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CHAPITRE IX

:Les fonctions iolellectuelles et les neurones. — Rapports de contiguïté et de continuité des éléments nerveux. — Neurones cérébraux et neurones périphériques. — Le neurocyœe et la névropallie. — Les ondes qui sommeillent. — Inscriptions rythmiques et ondes dynamo-rythmiques — Transactions dynamiques dans les structures du névraxe et des ganglions. — Actions « dynamogéniques. » — Différentiation dynamique et physiologique de la sensation normale et de la douleur. — La psychophysiologie. — Le monisme ou l'anhypostatisme ou nihilisme n'expliquent rien, et sont même en tant qu'énoncés tout à fait inconcevables. — Les faits ne parlent que sous forme d'inductions et de théories. — La vraie fonction dynamo-rythmique du neurone. — Nouvel indice de l'existence d'un centre j)sychique spécial. — Quelques points indispensables de mécanique cérébrale. — Théorie des fonctions de la cellule cérébrale ou du neurone. — Ordre des inscriptions rythmiques dans les appareils cérébraux.— Impossibilité de l'association de neurocymes ou d'ondes rythmiques. — Le mot d'association, ne correspond nullement aux faits corrélatifs réels, cérébraux et psychiques. — Les faits de cet ordre n'ayant été considérés qu'au point de vue dynamique par les physiologistes d'une certaine école, n'ont pas été aperçus et encore moins expliqués dans leurs réelles corrélations. — Très haute spécificité du fait général -de coordination ou de création intellectuelle. — Le processus de la pensée. — Dans une phase de ce processus tout « déterminisme » disparaît — Les quatre questions essentiellement et radicalement insolubles. — Signes caractéristiques d'une conscience. — Impossibilité de consciences résultantes par association. — Ce qui est ou peut être totalement connu. — L'attention et la fonction musculaire ou locomotrice. — Que vaut la « loi d'airain » du déterminisme universels — Le nombre et la mesure en présence du beau. — Corrélations précises entre la Psychologie et la Physiologie, entre les autres sciences spéciales et les sciences philosophiques. — Le rôle de la métaphysique dans cet ensemble. — Le matérialisme, moniste ou non, est une métaphysique insoutenable et en formelle contradiction avec les données les mieux démontrées des sciences actuelles.

Au début du troisième paragraphe de son article (Ij, M. Jules Soury insiste derechef sur l'importance des nouvelles découvertes

(4) La Théorie des neurones et les fonctions de l'intelligence.

anatomiques obtenues par l'usage plus étendu et varié des colorants, dont on imprègne les éléments histologiques, permettant de voir et d'étudier certains détails qui échapperaient à l'observation microscopique sans cet artifice. Les seules réserves à faire porteraient, non sur cette importance en général — incontestable — mais sur la façon dont M. Soury et quelques autres^ la comprennent. Suivant M. Soury «... la fin de l'ère de? anastomoses, la théorie des neurones ont inauguré une conceptiorr nouvelle de la nature et des rapports de ces éléments nerveux dont les fonctions, en dernière analyse sont, chez les vertébrés supérieurs, celles de l'intelligence. » La solennité de celte déclaration est peut-être un peu hâtive, et l'affirmation incidente qui la termine exigerait une démonstration.

On ne voit pas bien, au premier abord, quels changement» peut apporter à nos conceptions physiologiques le fait que les rapports de certains éléments nerveux avec certains centres, sont de simple contact, au lieu d'être de continuité de tissus (anostomoses) comme on le croyait. Mes idées sur ces fonctions, assez vieilles déjà, et tirées par induction immédiate des observations cliniques et anatomo-palhologiques relatives à divers troubles cérébraux, n'en sont nullement modifiées. Elles y trouvent même de précieuses confirmations.

Par exemple : ce que j'appelais les centres corticaux de coordinations spéciales reliés entre eux par d'autres centres ou pôles, lesquels me furent révélés par la conception des nécessités fonctionnelles, et comme pouvant seuls rendre raison des faits physiologiques et pathologiques observés, me semblent avoir trouvé dans les nouvelles recherches, les conditions organiques de structure que je leur pressentais. Mais on ne saurait se contenter d'une telle constatation, et il faut pousser un peu plus loin la théorie fonctionnelle. Je donnerai bientôt, dans ce présent travail, un bref résumé de mes inductions sur ce sujet.

Tout d'abord, quant à ce qui regarde les travaux de M. Auguste Forel (de Zurich) l'auteur de la théorie des neurones, je laisse la parole à M. J. Soury.

« Forel a souvent répété qu'une anatomie du cerveau sans histologie est un non-sens... »

« Avec His, et en même temps, il a inauguré la théorie des neurones, Kolliker et Max Schultze avaient déclaré, on le sait, à maintes reprises, qu'on ne pouvait démontrer l'existence d'anastomoses dans le svstème nerveux central. Mais tous les

anatomistes croyaient que ce mode de connexion devait exister et que le système nerveux se composait de deux éléments : des fibres et des cellules nerveuses (1). His administra la preuve que chez l'embryon, les fibres motrices proviennent des grandes cellules des cornes antérieures ; les fibres sensilives, des cellules des ganglions spinaux intervertébraux. La fibre nerveuse n'est donc qu'un prolongement de la cellule, non un élément indépendant. »

« S'appuyant sur les résultats anciens de la méthode d'atrophie de son maître Gudden, et sur les faits nouveaux d'histologie dus à la méthode de Golgi, qui prouvent que les prolongements protoplasmiques de? cellules nerveuses se terminent librement, Forel ne put se persuader de l'existence d'un réseau anastomolique, admis par Golgi, formé des plus fines arborisations des prolongements nerveux des cellules ganglionnaires. D'abord, il n'avait rien pu constater de pareil sur les préparations exécutées d'après la méthode de Golgi ; ensuite, le fait était en désaccord avec les expériences de Gudden sur l'atrophie des nerfs sensibles. Forel rejeta donc l'hypothèse des anastomoses : il soutint que toutes les fibres du système nerveux n'étaient que des prolongements des cellules nerveuses se terminant librement par de libres arborisations (1887). » « His avec qui Forel avait parlé de ces faits, exprima l'opinion que les ganglions spinaux des vertébrés devaient être les homologues de ces ganglions sensilifs périphériques des invertébrés, n

Ceci n'est qu'une conjecture, mais il n'y a nulle raison de la considérer comme improbable.

« Au cours de l'évolution phylogénique, ces ganglions ont reculé dans l'Intérieur vers les centres nerveux du névraxe et le prolongement périphérique des cellules de ces ganglions a finalement formé le nerf sensitif. »

Pour M. Soury, la conjecture en s'affirmant de nouveau dé-

fi) Il y a quelque exagération dans cette assertion si généralisée. Je n'ai jamais cru, pour ma part, à ces anastomoses imaginaires vaguement considérés comme probables par certains auteurs. Il suffit de faire quelques préparations de névrologie pour se rendre compte que les pseudo-anastomoses des nerfs périphériques n'ont aucun rapport morphologique ou fonctionnel avec les vraies anastomoses vasculaires. Ce sont de simples accolements de filets conducteurs, ou de simples disjonctions d'un faisceau commun. Il n'y avait guère lieu d'admettre, dans le cerveau, des anastomoses nerveuses lorsque la périphérie n'en présente nulle part.

vient vite une certitude, et la promenade ganglionnaire nous serait décrite pour un peu. « N'insistons pas davantage » dit-il avec raison. »

Il insiste pourtant quelques lignes plus loin :

« Issu phylo génétiquement des cellules épithéliales différenciées ontogéniquement du feuillet germinalif extérieur de l'embryon, le système nerveux n'est que la postérité de ces cellules, dont il doit, par conséquent, posséder les propriétés générales, en outre des propriétés spéciales acquises au cours de l'évolution organique par l'effet de la division du travail physiologique. Ces dernières propriétés consistent surtout, selon Forel, dans la transmission du stimulus sous forme d'ondes qu'il propose d'appeler neurocymes (ondes nerveuses) sans préjudice de la nature physico-chimique, encore inconnue de ces mouvements moléculaires (1). »

Ce mot de neurocyme ne constitue pas plus une théorie que celui de névropall/e dont je me servais en 1874, l'ayant emprunté à Piorry qui ne l'employait que pour désigner certains états neuro-pathologiques comme, par exemple, ce qui produit le tremblement des alcooliques. Mais sans espérer déterminer exactement et difinitivement « la nature physico-chimique » de ces mouvements, j'en donnais alors et j'en ai donné depuis au moins un commencement de théorie^ je résumerai ici en peu de mots mes idées sur ce sujet :

Tout ce qu'on nommait et qu'on nomme encore les forces physiques correspond — je dois encore une fois le rappeler — à autant de rythmes différents — et en général tout mouvement est un rythme ou un élément de rythme — mais les rythmes de la nature appelés chaleur, lumière, son musical et plusieurs atitres, sont des rythmes réguliers, des eurythmies.

L'action de ces forces, et par suite toute action se produisant sur la périphérie (ou sur une partie quelconque) du système nerveux est donc une transmission rythmique ou eurythmique.

Ce qui se passe dans le téléphone montre bien ce qu'est une transmission de cette nature. Il n'est pas nécessaire de faire à ce

(1) Je ne prétends nullement constester ici les théories phylogénétiques. Je n'ai que de l'admiration pour les savants qui, si ingénieusement, les construisent. Leurs erreurs fréquentes et inévitables, que l'avenir rectifiera, ne diminuent en rien cette admiration. Taniss molis erat !... Affirmons toutefois que l'hypothèse métaphysique dite matérialisme n'y trouve absolument aucun appui, en dépit de la terreur que telles hautes études inspirent aux demi-croyants littéraires.

propos une complète analyse des faits, l'analogie s'y offre, totale et d'immédiate évidence. En ces faits, ce qui regarde le rythme ou les qualités rythmiques est beaucoup plus important à considérer, quant aux vraies fonctions — les hautes fondions essentielles — du système nerveux, que ce qui regarde les quantités dynamiques. Chaque neurone (dirais-je) est organisé pour donner son rythme propre, pourvu qu'il reçoive du millieu ambiant, un rythme approprié à %Si structure spéciale sous la condition de quantités dynamiques, variables sans doute, mais variables dans une mesure assez étroite. Si la quantité d'énergie en cause dans le fait, est trop faible, il ne se produira rien, !e rythme ne se transmettra pas, si elle varie en croissant U7i peu, la sensation résultat final des transmissions à considérer deviendra proportionnellement plus intense ; mais si elle dépasse une certaine mesure, cette intensité spécifique ne croîtra plus.

