreuse t

celle qui vise à rehausser sa situation sans préjudice d'autrui«

SGiPioN. — liarement ou jamais l'ambition ne s§ satisfait

sans que ce soit au préjudioe d'autrui»

BSRGANZA. — > Nous arpus déjà dit que nous ne médirions pas*

sciPiov. *^ Oui , et je ne médis de personne.

BERGANZA. ->- J'achàve maintenant de reconnaître pour vrai

ce que j'ai ouï dire bien des fois* Un médisant, une méchante

langue, vient de déchirer dix noblesses et de calomnier vingt

hommes de bien ; si quelqu'un le reprend en ce qu'il dit ) € Jn

n'ai rien dit vraiment, répond-il, ou, si j'ai dit quelque chosoi

ce n'était pas avec dessein, et, si j'avais cru que quelqu'un pi^t

en être oÂ^ensé , je ne l'aurais pas dit. s Ma foi , Soipioa , il

faut sayoir beaucoup, et se bien tenir sur ses étriers, si l'on

▼eut soutenir deux heures de conversation sans toucher aux

limites de la médisance. Je le vois en moi*m4me( animal

comme je le suis, pour quatre propos que je m'arise de teniri

les paroles me viennent à la langue comme les moucherons

au vin doux, et toutes malicieuses , toutes piquantes pour lo

prochain. J'en reviens donc h répéter oe que j'ai dit uua autr«

fois , que le mal faire et le mal dire , nous l'héritons de nos

premiers parents , nous le suçons avec le lait. Cela se voil

clairement à ce qu'à peine un enfant tire son bras du maillot,

qu'il lève la main» montrant vouloir tirer rengeanee de celui

qu'il croit l'avoir offensé ; et presque la première puole qu'il

articule, c'est d'appeler coquine* sa nourrice ou sa mère»

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