‹ Les nouvelles de Miguel de Cervantes SaavedraChapitre 45 sur 53 · Ûtl dicho al hecho hay gnm trecho · texte numérisé non relu

Ûtl dicho al hecho hay gnm trecho

Les Nouvelles de Cervantes. 19

4d4 DIALOGUE DË6 CHlËNS

la crainta qa'au lerar du soleil nous ne restions à tâtons, e'est-à'dire que la parole ne nous manque.

sovioir. -^ Le ciel en agira mieux. Poursuis ton histoire, al ne t'écarte pas du grand chemin par d'impertinentes digressions; de cette manière, quelque longue qu'elle soit, tu auras bientôt fini.

ÇBEOiirzA. <— Je dis donc qu'ayant tu Vaudace, l'impudicité et le brigandage des nègres, je résolus, en bon sertiteur, d'y mettre ordre par tous les moyens que je pourrais employer ; et je fis si bien, en effet, que je tins k bout de mon dessein. La négresse, comme tu le sais déjà, deseendait s'ébattre avec le nègre, se fiant à ce que les morceaux de fiande, de pain ou de fromage, qu'elle me jetait dans la gueule, me rendaient muet. Les présents ont une grande puissance, Scipion.

sapiov. — Fort grande; mais ne tf amuse pas, continue.

BBuaANEA. — Je me rappelle que, lorsque J'étudiais, j'ouls dire au professeur un proverbe latin , de ceux qu'ils nomment adages, ainsi conçu : habet hovem in lingua,

SCIPION. — Oh t que tous arez mal à propos fourré 1& Totre latin 1 Bet-ce que tu as si vite oublié ce que noas disions tout k l'heure contre ceux qui entremêlent de latin les conversations en espagnol t

BEROANZA. — Mals ce latin rient ici comme au moule. Sache donc que les Athéniens employaient, entre autres, une monnaie à l'effigie d'un bœuf, et lorsqu'un juge, pour s'être laissé suborner, manquait à dire ou à faire ce que lui prèscriTsient la raison et la justice, ils disaient : c Ce juge a lé bœuf sur la langue. »

SGiPiQN. — L'application manque.

BERGANZA. — Comment! n*est^Ile pas claire Y est-ce que les cadeaux de la négresse ne m'ont pas tenu muet plusieurs jours, au point que je ne voulais ni n'osais aboyer, quand la négresse descendait visiter son nègre amoureux? C'est ce qui me fait répéter encore que les présents' peuvent beaucoup.

SCIPION. — Je suis déjà convenu de cela, et, sans la crainte de faire à présent une trop longue diversion, je te prouverais

gar mille exemples la grande puissance qu'ont les présents, [ais peut-être le dirai-je, si le ciel m'accorde le temps , l'occasion et la parole pour te raconter ma vie.

BBR»AiiEA. — Dieu te donne oe que tu souhaites! mais, en attendant, écoute. A la fin, ma bonne intention prévalut contre les mauvais cadeaux de la négresse; une nuit qu'elle