Que devient cet excès d'énergie non dépensée à produire dans un neurone donné, son rythme spécifique ?

Il est déjà possible, dans l'état actuel des sciences, de répondre à celle question, et d'en faire des théories satisfaisantes.

Si l'excès dynamique dans un temps donné ne dépasse pas une certaine mesure, il détermine, dans les filets moteurs les plus directement en rapport avec le neurone en question, le rythme propre de ces filets moteurs ; et cette action peut se transmettre semble-t-il, très loin. Il n'en résulte pas précisément des mouvements musculaires immédiatement visibles. Un certain nombre de fibres musculaires, et toutes celles de la vie des relations extérieures peut-être, n'en sont pas moins affectées. 11 en résulte une augmentation, pour un temps, de la force musculaire — mesurée au dynamomètre — du patient sur lequel se fait l'expérience.

M. Charles Henry a fait des recherches, nullement dans le but de prouver ce que j'avance ici, mais qui s'y appliquent parfaitement : Il a montré comment certaines couleurs, perçues dans des conditions déterminées, sont plus dynamogéniques que d'autres. Les plus dynamogéniques sont celles qui étant vives ou claires sont en même temps agréables et qu'on pourrait appeler en un certain sens normales. 11 a prouvé, de plus, que certaines associations de sensations sont aussi dans ce sens plus dynamogéniques que d'autres (1).

(l) Ce mot dynomogénique (ce qui produit ou engeadre de la force) marque bien la coufusioa d'idées qui existe encore de notre temps dans l'esprit de tous les savants quant à la notion de force. Il s'agit ici des

On peut conclure de ces faits expérimentaux que la sensation et surtout la sensation agréable et variée, est un des meilleurs toniques du système musculaire.

Il serait peu scientitique de confondre de tels eftets de la dynamique sensorielle, avec les manifestations si remarquablement complexes de la volonté.

Lorsquelaquanlitéd'énergie en excès (euryllimique ou non) qui affecte un neurone est trop grande, il se produit — les physiologistes et les cliniciens ont assez souvent l'occasion de le constater — de la douleur. La douleur nait sous l'empire d'un trouble rythmique. Elle change de nom si elle afl'ecte les neurones auditifs ou visuels — On la nomme alors étourdissement et éblouissement. Elle dure tant que l'excès de force-vive n'est pas employée, non plus à augmenter momentanément la puissance des muscles, mais en mouvements désordonnés .illant même jusqu'à la convulsion. 11 faut qu'elle se dissipe en un travail mécanique facile à constater en beaucoup de cas.

Je reviendrai sur ces points très intéressants à beaucoup d'égards, et très utiles à considérer relativement aux doctrines métaphysiques et ontologiques défendues par M. Jules Soury. Laissons-lui de nouveau la parole :

« A l'hypothèse des réseaux nerveux du système nerveux central a succédé la démonstration d'une sorte de feutrage résultant des rapports réciproques de contiguïté des innombrables ramifications, d'une longueur et d'une finesse extrêmes, des cellules nerveuses : ces ramifications, Forel les compare, comme l'avait fait M. Meynert bien avant ces découvertes, à des bras de polype )) « La cellule nerveuse avec ses prolongements et ses

ramifications des deux extrémités est un neurone (Waldeyer). Le système nerveux tout entier, central et périphérique, n'est qu'un complexe immense de systèmes de neurones. On distingue : i° les neurones centripètes, sensitifs ou sensoriels ; ils transmettent les excitations des sens au système nerveux central ; S*" les neurones centrifuges, moteurs ; ils propagent aux muscles l'onde nerveuse partie du système nerveux central. Le neurone moteur a sa cellule d'origine dans le système nerveux central ; ses arborisations, terminales s'appliquent » a comme des serres » sur les fibres musculaires et déterminent leur activité contractile ou motrice. Ces deux sortes de neurones périphériques sont toutefois subordonnés aux prodigieux complexes

forces au sens des mécanicieDs, et non de la force ou énergie qui n'etigendre rien et que rien n'engendre.

du système de neurones associés constituant le cerveau. La complexité extraordinaire de cet organe dépend beaucoup moins du nombre des cellules que de la multitude et de la finesse presque inflnies des ramifications des neurones. »

« Entre le cerveau et les neurones périphériques, la moelle épinière, la moelle allongée, le cervelet, le thalamus oplicus, etc., représentent des complexes de neurones intermédiaires, et, après Sleiner et Kdinger, Forel remarque que ces derniers sont en grande partie plus anciens que le cerveau des hémisphères, et que par conséquent, ils doivent posséder, chez les vertébrés inférieurs des fonctions beaucoup plus importantes que chez l'homme. Sleiner, on le sait, a défini le cerveau un centre nerveux parvenu d'homogène qu'il était aux autres métamères, à une sorte d'hégémonie motrice et sensorielle s'exerçant sur les autres segments du névraxe ; il a démontré expérimentalement quH, chez les poissons cartilagineux, ce n'est pas le cerveau antérieur, mais le cerveau moyen, beaucoup plus développé, qui commande. »

« Tous ces faits (1) nous sont devenus familiers. Mais voici des remarques singulièrement pénétrantes du précurseur de la théorie des neurones. La principale source, dit-il, des erreurs en Psychologie vient de l'usage d'un nombre de mots qui ont été forgés à une époque où on ne savait encore rien de l'Anatomie et de la physiologie du cerveau humain. La Psychologie classique et l'ancienne Physiologie, se croyant d'ailleurs aux antipodes, parlent pourtant également de sensations, de perceptions, de représentations, de sentiments, de volonté, etc.. Pour Forel, qui repousse la distiuction traditionnelle des phénomènes en somatiques et psychiques, et qui déclare défuntes et « enterrées » les facultés de l'âme, la Psychologie et la Philosophie cérébrales ne sont naturellement que deux études d'un même OBJET considéré sous deux aspects ; les deux disciplines se confondent dans une synthèse ; la Psycho-Physiologie. »

J'ai surabondamment montré que ces deux sciences ne se confondent nullement, qu'elles empiètent naturellement Vune sur l'autre, qu'elles sont indispensables l'une à l'autre, mais que certaines de leur parties sont nettement distinctes. Quant à Vopi-

(i) Ce ne sont pas là des faits seulement, mais des faits accompagnés d'interprétations. Dans ces cas les interprétations même justes dans l'ensemble peuvent être fautives en quelques points, iusuffisantes ou discutables, lors même que les faits eux-mêmes ne le seraient pas.

nion de M. Fore!, elle ne règle pas plus la question que celle de M. Soury ; et cette question est très complexe. Ce monisme considéré comme hypothèse devrait être rejeté, tout d'abord parce qu'il n'est pas intelligible, parce qu'il est impossible, si on croit le figurer par des mots, de l'imaginer autrement. Ce n'est pas expliquer soit par le mécanisme des fonctions cérébrales, soit par elles-mêmes, les deux fonctions fondamentales de l'âme que j'ai appelées conscience et volonté que de les dire identiques à ces fonctions cérébrales, lorsqu''on ne découvre, entre les unes et les autres, pas le moindre rapport géométrique ou mécanique, ni dynamo-rythmique, ni autre. Il importe peu qu'aune époque on ait fait de mauvaise psychologie, et que les psychologues et plus explicitement ceux de Fécole éclectique, aient eu le tort grave de croire pouvoir se passer de l'Anatomie et de la Physiologie.

Dès 1857, (après Bouillaud et le complétant) j'ai soigneusement établi une distinction capitale dans cet ordre d'idées, dont les psychologues de toutes les écoles antérieures n'avaient pas conçu même le soupçon (1).

Ce monisme doit être rejeté encore parce que si on l'admet en supposant le problème résolu comme on fait en géométrie, on s'aperçoit qu'il n'explique rien, qu'il ne peut servir à rien expliquer, et qu'il se borne à voiler et à méconnaître ce qu'il n'explique pas.

(1) « Si les facultés générales de l'intelligence ne peuvent être localisées, ou ne peut contester que les divers groupes d'idées (ou de sensations-souvenirs) que nous avons puissent l'être ; c'est ce qui l'essort de l'interprétaliou la plus naturelle des faits » etc. Thèse inaug. sur les fonctions des lohiiles antérieurs du cerveau etc., Paris, 1857. p. 36 et 37.

« N'arrive-t-il pas souvent que vous vous transportiez d'un lieu dans un autre, que vous accomplissiez un acte habituel quelconque sans que votre attention ait été distraite un seul moment d'un sujet de réflexion qui vous absorbait complètement en apparence ? Cependant, il faut bien qu'une intelligence ait conduit vos pas, ait dirigé votre action ; et pour s'en rendre compte, il est bien naturel de supposer qu'un organe, dans votre cerveau, est chargé de régler, de diriger, de coordonner tous les mouvements nécessaires à l'acte que vous exécutez, sans que votre conscience, votre moi semble y prendre part. Pour apprendre à faire une chose, on a besoin du concours de toutes les facultés générales de l'intelligence; mais l'habitude a peut-être pour effet de créer des pôles de mouvements coordonnés dans la substance cérébrale, et de faire que le moi puisse confier un travail qui ne pouvait se faire primitivement sans le secours de toutes les facultés générales, à une portion déterminée du cerveau qui n'a besoin pour entrer en action que d'une seule et très légère impulsion de la volonté. » Même ouvr. p. 26 et 27..

Lorsqu'une conjecture, une hypothèse ou une théorie sont reconnues passibles de ces deux telles nullités, il n'y a pas grand intérêt à en pousser plus loin l'analyse.

Notre philosophe ajoute :

« La théorie des localisations cérébrales, les expériences sur le système nerveux des animaux, l'étude clinique et anatomo-pathologiqne des lésions en foyer de l'écorce, celle des maladies mentales et nerveuses, l'anthropologie criminelle et ses rapports avec la psychiatrie, la théorie de la suggestion, celle du sommeil et des rêves, l'étude de l'intelligence normale ou pathologique des enfants, des aveugles-nés, des sourdsmuets, etc. Voilà qui peut surtout nous apprendre comment l'écorce cérébrale fonctionne, quels troubles partiels ou généraux soiL de nature centrale, soit de cause centripète ou centrifuge peuvent l'affecter. »

Ici M. Soury est dans la meilleure direction de la science expérimentale. Sa nomenclature est même assez complète ; et c'est ainsi qu'ont travaillé tous ceux qui ont trouvé quelque chose en physiologie psychologique. Mais suffit-il pour obtenir des résultats relatés en cet ordre de connaissances, d'accumuler des faits et de les juxtaposer au hasard ? Certainement non I II faut coordonner ces faits (après les avoir classés et mis en séries) et si on veut les comprendre, il faut savoir les faire parler. Gela se dit autrement : construire des théories,

Nos fautes en ces édifications théoriques peuvent tout aussi bien nous conduire à l'erreur que le manque d'observation ou que les observations mal faites. Ce sont des points de méthode sur lesquels parmi tous les savants (physiologistes, psychologues, métaphysiciens et autres) il serait temps de se mettre d'accord.

Je ne demande pas à une théorie d'être strictement vraie ; car la vérité absolue nous échappe souvent en tels modes d'investigalion ; je lui demande d'être d'accord avec elle-même et avec l'ensemble de ce qui est actuellement su, autrement dit, de me représenter un clair possible d'une fonction. Beaucoup de théories ou prétendues telles ont souvent cours dans la science, ou pour mieux dire en des groupes d'esprits plus ou moins scientifiques, lesquelles ne présentent pas même ce caractère. Elles contiennent des impossibilités évidentes, ou bien on n'y trouve nullement les explications nécessaires du mécanisme des choses. Elles sont condamnables d'emblée. Tout d'abord fuir l'absurde et le non-sens, et les affirmations ne s'appuyant sur rien. 11

serait puéril de proposer pour juger ces conceptions vicieusement verbales, des observations ou des expériences de contrôle. Elles n'existent que par les mots qui les énoncent. Il suffit de les réduire à leur plus simple expression pour les anéantir.

Il est assez rare qu'un essai de théorie tenté par un savant soit absurde de tout point. On peut dire que cela n'arrive presque jamais. Par contre, il est fréquent de voir que parmi un ensemble de rapports parfaitement perçus et conçus, et qui auraient pu être nettement exprimé par des paroles, se glissent des mots néfastes correspondant à des préoccupations antérieures du théoricien, et qui viennent masquer soit des rapports compléaientaires ainsi par lui négligés, soit des lacunes graves, dans l'ensemble des faits considérés , qu'il ne se préoccupe plus dès lors de combler. Et c'est de ces mots parasites que viennent presque toujours les absurdités doctrinales. C'est ainsi que l'erreur nous dupe d'abord avant de duper ceux qui nous écouteront ou qui nous liront.

Aussi vais-je faire une critique analytique très attentive — car les questions en cause en valent la peine — du mélange de théories contestables et de rapports exactement relevés que M. Jules Soury nous présente à la fin de son travail d'après M. Auguste Forel.

« Quel est le siège des sensations? Dans le cerveau, répond Forel, au point d'arrivée de ronde nerueiise née de l'excitation périphérique ».

M. Forel répond là comme à peu près tout le monde. Mais, il s'agit de savoir si c'est là une simple conjecture ou une certitude, et si c'est une simple conjecture, de déterminer ce qu'elle signifie et ce qu'elle vaut. Je m'adresse ici plutôt à L'esprit qu'à la lettre de l'énoncé ; car la question est plus complexe qu'elle ne le paraît d'abord. Si le mouvement névropallique (comme je le nommais en 1874) ou l'action dynamo-rythmique (comme je l'ai nommé plus tard) ou « l'onde nerveuse » ou le neurocyme , ce qui e?t tout un, est l'unique condition extérieure du fait psychique appelé sensation, il faut admettre que cette sensation a lieu dans toute l'étendue du « neurone » puisque le rythme dynamique règne, au moment ou elle se produit dans toute cette étendue, c'est-à-dire depuis le point où l'extrémité nerveuse subit l'action extérieure, jusqu'à la cellule qui est à son autre extrémité, soit dans le cerveau, soit dans la moelle, soit dans les ganglions viscéraux. Eliminons d'abord ces deux derniers cas

généraux. Car, là, indépendamment de ce qui peut être transmis aux centres supérieurs, et même dans des « neurones >» fonctionne! lement associés, il se produit des sensations locales suivies de réactions, tout-à-fait en dehors des impressions senties par l'être et plus précisément par ce que j'appelle l'âme souveraine de l^organisme en question.

Ces sensations, qui jouent dans notre organisme un rôle si important, tous les physiologistes l'ont remarqué, ne sont nullement senties par nous. Ce qui a fait employer à quelques uns cette expression contradictoire de « sensations non senties ». Si nous ne les sentons pas, il ne s'ensuit pas que nul être ne les sente, billes sont senties par quelques-uns — très déterminés — des êtres dont l'ensemble compose notre organisme total, lesquels êtres en tant que possédant une sensibilité et, selon nos définitions, une conscience à part de la nôtre, nous sont à cet égard aussi étrangers que les autres animaux vivant dans les mêmes milieux naturels que nous.

D'un autre côté, il est bien entendu (comme en 1874 et après d'autres je n'ai pas négligé de le noter) que ce n'est pas précisément du rythme extérieur ou cosmique seulement que dépend la nature de telle ou telle de nos sensations, mais bien plutôt de la façon dont l'action dynamique extérieure déjà rythmée (la lumière et les diverses couleurs, le calorique et ses variétés analogues, etc.,) se modifie en un rythme nouveau, peut-être plus complexe, mais, en tous cas, différent qui naît dans le neurone lui-même. C'est ainsi, pour ne prendre qu'un seul exemple, qu'une excitation mécanique (accidentelle ou expérimentale) du nerf optique produira des sensations de lumière et y compris même les couleurs diverses du spectre, en l'absence des ondulations éthérées extérieures dont la fonction habituelle par rapport à nous, est de les provoquer.

Donc, ce rythme spécifique propre au neurone et d'où dépend immédiatement la perception et la qualité de telle ou telle de nos sensations, est encore plus important à considérer au point de vue de la Psychologie physiologique que les rythmes dynamiques extérieurs dont la Physique s'occupe plus spécialement.

Ceci étant dit, et pour essayer de faire concorder, au moins en quelques points, mes conjectures avec celles de M. Forel acceptées par M. Soury, je dirai : On peut soutenir que le rythme transmis à la cellule par son conducteur nerveux périphérique n'est pas encore celui qui déterminera la sensation ; il

faut que dans la cellule même il se modifie encore, et y prenne un caractère nouveau dû à un dispositif spécial à cette cellule ou à certaines particularités de structure qui lui soient propres.

En d'autres termes : le rythme transmis au conducteur nerveux diffère peu du rythme éthéré — en cela je fais abstraction pour le moment des quantités dynamiques et des masses en cause, comme n'ayant dans la question qu'une importance secondaire — mais le rythme formé dans la cellule en vertu de l'une des plus importantes fonctions qu'on puisse lui attribuer, pourrait en différer notablement tout en continuant à représenter les rapports précis des choses extérieures.

Exemple : Telle nuance spectrale de la couleur rouge perçue par notre conscience correspond à une durée de vibration éthérée de ttq ™* de trillionième de seconde. Telle nuance de la couleur bleueà une durée de vibration de ^rpr ""^ detrillionièmedeseconde, n'est-il pas facile de concevoir, le rapport demeurant le même, que le nombre de vibrations par seconde se trouve dans la cellule immensément multiplié! Il est bon je crois dans nos conjectures de ne pas nous borner à considérer des dimensions comparab'es à celles que nous avons l'habitude d'apprécier et de mesurer. Les théories les mieux établies de la physique et de la chimie nous donnent à cet égard de très suggestives leçons (1).

Et entre temps, pourquoi nous arrêter si vite en ces mêmes conjectures, pourquoi ne pas les développer dans le sens des

(1) Cette fonction, simplement ici soupçonnée de la cellule cérébrale, prend une probabilité plus grande si on considère les rappoMs suivants.

La vibration élhérée lumineuse se produit par une eurythmie dont l'élément (vibration) a une durée variable selon la couleur perçue entre

^ et Ty-Tô de trillionième de seconde.

Mais les sons se produisent en nous à l'occasion de vibrations en notre air atmosphérique pondérable dont la durée varie, selon la hauteur du

son perçu, entre „ ou jp et „, ^ç^m de seconde. L'écart entre l'un et

l'autre groupe de nombres est immense.

Or, tandis que la lumière est reçue presque directement par la rétine, et la chaleur sans intermédiaires complexes, par les papilles de nos téguments internes et externes, le son affecte notre ouïe en passant par un appareil compliqué même au point de vue neurologique, et qui semble fait pour en modifier puissamment les conditions rythmiques, afin de les adapter à des nécessités inhérentes aux neurones auditifs. Il est inutile de pousser plus loin cet aperçu dans une question incidente et sans corrélation importantd avec les sujets traités et discutés en ce travail.

possibles malhémaliques et mécaniques aussi amplement que la claire conception de ces possibles peut nous le permettre? Eliminons-en soigneusement l'absurde ; évitons d'y introduire des non-sens. Nous verrons bien si plus lard nous pourrons en faire de véritables hypothèses scientifiques et les élever même à la dignité de théories. Si nous ne pouvons y parvenir, nous ne larderons pas ù nous en apercevoir et le mal n'aura pas été bien grand.