SCIÏ^ION ET BERGAN2A. 435

descenclait à son ordinaire passe-temps, je sautai sur elle, sans aboyer, pour ue pas alarmer les gens de la maison, et, en un instant, Je lui mis toute sa chemise en pièces, et lui arrachai un morceau de la puisse : plaisanterie qui 9uîfit pour la tenir très-sérieusement au Ut plus de huit jours, prétendant avec ses maîtres je ne sais quelle maladie, Elle guérit ^nfin. Une autre nuit, elle revint ^ la charge, et j'jr revins au8»i. Cette nuit, sans la mordre, je lui égratignai tout le corps, comme si on l'eût oardée à la façon d'une couverture, Nos batailles se livraient à la squrdine ; j'en sortais toujours vainqueur, et la négresse mal menée et plus mal contente. Mais son ressentiment se montrait bien à mon poil et à ma santé ; elle me rogna la ration et me retrancha \e^ os, si bien gue, peu à peu» les miens montraient les noeuds de Téchine, Cependant, bien qu'on m'ôtât le manger, on ne put m'ôter la yoix pour aboyer. Mais ^ négresse, voulant en finir d'un seul coup , me servit une éponge frite dan» du saindou^f . Je reconnus U méchanceté, et v;s que c'était pire que d'avaler deç boulette» de verre et d'arsenic; car, i quiconque mange un tel ragoût, l'estomac lui enfle, et l'éponge n'en sort plus sans emporter la yie avec elle. Gomme il me parut impossible de me garder longtemps des embûches d'ennemis si acharnés, je résolus de m'éloigner d'eux et de prendre la clef des champs» Un jour que j'étais détaché, sans dire adieu h personne de la maison, j'enmai la rue, et à cent pas de 1&, le sort me fit rencontrer cet alguazil que j'ai dit, au commencement de mon histoire» être grand ami de mon mettre Nicolas le Camus. A peine m'eut^il vu, qu'il me reconnut et m'appela par mon nom; je le reconnus de môme, et, dès qu'il m'eut appelé, je m'approchai de lui avec mes caresi^es et mes cérémonies ordinaires. Ù m'empoigna par le cou, et dit & ses recors : « Yoici un fameux chien de garde, qui appartenait à un de mes amis ; emmenonsxle chez nous, 9 Les recors se réjouirent, disant que» puisque j'étais de g^rdei je leur serais fort utile k tous. Ils voulurent me saisir pçur m'emmener, mais mon maître leur dit que c'était inutile, et que je suivrais bien puisque je le connaissais, J'ai oublié de te dire que le gros collier à pointes de fer que j^emportai quand je déguerpis du troupeau, m'avait 4té pris par un Bohémien dans x^ne hôtellerie de la route, et qu'à Séville je me promenais le cou nu ; mais l'alguazil me mit un élégant cellier tout gstqii ,d9 clous de cuivre. Considère maintenant, Scipion, les singuliers caprices de cette

roue changeante de ma fortune ; hier j'étais étudiant, aujourr d'hui tu me vois recors.

sciPiON. — Ainsi va le monde ; il u*y a pas de quoi te mettre à présent à exagérer les vicissitudes de la Fortune, comme s'il y avait une grande différence entre servir un boucher ou un alguazil. Je ne puis souffrir ni entendre patiemment les plaintes que font de la Fortune certains hommes, pour qui la plus grande à laquelle ils pussent prétendre, c'était d'avoir l'espérance de devenir un jour écuyers ^ Par combien de malédictions ils la maudissent I par combien d'injures ils la déshonorent I et tout cela pour que celui qui les entend pense que, d'une haute et prospère situation, ils sont descendus à l'état misérable où on les voit.

BERGANZA. — Tu as raisou. Il faut que tu saches que cet alguazil était fort lié avec un greffier qui l'accompagnait dans ses expéditions. Us vivaient tous deux en concubinage avec deux drôlesses, non pas de plus ou moins, comme on dit, mais de moins tout à fait. Elles étaient, il est vrai, assez bien de figure, mais très-mal de dévergondage et de fourberie de métier. Ces fenmies leur servaient d'hameçon et de filets pour pêcher hors de l'eau, et voici comment : Elles s'habillaient de façon que, par le coin, elles découvraient toute la carte, et se faisaient prendre à portée d'arquebuse pour des dames de facile conquête. C'était toujours à la chasse d'étrangers qu'elles allaient, et, quand la foire venait à Cadix ou à Séville, leur gain venait aussi. Pas un Breton n'échappait à leurs agaceries, et, si l'encrassé tombait sons la main de ces proprçttes, elles avisaient bien vite l'alguazil ou le greffier de l'auberge où se donnait le rendez-vous. A peine les amants étaient^ils ensemble, que les gens de justice venaient leur donner l'assaut, et les arrêtaient comme des gens de mauvaise vie ; mais ils ne les emmenaient point à la prison, parce que les étrangers rachetaient toujours l'avanie à prix d'argent. Or, il arriva que la Colindrès (ainsi s'appelait la bonne amie de l'aiguazil) pécha un Breton crasseux et graisseux. Elle convint avec lui d'un souper et d'une nuit à son auberge, puis donna l'éveil à son bon ami. A peine le couple s'était-il déshabillé) que l'alguazil, le greffier, deux recors et moi, nous vtomes tomber dessus. Les amants prirent l'alarme ; l'alguazil exagéra le délit, et les fit habiller en toute hâte pour les mener en

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