Une condition suffirait pour qu'il en fût comme je l'ai conjecturé de cette fonction hypothétique de la cellule cérébrale, c'est qu'il y eut en elle un milieu élhéré d'une subtilité spéciale, très différente de celle de notre éther cosmique et immensément plus grande.

Ce milieu éthéré serait une espèce d'atome, analogue à tous les autres atomes de l'univers que par hypothèse et par exclusion j'ai été conduit à considérer comme de telles masses d'un éther spécial.

Nous ne devons pas nous étonner de voir l'anatomie nouvelle découvrir l'absence de continuité supposée, et constater, à la place, des rapports de contiguïté entre les élémenlsnerveux encéphaliques. Le simple contact suffit à toutes les transmissions rythmiques. Un vase d'airain ou de verre posé sur une table dans une salle de concert, chante les symphonies avec tous les instruments de l'orchestre. A qui ne concevrait pas bien cette banale corrélation, il suffirait de montrer la plaque vibrante du téléphone. Or, dent surtout de transmissions rythmiques qu'il s'agit, si l'on considère les fonctions des éléments nerveux de l'encéphale.

Ce que je viens de dire à dû faire soupçonner au lecteur une idée préconçue non encore assez nettement exprimée.

Cette idée préconçue correspond à des nécessités fonctionnelles dont je puis maintenant parler : On ne peut concevoir le fonctionnement de l'être dans son unité (apparente pour les matérialistes, mais tout au moins apparente) sans admettre la convergence, vers un neurone central et principal, de toutes les actions rythmiques de tout genre se produisant dans tous les autres neurones composant rencé[)hale. Ce n'est pas au point de vue ontologique, mais à celui de la physiologie proprement dite que je traite ici la question.

Sans cette conception, il est impossible de faire la théorie du moindre fait cérébral.

Ce rapport médiat ou immédiat d'un seul neurone avec tous les centres sensoriels ou moteurs est-il concevable et possible ?

Il r»'sl p.'irrailf'ment.

Di'piiis Desc.irles qui avait placé lo centre psychique dans la glari'lc piiiéale, ce qu'on lui a durement reprocli»', et doiil l'ecliec eri celle reolT'rche est assez •■xcusable — tous les an tl(»nu^les, tous les phvsiulojjfisies se sont en qiaelque sorte donnrs le mot pour sn|)primHr celte question, et les théologiens, par une peur inconscienie de la véri é qui les pri'nd àproposde pUjsieurs autres queslions scienliliques, ne les ont même pas encouragés à Ja poursuivre.

Esl-ce une raison pour ne pas la reprendre î J'ai quelques motifs de penser — et cela ne fait rien aux ihè'ies que je soutiens en ces pages — que ce neurone central considéré par moi comme siège de l'âme souveraine, — f^t à propos duquel MM. Forel, Soury et d'autres, monisles matérialistes ou non, pourront faire les essais de théories qu'ils voudront OJ pourront, — chez l'homme et chez les animaux supérieurs, se trouve en un point assez peu éloigné de l'extrémité antérieure des couches dites optiques et des corps calleux. Je me dispenserai de donner ici ces motifs me réservant de les développer ppul-élre plus lard. Je parlerai seulement de la possibilité physique d'une telle concentration ou si l'on veut de 1 abord vers ce neurone central de tous les rythmes spéciaux élahorés par divers ordres de cellules encéphaliques.

Rien ne s'oppose, en effet, à ce qu'on arlmelle comme qualité spéeiiique du conducteur nerveux de ce neurone, la pos-ibilité de transmettre sans que jamais ils se confondent, les rythmes les [)lus divers, surtout si l'on admet comme probable cette élaboration des rythmes venus du dehors, devenus ain^i moins hétérogènes, moins différents de grandeurs d*ondes, par chacun des autres neurones. En elVet chacun des neurones en rapport direct avec les actions physiques du dehors doit avoir — de toute évidence — les qualités de structures nécessaires pour recevoir et pour transmettre tels rythmes exclusivement à tels autres. Cela explique la spécificité de tous les départements de la sensation dite périphérique ou externe. Le nerf acoustique est insensible à la lumière et le nerf optique au son. Telle est la spéciticité fonclionnelle de ces faisceaux die neurones. Mais ces rythmes modifiés, subtilisés si l'on veut par les cellules cérébrales peuvent devenir ainsi transmissibles non plus aux tilets conducteurs qui ont apporté l'action rythmique extérieure, mais à d'autres filets de communication, rallanhant une cellule à plusieurs autres, ou par simple contact à des cellules voisines,

soit, à la rififueur, indépendantes, soit reliées entre elles dans tous les modes possibles et notamment dans ceux que l'anatomie nouvelle a dit-on constatés.

Traitons maintenant la question au point de vue ontologique. Qu'est-ce que la cellule cérébrale, qu'est-ce que cette eellule centrale où je suppose que l'âme réside? Que sont aussi les cellules cérébrales dont les filets conducteurs n'aboutissent point aux surfaces sensorielles et ne dépassent pas les limites de ce qu'on nomme en grosse anatomie les masses ancéphaliijues ?

J'ai pris ci-devant pour exemple une cellule des centres visuels prim;iircs. Cette cellule comme toutes les autres de l'organisme e^l un être vioant, doué d'une vie indépendante, individuelle. Sa nutrition (absorption et rejet) lui est propre. Comme toutes les cellules, elle reçoit des impressions sensorielles et elle opère des réactions. Il faut tenir compte des microzymes qu'elle contient qui sont aussi des êtres vivants dislincl s, les moins complexes que nous connaissions, les moins complexes d'organisation qui existent sur la terre. Ces microzymes peuvent jouer un rôle très important en tant que récepteurs et transmetteurs de rythmes, comme cela est actuellement hors de doute pour tous •les êtres de cet onire jusqu'à ce jour étudiés (I).

Donc notre cellule avec ses microzymes reçoit des impressions -du milieu ambiant et, dans le cas particulier pris pour exemple, ces impressions sont produites par la ridiation rythmodynamique que les physiciens nomment lumière. Ces impressions sont-elles des impressions lumineuses au sens psychologique du mot ou de cette interprétation des faits? Nullement; et je me trouve quant à celle opinion — au point de vue purement biologique — tout à fait d'accord avec M. Soury. Tout porte à croire que parmi les êtres d'organisation rudi mental re ; il n'en est point qui perçoivent la lumière en mode lumineux, tous la perçoivent sous forme de sensation organique diffuse, agréable en une certaine mesure, pénible si la proportion d'énergie en cause dépasse une certaine limite, l'intensité de la réaction se montrant en proportion surtout de ïénergie en excès.

Est-il nécessaire de rappeler ici par combien de précautions, -et même par combien d'appareils accessoires, la cellule actuelle-

{\) La grande loQgévilé des microzymes, leur aptitude — démontrée — à recevoir, à contracter des modifications fonctionnelles, c'est-à-dire rytlimique-», et à les garder longtemps expliqueraient très bien l'eusemble des faite de mémoire et de récordation, soit chez l'homme, soit chez des animaux terrestres qui vivent plus longtemps que lui.

ment considérée par nous est mise à l'abri autant qu'il est possible de l'excès douloureux de dynamisme qui pourrait noft seulement la faire souffrir mais, troubler profondément jusqu'à les abolir définitivement ses spéciales fonctions (I)?

A l'état de fonctionnement régulier, que devient cette énergie constamment apportée à la cellule et inévitablement quelquefois avec excès? J'ai présenté et résolu ci-avant au moins hypolhéliquement cette ditficulté. Cette énergie est employée pour une très faible part et en une stricte mesure au rythme modifié qu'elle doit transmettre plus loin ou plus haut, pour une part plus considérable, aux réactions nécessaires de sa vie propre ; quant à la troisième comprenant l'excès possible, on peut en concevoir la résolution soit en chaleur diffuse se confondant avec la chaleur diffuse du milieu organique et ne pouvant produire dans les cas normaux aucun effet spécifique appréciable^ soit au loin en action tonique observable latente principalement dans les fibres musculaires de la vie de relation.

Pour ce qui regarde les cellules où s'inscrivent les souvenirs, on n'en comprendrait nullement la fonction si on ne les rapprochait pas du cylindre des appareils enregistreurs, où des rythmes divers s'inscrivent en tours de spire. Il faut que dans la structure de ce genre de cellules, existe un dispositif analogue à de tels appareils, et que ce dispositif se retrouve même dans lescellules de la sensation périphérique. Seulement dans ces dernières, l'inscription rythmique dure peu, et dès qu'elle s'est effacée, ne reparaît jamais (en vertu de conditions appropriées) tandis que dans les autres, en vertu de conditions différentes, elle se conserve longtemps, et peut donner lieu à la résurrection du rythme qui les a produites, dès qu'une action dynamique nouvelle vient à les traverser (2). Je ne crois pas que dans l'état actuel des sciences on puisse faire autrement la théorie de la mémoire et de la récordation, fonctions toutes mécaniques et cérébrales.

(1) Gomme cela s'observe malgré ces précautions de Natura naturans,. eu beaucoup de cas pathologiques.

(2) Celle différeace foucliounelle entre le neurone sensoriel périphérique et le neurone des centres plus profonds de l'encéphale, s'explique- ' rail aisément par de légères différences physico-chimiques de leurs cylinder axis, et trouverait une analogie assez frappante dans le fait comparatif des propriétés du fer doux et de l'acier trempé, le premier ne gardant pas et le second gardant, en sa texture intime, et comme un souvenir persistant, l'aimaatatioQ communiquée par un courant électro-dynamique.

Sommes-nous là en présence de simples conjectures et même <l'uue simple théorie? Il serait excessif de le prétendre; car nous avons tenu compte de tous les faits connus d'observation et d'expérience relatifs au sujet, et nous avons appliqué directe- .menl les lois de l'analogie et de linduction à la recherche des possibles mécaniques et mathématiques d'un fait particulier. C'est donc à une sorte d'induction que nous arrivons, ou d'interprélaliun directe et scientifique des faits, dont la valeur ne saurait être infirmée que par l'opposition de faits nouveaux et imprévus, ou par une nouvelle et meilleures conception de possibilités fonclionnelles.

Une autre particularité de ces cellules de l'écorce grise du cerveau, c'est qu'elles ne reçoivent pas l'excitation directe du mi- .lieu extérieur, ni les rythmes des radiations et des autres conditions dynamiques de ce milieu ; elles la reçoivent des cellules primaires attribuées à la sensation périphérique. Donc ici la modification rythmique (inconnue en son mode) n'est pas douteuse en fait.

Si nous ajoutons aux considérations précédentes que, plus ou moins médiatement, ces divers ordres de cellules peuvent être reliées au neurone central, et lui communiquer les divers rythmes inscrits soit de sensations, soit de direction des mouvements antérieurement coordonnés, il nous sera facile de comprendre comment tout peut et doit aboutir à la cellule centrale. Encore n'est-il pas nécessaire de lui supposer un filet conducteur spécial, car les communications rythmiques pourraient lui être faites par des cellules environnantes et par simple contact. Ce dispositif central n'est pas à déterminer pour le moment et ne saurait l'être par conjecture. On peut le supposer réalisé de plusieurs manières dilTérentes selon les nécessiî.és fonclionnelles concevables, et il ne faut pas desespérer de le voir déterminer un jour par l'observation anatomique directe.

Nous avons dans l'exposition qui précède, nécessairement incomplète et trop brève, construit en ses grandes lignes une théorie du fonctionnement organique général du cerveau.

Nous avons insisté sur l'importance toute spécifique des rythmes et montré la dynamique proprement dite comme ne jouant qu'un rôle en quelque sorte acce-^soire et comme effacé dans les fonctions cérébrales. En effet, dans la force ou énergie, on ne saurait rien trouver qui détermine quoique ce soit, si ce

n'esl de purs déplacements, de vagues pressions, ou bien, grâce encore à certains dispositifs organiques, des formes simples de mouvement incapables de fournir aucune explication. Nous avons soulevé un coin du voile qui recouvre encore les faits mécaniques cérébraux, et fait ainsi pressentir ce que pourra être la science enveloppant et coordonnant ces faits ne fût-ce qu'en mo'le théorique.

N'est-ce pas dans ce tel esprit de recherches théoriques que M. Forel s'exprime comme il suit par la plume de M. Jules Soury : « Là (au point d'arrivée de l'onde) et de proche en proche, jusqu'aux derniers confins de l'organe, cette onde nerveuse, réveille d'autres ondes nerveuses innombrables, ou neurocymes associés, dont les vibrations, plus ou moins affaiblies, sommeillaient en quelque sorte dans les neurones de l'écorce. » Cet « en quelque sorte » n*est pas de trop à cette place, car ce qui le précède ne peut être pris qu'au sens métaphorique ou symbolique, je dirais presque mythologique. Une onde qui sommeille est une onde qui n'existe pas ou n'existe plus. Elle n'est littéralement rien. Comment de telles ondes pourraient-elles s'associer? Tout cela ne correspond à rien de connu ni de concevable en mécanique ou en physique. Dans la cellule endormie qu'un rythme antérieur (ensemble coordonné d'ondes) a pu affecler, et de laquelle le même rythme pourra sortir plus tard comme se réveillant, il ne peut y avoir qu'une inscription rythmique, laquelle n'est plus une onde ni un rythme mais une forme d'espèce particulière. On ne saurait comprendre d'aucune autre façon la réapparition d'un rythme périmé lorsqu'un nouveau courant dynamique vient opérer la transmutation de cette forme dite inscription rythmique ou rythme inscrit, en rythme actuel, effectif et réellement dés lors composé d'ondes.

« Pour variées que soient les associations elle n'en sont pas moins ordonnées entre elles ».

Elles sont « ordonnées » sans doute ; mais comment le sontelles? Ou plutôt essayons de dégager l'idée qui se cache plus qu'elle ne s'exprime en ces formules. Ce qui est naturellement ordonné ce sont les souvenirs, et, au point de vue des fondions cérébrales, les ensembles de rythmes incrits formant les représentations latentes des images antérieurement senties par la conscience. Elles gardent simplement et naturellement l'ordre dans lequel elles se sont formées une première fois. Il en est de même des mouvements coordonnés (eumorphiques et eurylhmiques) qui se sont inscrits de la même façon, et qui constituent

dans le cerv'an les conditions organo-rylhmiques des habitudes prises, en d'aulres tenues des « facultés spéciales » de lêtre.

Sans ce^ comliliuns il serait impossible de concevoir l'association des <( neurocymes ».

Mais dans cd ensemble de fonctions, que je sui« bien obligé de considérer dans leurs rapports les plus généraux (I) j'ai à peine fait pressentir l'action de l'être conscient et volontaire sur son cerveau, tout ausï-i évidente et aussi importante à étudier que les actions rythmiques du milieu extérieur.

Celte fonction est le sceau même de la vie supérieure. Il y faut comprendre la conscience réfléchie, par laquelle 1 être s'objective à lui-même, si différente — en ce qu'elle est beaucoup plus Complexe — de la conscience élémentaire, celle-ci consistant simplement d-ns le pc^uvoir — si singulièrement unique et par cela même merveilleux pour l'observateur — de sentir plusieurs sensations irréiluctibles à la fois. Or cette fonction si haute et si caractéristique de coordination volontaire est parfaitement méconnue et niée par les matérialistes plus ou moins explicitemer.t monistes.

On aperçoit dans tous leurs discours le parti-pris de ne pas voir les faits psychiques si importants (et les seuls véritablement psychiques) qui s'y ra[>portent. Mais ces faits — ceux de la pensée ou en d'autres termes, tie la création d'eurythmies ou d'eumorphies — s'im{)Osent quand même aux esprits les plus obstinés à ne pas les regarder. Ils apparaissent en des phrases incidentes de leurs écrits, avec la préoccupation de les expliquer par des corrélations organiques et dynamiques. Mais comme de pareilles corrélations de quelque façon qu'on les imagine ne peuvent pas seivir à de telles explications, parce que les faits en question n'en relèvent nullement, on les remplace ordinairement par un mot destiné à donner l'illusion d'une théorie qu'on n'a même pas essayé de construire.

Le mot choi-i pour cette fonction par M. Jules Soury est « assocùition h. La pensée serait pour lui une association de neurocymes et rien de plus. Comment des ondes peuvent-elles s'associer? On ne nous le dit pas, et on n'en sait rien. On fait comme si cela était tout simple et intelligible au premier.

(1) Le sujpt comporterait en eifel un grand nombre de monographies toutes ioléressaiites, et où il se présenlerait sous des faces mu)liples d'où on pourrait dégager <!es possibiliiés de mieux ea mieux déterminées.

énoncé. C'est pourtant bien par cela qu'il faudrait commencer la théorie, si celte théorie était possible.

La phy«;ique nous montre partout des ondes de différente nature coexistant sur le même support, dans le même milieu, le long du même conducteur, dans h même rayon de soleil, elle nous montre aussi des ondes de même nature interférant en certaines conditions, mais nulle part ne se rencontrent des ondes qui s'associent, pas même des ondes qu'on puisse correctement dire associées.

Dans le bon langage vulgaire, dont il serait prudent de tenir compte, le mot associé ne se dit que des ê'res conscients et volontaires et même intelligents, qui en nombre déterminé, se sont concertés pour réaliser ensemble un acte ou des actes préconçus et voulus par chacun d'eux. Des neurocymes ou des ondes sontils ou sont-elles des êtres individuels pouvant se comprendre les uns les autres par des signes, agir dans un but commun? un troupeau de moutons, ni une bande de loups ne sont même pas dits des associations. Si on applique ce mol à des choses ou à des mouvements, c'est toujours par figure, il est alors pris au sens pasi?if. On dit ainsi de certaines choses et de certains mouvements qu'on les a associés pour obtenir tel résultat ; « associés » est là pour réunis, assemblés, et il est bien entendu que toujours quelquun a opéré celte réunion, cet assemblage ou celte association.

On parle de même des «actions communes » ou des apparences .grossières de telles actions qui ne sont nullement des associations. Les milliards de grêlons se sont-ils associés pour détruire une récolte, ou les tlots de la mer pour jeter un navire sur un rocher?

Parmi les animaux, les fourmis et les abeilles onVent bien une sorte d'association ; mais ce n'est là qu'une apparence. Les individus composants ne sont pour rien dans leur groupement organique, ce groupement leur est imposé comme leur forme en des prédélerminations dynamo-rythmiques manifestées par l'irrésistibleinstinct. Un mouvemenlcoordonné ne peut être crée, ou la coordination de divers mouvements ne peut être opérée, que par une unil(î consciente dont la volonté se laisse conduire par les nécessités extérieures, et par une constante variation d'actions et d'inhibitions élémentaires en vue de la fin préconçue toujours présente à la conscience de l'être en question. Pour que plusieurs êtres s'assoi ient il faut qu'ils soient tous capables de pensée et de tels actes de coordination.

« L'onde d'éveil » (le mot est de Forel, dit M. Soury) modifie

en partie toute la chaîne des neurocymes associés ; celle-ci réagit à son tour sur d'autres séries, soit en arrêtant soit en propageant à dislance les ondes nerveuses. Les ondes qui, dans l'écoi ce, atteignent une certaines vitesse et s'élèvent à une certaine hauteur s'écoulent en quelque sorte dans la grande voie centrifuge des faisceaux pyramidaux : ce sont les impulsions volontaires des psychologues qui, en atteignant les organes bulbomédullaires, exciteut les cellules d'origine des nerfs moteurs et déterminent les mouvements. »

Dans cet essai, j'oserai dire un peu enfantin, de théorie, M. Forel, on le voit, ne considère que le côté dynamique de la question. Son mut de « neurocyme » pourrait faire croire qu'il a pensé à la spécificité rythmique des courants intra-cérébraux. Il n'en tient ajcun compte. Il ne s'occupe que de la dynamique pure sous le nom trompeur d'onde ou de neurocyme. Il conçoit cette dynamique pure, ces proportions d'énergie entrant dans le cerveau parles organes des sens externes, réveillant çà et là des ondes endormies, qui en réveillent d'autres à leur tour, puis s'écoulant par la partie rachidienne du névraxe sous forme de mouvements volontaires !

Cette physiologie du cerveau, en présence des réalités que nous pouvons observer pour une part et concevoir par hypothèse pour une autre part, fait penser à Xanatomie des poupées dont les yeux remuent par l'action transmise à un fil de fer bifurqué, comparée à l'anatomie de l'être vivant. Sans doute nous constatons à l'entrée et à la sortie dans ce qui concourt à produire la sensation, puis dans ce qui se manifeste comme mouvement volontaire, de l'énergie ou force-vive en proportion même mesurable. Non seulement le cerveau, qui ne reçoit que des proportions très faibles de force, mais tout l'organisme a constamment besoin de s''assimiler et de rejeter de la force, les transactions dynamiques qui s'y passent dépassant même de beaucoup ce qu'on pourrait se figurer. Mais la masse de nos organes est moins importante à considérer que les formes constituant leur structure intime.

De même, dans cette entrée et dans cette sortie, c'est bien moins le côté dynamique que le côté rythmique ou morphique qui est à considérer. A l'entrée nous observons des rythmes très divers, sons, lumière et couleurs, chaleur, etc. A la sortie nous observons des mouvements coordonnés, qui sont à la fois formes et rythmes ; et là encore la dynamique est presque à négliger au regard de la coordination. Cette dernière coordination d^où vient-

elle ? C'est à celte question qu'il fallait répondre. Vous ne vous la posez seulement pas.

Après avoir écoulé un concert durant plusieurs heures, visité une galerie de tableaux, ou travaillé longtemps de suite à quelque œuvre inlellecluelle, éprouvons-nous le besoin de dépenser delà force en fendant du bois ou en soulevant des poids lourds? Pas le muins du monde. (1) Ce qui est entré de force en notre encéphale, dans ces diverses circonstances, a élé dépensé immédiatement, au fur et à mesure que chaque cellule était affectée. Sous quelles formes ? Sous des formes diverses peut-être, mais probablement, pour une certaine part tout au moins, sous celle de calorique diffus. Pour les cellules des centres de conception sensorielle périphérique, le phénomène consiste en cela seulement ; et la fonction sensorielle accomplie, la cellule rentre dans le repos, ce qui lui permet d'être affectée de nouveau par une nouvelle action dynamorythmique. Il n'en est pas de même de la cellule corticale à laquelle la cellule périjihérique a transmis l'aclion dynamo- rythmique dont elle était affectée. En cette cellule corticale, l'empreinte du rythme se forme et demeure ou peut demeurer, cet organisme-organe subit une modification durable de sa iorme intime, mais la quantité dynamique très faible, et déterminée par la précédente transmission, nécessaire à la produire, après l'avoir produite, peut bien se dissiper sur place en mode de chaleur, élevant de très peu la température du milieu cérébral. D'un autre côté, la force dépensée en certains mouvements volontaires, vient-elle, peut-elle venir du cerveau ? Tout le monde conviendra que dans le cerveau s'opère seulement le déclenchement mettant en œuvre les forces de l'organisme concourant à un acte quelconque. Or ce déclenchement doit être coordonné sinon le mouvement ne léserait point. Cette coordination de déclenchements peut s'expliquer par une inscription rythmique du même mouvement opéré une première et beaucoup d'autres fois ; mais il a fallu qu'il fut coordonné la première fois, c'est-à-dire inventé composé, créé. Par qui ou par quoi?

Je laisse de côté un passage où M. Jules Soury cherche à expliquer par la ///eorze (?) de M. Forel certains troubles pathologiques, cette étrange application d'une si insuffisante doctrine ne tenant pas au fond du sujet.

(1) A cette question, certaines personnes répoudront par l'affirmative pour ce qui les regarde personnellement. Tant est grande la complexité des faits biologiques !

Nous voici enfin au point essentiel de la question, celui où le matérialisnae moniste (jamais il n'y en eut d'autres) doit triompher ou succomber.

« Outre la nature des synthèses d'association, » C'est cette nature des synthèses d'association qu'il faudrait déterminer. M. Jules Soury ne le juge pas nécessaire.

«... la durée, la /br-we, l'intensité du mouvement des ondes nerveuses des neurones de l'écorce interviennent dans le processus de la pensée (Deukprocess.) » Car c'est bien des opérations de la pensée qu'il s'agit. »

S'il s'agit là de la pensée et de ses opérations, c'est vraiment extrêmement peu. La forme des ondes nerveuses, c'est-à-dire le rythme s/iéo'/îque de chacune des espèces d'ondes pouvant se produire dans les neurones de l'écorce est bien eii rapport avec la sensation spéciale (souvenir tactile auditif, visuel, ou autre de la même classe) qui lui correspond nécessairetnent. L'idée d'un tel rapport considéré comme réel et nécessaire s'impose empiriquement à l'esprit. Elle résulte d'inductions mulliples et de corrélations analogiques dont je n'ai pas à faire ici plus ample mention puisque le débat ne porte nullement sur ce point ; mais la nature de ce rapport — en dehors du fait de causalité constante constaté ici — ne nous est ni connue ni même accessible par aucun côté. Nous admettons là un « déterminisme » sans cependant le sai>^ir, et les cas pareils que la science nous présente sont à mettre soigneusement à part, car ils sont bien différents de ceux où nous pouvons voir, constater, l'enchyînement comme on dit couramment « des effets et des causes » les chiffrant ou les mesurant au besoin ; il sont bien différents même de ceux où nous pouvons en quelque manière saisir dans Vinvisihie de pareils enchaînements imaginés sous forme de théorie. Te'le est la fonction supérieure et unificatrice de la science, en présence des faits qu'on peut scientifiquement étudier.

Ici, rien de pareil ! Nous savons que tant ou tant de vibrations par seconde représentent, au moins comme élément indispensable du fait, l'apparition de tel son ou de telle couleur dans une conscience, mdH?, ie comment An fait nous échappe complètement, et nous ne pouvons pas même nous le représenter par une conjecture scientifique quelconque.

C'est là une des questions véritablement insolubles par nature de la psychologie métaphysique ou ontologique. Ces questions

ne sont pas aussi nombreuses que plusieurs l'enseignent et le supposent ; elles se réduisent même à un très petit nombre. J'en ai trouvé quatre princijiales jusqu'à présent. 11 faut pour arriver à ce nombre restreint, prendre soin d'éliminer du groupe celles qui ont paru insolubles parla façon dont on les avait posées, et que les philosophes n'ont pu encore résoudre pour celte raison. En physique même, on trouverait des exemples de questions parfaitement résolues aujourd'hui et qui n'auraient jamais pu l'être sous la forme où elles s'étaient d'abord présentées à l'esprit des savants, faule pour eux d'apercevoir des corrélations évidentes entre des choses connues. Il faut aussi séparer du même groupe les innombrables questions de fait que la critique ramène au démontré ou non démontré, au probable ou improbable, etc., l'infinité de questions qui ne sont insolubles que par l'impossibilité physique de les aborder. Cela constitue simplement l'insolubilité théoriquement ou pratiquement relative. Il faut entendre par là tous les cas où des conjectures intelligibles et analogiques peuvent être conçues, et fournir, des faits observés qui s'y rapportent, une explication hypothétique.

Voici les quatre questions radicalement insolubles par suite de l'impossibilité absolue de construire, pour s'expliquer les faits constatés, non seulement des théories, mais même des conjectures scient i figues.

I. Action de la force (ou énergie) sur la masse et transmission de cette force.

Celte question comprend celle de la connaissance en soi de la masse et de la furce.

II. liapport entre le rythme objectivement étudié et la sensation nécessairement déterminée dans l'âme par ce rythme.

Cette que.-tiun et les deux suivantes comprennent celle de la connaissance en soi des puissances.

III. Création en général, et cas particulier de la création des rythmes et des /ormes dans la sphère de la consciengf. (expression fonctionnelle, sphérique et synesthélique de l'âme.)

IV. Action souveraine de la volonté (expression fonctionnelle sphérique et synergique) d'une puissance telle que l'âme sur la FORCE, et par celle-ci sur la matière structurée organique.

Si je considère de tels rythmes soit actuellement existants comme tels, soit inscrits en formes, et prenant ainsi une perma-

nence au moins relative ou temporaire, grâce aux fonctions appropriées d'une matière structurée convenable, puis-je concevoir qu'une conscience va naître de leur association ?

Quant à la question qui nous occupe, nous ne sommes plus en présence d'une impossibilité, — de celles qu'on nomme souvent matérielles — de la résoudre.

Nous ne sommes pas davantage en présense d'une question insoluble. Il s'agit simplement de savoir si les mots association de rythmes a un sens que notre esprit puisse concevoir (sans nous occuper encore de la pensée) puis si une association pareille se manifeste quelque part en donnant naissance à une conscience (1).

Cherchons un exemple propre à représenter symboliquement et même essentiellement tous les cas possibles, nous le trouverons dans une exécution symphonique par un orchestre. N'est-ce pas au plus haut degré une association de rythmes. Analysons le fait ; mais simplifions tout de suite la question : une association de rythmes n'est qu'un rythme, différant de complexité de ses composants mais non de nature, de même qu'une association de formes n'est qu'une forme.

Une forme ou un rythme ne sont donc ni des sommes ni des produits.

Des formes complexes peuvent toujours être considérées comme des associations de formes plus simples qui en sont comme les éléments. Il en est de même des rythmes mais le mot association est pris en ce cas au sens passif. On les fait. Elles ne se font pas. Les parties diverses de la symphonie ont été associées par le compositeur ; elles ne se sont pas associées d'elles-mêmes.

On dit, il est vrai, dans un certain langage très justifiable, que la première partie d'une mélodie (et tous les arts présentent des corrélations analogues) ap/3e//e la seconde partie. Il semblerait que l'on parle d'un être qui en attend, qui en désire un autre pour se joindre à lui. Ce ne sont là que pures métaphores où personne ne se trompe, et dont l'étude psychologique nous mènerait trop loin et hors de notre sujet. M. Jules Soury ni aucun autre philosophe ne songeront à s'élever contre cette consta-

(i) Si j'éclaire et si je surchautie en même temps un diamant ou quelque autre corps transparent, je n'associe point l'onde calorique à l'onde lumineuse, je les fais coexister dans un même milieu.

Il n'y a ni ondes ni forces s'associant dans le monde physique, parceque les forces et les ondes sont inconscientes.

talion, ni à prétendre que les deux parties d'une œuvre d'art considérée, se clierclicnt, se re'pondent et s'associent, comme pourraient seules le faire deux personne vivantes et conscientes.

Ils ne prétendront pas d'avantage qu'une association volontaire va s'opérer dans le verre d'eau placé dans la salle où se donne le concert, l'eau et son contenant vibrant à l'unisson des voix et des instruaienls, l'un et l'autre physiquement aiïectés de même par tous les timbres de ces instruments et de ces voix, et où la lumière se joue, sans parler de la chaleur et des autres agents physiques en cause dans le milieu, et lors même qu'on ajouterait à ct^lleeau toutes les matières albuminoïdes connues, celles mêmes des fameux protoplasmas dépouillés ou non de leur microzymes.

Les consciences sont nombreuses, en cause, dans le fait étudié : celle du compositeur (conscience et volonté créatrice) d'un filuck, d'un Bich, d'un Béhtoven, d'un Berlioz, d'un Wagner; conscience totale (en l'espèce et, en certaines modes, personnelle) du chef d'orchestre; consciences moins nécessairement parfaites, quanta l'ensemble du rythme en question, des instrumentistes gouvernés souverainement par lui...

Ces consciences se trouvent associées pour produire un rythme (une haute eurythmie) nous trouverons partout des exemples de ce fait en d'infinies variétés, mais où trouvera-t-on des rythmes associés par eux-mêmes concourant à produire une conscience? Pas même dans l'imagination de M. Soury et du physiologiste de Lausanne car cela peut se dire avec des mots, mais ne s'imagine pas.

Eh I Que peuvent faire de pauvres a neurones » disposés (disons par « la Nature » pour ne rien aventurer) dans l'ordre le plus favorable à leurs fonctions, dans notre boîte crânienne ?

Je leur accorde une conscience rudimentaire que M. Soury est bien près de leur refuser (1).

Mais comment leur association pourra-t-elle produire une conscience du genre de la nôtre, ou plus simplement de celle de la plus humble fourrai ; plutôt que dans tous les autres cas observables ou imaginables? Ces êtres-organes — je veux dire les cellules cérébrales, et plus spécialement celles de l'écorce

(1)11 la leur refuse tout à fait ; mais il ne s'agit pas ici de la stricte /e/Jre; peul-ètre iear accorde-l-il comme à d'autres protozoaires, parmi lesquels ils occupeut uq raui? dlstiugué, la sensation et la réaction ; et cela siiflit pour moi à caractériser une conscience, ou ce que je nomme ainsi. Ne faisons pas de disputes de mots.

grise, ou les neurones, si vous les considérez avec leurs appendices conducteurs d'actions dynamo-rythmiques, — ces êtres-organes font leur métier consistant à recevoir des rythmes, à les euregislrer très inconsciemment ou pour mieux dire à en garder la représentation morphique et à les transmettre quand une action dynamique même non-spécifique vient les affecter. Peut-on leur demander rien de plus ? Admettons, comme je l'ai supposé plus haut, que par un disposif organique, c'est-à-dire tout physique et mécanique, ils servent encore à modifier le rythme reçu. Ce ne sera jamais qu'un rythme, que ni l'expérience, ni l'observation, ni l'hypothèse, ni la raison, ni rien, pas même la fantaisie ne nous montreront produissant ou pouvant produire (avec tous les peut-être) quelque chose qu'on pourrait appeler une conscience.

Celte constatation paraîtra peut-être fâcheuse à des philosophes d'une école très opposée à celle que M. Soury préconise et qu'il fortifie moins encore de son autorité de savant que de son talent d'écrivain et de professeur.

Il ne déplairait peut-être pas à ces métaphysiens s'aulorisant d'un passage très remarqué de Platon et pouvant se dire hautement spiritualistes, ou à leur choix former une nouvelle famille idéaliste ou une espèce dans la famille — comme on voudra — d'admettre qu'une chose immatérielle (Vàme) puisse être le résultat du concours de diverses choses également imatérielles (les rythmes) car, quoi d'aussi peu matériel que le rythme si ce n'est la forme ? J'ai assez insisté ailleurs sur cette évidence immédiate, bien que méconnue, par beaucoup d'esprits distraits.

Sur ce point, ma doctrine ne saurait les satisfaire. Ces choses immatérielles ou non-matérielles, formes et rythmes, (1) sont faits par les âmes, et nous ne pouvons concevoir les cames comme faites par quelque chose ou quelqu'un. Elles sont des principes éternels, des essences réelles, des entités permanentes de la nature. Je mutiplie ici à dessein les expressions pour éviter s'il se peut toute méprise. Je ne les connais pas en elles-mêmes ces âmes. Je ne les connais que par leurs signes fonctionnels conscience et volonté. Ces manifestations de l'âme étudiées en dehors et en dedans, ne résultent de rien que de l'âme elle-même

(1) Je parle ici des formes et des rythmes coordonnés, mieux nommés eumorphies et eurythmies, les autres ne sont que l'expression de cette condition générale des choses que je nomme par abstraction, le hasard.

en dépit des abondants sophismes ou paralogismes ou erreurs de vues d'un graml nombre de philosophes.

Tandis que les rythmes et les formes (et par conséquent les ondes ou neurocymes) je les connais parfaitement et je les connais en eux-mêmes. Nous ne connaissons rien que par des rapports, diront certains — très bien I aussi, les rythmes et les formes, en ce qu'ils ont d'essentiel, en ce qu'on peut les nommer ainsi, ne sont que des rapports, ou pour mieux dire des corrélations, des ensembles de rapports coordonnés. Je connais donc très bien et je sais en quoi consiste leur immatérialité Je n'en saurais dire autant de l'âme ou des âmes. Je les constate des unités non simples mais indivisibles. Je les constate des puissances ou des causes créatrices. Leur mode d'action m'échappe, mais il est fonctionnellement différent des transactions de la force et de la matière étudiées par la physique moderne. La conscience ni la volonté ne sont des forces, et les sensations n'ont avec la masse aucune analogie (i).

(1) Je discutais dernièrement ces questions avec un jeune savant, non précisément matérialiste, mais imbu de ce scepticisme, soit-disant positiviste, peu différent au fond du matérialisme — l'iaflueuce de Herbert Spencer, de Renan et Je Taine après Auguste Comte, en a fait beaucoup de pareils. — Il me disait :

— D. Mais enfin votre âme que vous définissez exactement, je le reconnais, par ses fonctions, nous n'avons aucun moyen de la constater directement : elle échappe à toute mesure, il est donc tout à fait impossible de savoir si elle est une entité comme vous le soutenez ou tout autre chose.

— R. Connaissez-vous autrement que par leurs fonctions la masse et l'énergie dont vous admettez l'existence réelle ?

— D. Le cas est bien différent. La masse et la force, en outre qu'elles sont des réalités, sont aussi des quantités mesurables.

Voici à peu près ce que je lui répondis : Il est certain que le poids et la mesure trop négligés par les savants des temps passés, appliqués aux faits scientifiques avec une exactitude dépassant tout ce qu'on aurait osé espérer, ont donné entre les mains des savants modernes, mécaniciens pratiques, physiciens, chimistes, astronomes, etc., les plus magnifiques résultats. Il ne faudrait cependant pas s'exagérer leur importance, ni surtout leur accorder une valeur exclusive et compter les appréciations qualitatives pour rien. Lorsqu'il s'agit de construire de ces théories — sans lesquelles les sciences physiques ne sauraient se développer, et ne mériteraient même pa» le nom de sciences, — il ne s'agit point là seulement de peser, de mesurer et de compter.

Dans tout ce qui est appelé un fait, nous retrouvons le rythme, la forme, le mouvement coordonné ; et ces choses ne se pèsent ni ne se me» su.'-ent. Ici une distinction est à faire en ce que j'ai compris sous les noms de rythmes et de formes. Les rythmes simples considérés non comme abstraits, mais en tant que réalisés, peuvent se mesurer et s'ana-

Nous en étions restés aux processus de la pensée selon M. Jules Soury : « L'activité » de ces « processus » disait-il, ou est deve-

lyser géométriquement et mécaniquement. Il en est de même des formes géométriques relativement simples. Mais si nous considérons, par exemple, les hautes eurythmies artistiques de création humaine et les eumorphies de l'art, nous les trouvons constituées, eu leur essence, par des corrélations très complexes, où uulle mesure numérale n'est applicable. Théoriquement, et même pratiquement on peut les représeuler par des nombres, représentant approximativement des longueurs de coordonnées, mais ces nombres, en séries successives, mis eu présence de notre conscience sensorielle, ne sauraient nous donner, par eux-mêmes, aucune idée de ces eurythmies ou de ces eumorphies.

Je ne prétends pas, — et en cela je n'adopte pas les idées de Platon, •disant ou laissant à penser que l'âme est de la nature des idées, — je ne prétends pas déterminer quelle est la nature de l'âme. Elle ne pèse point, elle ne se mesure point, elle ne se voit pas au microscope. — Les physiciens n'ont pas encore pesé l'élher ; et les chimistes ne voient pas davantage les atomes et les molécules. — Je prétends seulement savoir ce que l'nme n'est pas ; ']& prétends qu'elle n'est point une modalité d'une autre chose qu'elle, et que ses fonctions ne sont nullement des résultats de formes organiques prédéterminées, même traversées de courants dynamiques.

Si l'âme était de la nature des idées, elle serait ou pourrait être parfaitement connue. Car il n'y a rien d'inconnu dans les idées de tout ■ordre : y compris les expressions complexes d'ensembles d'idées appelées pensées : elles sont rythmes, ou formes, ou mouvements coordonnés, et rien de plus, ou, autrement dit, des coordinations eurythmiques ou euœorphiques de sensations, ces dernières étant des faits de conscience absolument irréductibles, sans lesquelles aucun rythme, ni aucune forme ne pourraient exister en notre conscience.

L'âme est la souroe (inconnue en elle-même et inaccessible) de tonte pensée, de toute idée et par conséquent de tout rythme et de toute forme constituant ses créations. C'est pourquoi je la nomme Puissance ou Souveraineté créatrice, ces mots définissant exactement ce que nous en pouvons savoir.

L'étude ontologique et métaphysique que j'en puis faire ne saurait aller plus loin. Mais par le détail des créations d'une âme nous pouvons à quelques égards, étudier cette âme, et le champ de pareilles études est indéfini. Nous pouvons ainsi comparer les âmes entre elles, constater l'originalité individuelle de chacune d'elles, en trouver de relativement i/randes et fécondes, et de relativement petites et stériles, sans chercher

cependant en cela à vouloir — ce qui serait téméraire et peu utile

appliquer des mesures exactes comme on le fait pour tout ce qui se nomme quantités.

Nous ne ferions pas autrement pour des statues ou des symphonies pareillement comparées, qui n'ont, comme l'âme, d'autre unité que celle de leurs corrélations supérieures, mais l'analogie s'arrête là.

nue automatique (i) par le fait d'innombrables re'pe'titions identiques ou presque identiques, ou est restée plastique. (M. Soury souligne le mot) créatrice (celui-ci c'est moi qui le souligne deux fois) capable, au moyen de combinaisons nouvelles d'instaurer de nouveaux enchaînements de neurocymes. » Je ne peux pas à propos de chacun des mots de cette phrase recommencer les critiques et les études précédentes, cependant il ne faut pas laisser sans réponse des affirmations pareilles, dépourvues de toute conception théorique aussi bien que de toute investigation expérimentale, et où les idées ne sont pas, à proprement parler, desidées (vraies ou fausses) mais des embryons tératologiques d'idées. Ce n'est pas a l'activité des processus delà pensée» qui devient automatique. Il s'agit de mouvements coordonnés une première fois, puis répétés un nombre immense (disons suffisant) d'autres fois. Pour faire une première coordination de mouvement (le moindre geste voulu observable et discernable) il faut une âme créatrice douée de la puissance « plastique » (2) (celle de créer des formes) et de la puissance rythmique (celle etc.) pour produire la moindre action coordonnée. Un mouvement de ce genre — celui d'enfiler une perle, de tracer une lettre ou tout autre de même valeur — accompli un certain nombre de fois, devient automatique ou presque automatique parce que son exécution, forme et rythme, s'est trouvée rythmiquement inscrite en un groupe de cellules, lesquelles font dès lors la réaction dynamique nécessaire à l'exécution effective sans avoir besoin de la recevoir de plus-haut, et n'y étant sollicitées que par une impulsion volontaire très faible et très vague de la conscience ou de la volonté souveraine. C'est l'histoire de ce qu'on appelle depuis le milieu de ce siècle les facultés spéciales de l'être vivant supé-

(1) M. Soury, ou l'a remaruqé, emploie ce mot automatique dans le sens vulgaire ou littéraire du Joueur de fliV.e ou du trop fameux canard de Vaucanson. Je ne lui en fais aucun reproche. C'est à notre langue ellemême qu'il faut s'en prendre, car elle nous fournit parfois (moins souvent — dit-ou — que d'autres idiomes) des mots malaisés à mettre en rapport avec les conceptions scientifiques qu'on veut leur faire exprimer.

(2) Je n'emploie jamais volontiers ce mot. Il en vaudrait un autre cependant, s'il n'était de ceux dont on s'est le plus servi sans savoir au juste ce qu'il doit signifier. Il est des mots néfastes, avec lesquels il ne faut pas frayer. (les mots ont le don (miraculeux à sa manière) d'obscurcir les questions, de les brouiller ou de les fausser. Ils ont acquis cette triste qualité en des circonstances de leur destinée, ou, si l'on veut, d& leur histoire qui ne sauraient être ici analysées. Il faudrait les éviter toujours ; mais est-ce possible ?

rieur ou ses facultés physiologiques. Le mot faculté n'est là nullement gênant et correspond exactement à fonctions.

Le mouvement coordonné à'habitude est automatique dans ce sens que les cellules formant le groupe nécessaire à l'inscription rythmique de son exécution ne savent pas ce qu'elles font ensemble (et ne l'ont jamais pu savoir) et que d'un autre côté, l'être — disons l'âme souveraine de l'organisme en question — n'est plus pour rien dans cette action dynamique commune partant de cellules, uniquement synergisées dès lors par la forme rythmique dont elles gardent tous les traits, J^ai étudié ces choses — je crois dans mon livre des Fonctions mpérieiwes et en d'autres écrits — de façon à ne plus laisser aucune obscurité théorique dans la question.

Où est donc celte activité des pt'ocessus de la jiensée qui aurait sa source dans la mécanique cérébrale ? Car c'est le fond mal exprimé en cet endroit de la pensée de M. Soury.

Si ce processus, ou si « l'activité de ce processus » n'est pas « devenue automatique » « elle reste plastique et créatrice». Voilà une activité qui devient inactive en devenant automatique ; mais comment une activité peut-elle même à ce prix c^e- «en/?' automatique ?

Cherchons à comprendre, d'après ce que M. Jules Soury a déjà dit au commencement de son article, où il a considéré cette activité comme un mode, une « forme » de force physique c'est-à-dire comme comparable à la lumière ou à la chaleur. Mais ce sont là simplement des mouvements ondulatoires (ou rythmiques) de l'éther, parfaitement spécifiés. — La condition constante et commune de ces mouvements est la force (ou énergie) et la condition variable et caduque est le rythme. De tels mouvements ne créent rien, ne coordonnent rien, ne peuvent rien instaurer « par des combinaisons nouvelles. » C'est toujours la même dynamique inconsciente, force ou énergie, se manifestant dans l'éther comme partout ailleurs, et ne s'anéantissant jamais, donnant lieu à l'apparition .d'un rythme d'ondes ou de flots sous la condition de quantité suffisante, mais ce rythme ne peut être déterminé que par les propriétés ou conditions géométriques de structure du corps mis en tel mouvement vibratoire.

Les seules activités pouvant donner lieu à des combinaisons nouvelles, à des coordinations-de mouvements, les seules activités créatrices (de rythmes et de formes) je les nomme des puissances, des souverainetés ou des âmes, et non des forces. Car rien de ce qu'on nomme force dans les sciences ne correspond à

cela, si ce n'est l'expression heureusement vieillie et presque abandonnées de forces plastiques, invente'e uniquement pour masquer un non savoir très souvent avoué sur un certain nombre de questions.

Prétendre que « les forces physiques » dont le système nerveux reçoit l'action par tous les organes des sens sont créatrices ou plastiques, serait avancer une proposition que toutes les sciences où la dynamologie est en cause viendraient démentir.

Prétendre que les actions rythmiques en pénétrant les filets nerveux jusqu'aux cellules cérébrales (ou, si l'on veut, les neurones) changent de nature par cela seul que leurs rythmes doivent s'y modifier, serait présenter au lieu d'une conjecture discutable, une série de mots ne pouvant faire naîire dans l'esprit aucune idée de corrélations mécaniques réalisables même en imagination.

Prétendre que ces actions peuvent à certains moments devenir conscientes, plastiques, volontaires, créatrices, acquérir une foule de qualités occultes capables de tout expliquer, serait faire de la physique hyperphysique et de la métaphysique déplorablement mythologique.

Les matérialistes monistes ne mettent jamais leur esprit en présence de ces difficultés. Ils glissent çà et là dans leurs phrases de ces mots de confusion dont ils n'essaient point de déterminer le sens, et passent outre, comme s'ils n'avaient rappelé que des choses simples, précises et parfaitement admises et courantes dans la science. Alors ils triomphent (en dedans et en dehors) forts de leur conviction dogmatique, sans se plus pre'occuper de rien démontrer.

« Dans cette dernière catégorie de phénomènes, dit M. Jules Soury, {V instauration par l'activité des processus, au moyen de combinaisons nouvelles, de nouveaux enchaînements de neurocymes) dernière catégorie qui comprend les opérations les plus élevées de la raison, les sentiments éthiques et esthétiques... » Et M. Soury croit avoir établi là une théorie ! (1).

Les théories ainsi troussées, bâclées et pour mieux dire en fin de compte, absentes, ne sont pas celles que l'on aime pour ellesmêmes et que l'on met un long temps à perfectionner, à épurer, à faire concorder avec les conditions mécaniques mathématiques déjà connues, avec tous les faits recueillis par les bons observa-

(1) J'ai transcrit entièrement et littéralement ce qui dans l'article de M. Soury a trait à cette théorie.

teurs qu'on vérifie au besoin. Ce sont des manières de faux témoins qu'on fait apparaître devant une opinion publique, incompétente et distraite, et on les invite doucement à déposer en termes brefs, mais obscurs, en faveur de tel ou tel parti-pris.

« ... Un sentiment d'effort plus ou moins considérable, continue M. Soury, l'attention (I), se décèle toujours par des symptômes subjectifs et objectifs. Dans la première (catégorie) celle des activités purement automatiques, reproductions héréditaires des neurocymes, une excitation suffit souvent pour provoquer le déroulement de toute la chaîne : c'est l'instinct (2). Cet automatisme peut être créé dans l'espèce par l'hérédité, chez l'individu par l'habitude. Ces actes, souvent très compliqués, par exemple les instincts des fourmis... n'exigent pour se réaliser que très peu d'éléments nerveux (3), car encore que le cerveau des fourmis soit relativement très gros, il est, en fait extrêmement petit. Au contraire, les activités plastiques du cerveau ont besoin pour se déployer, de masses considérables de substance nerveuse. »

Attention ! Est-ce que nous devons attribuer à des conditions de masse ces activités plastiques? La Mettrie ou d'Holbach au-

(1) Toute une école contemporaine s'acharne à confondre l'attention fait psychique, cas fonctionnel particulier de la volonté, avec le processus physiologique qui eu est le signe extérieur (ou objectif) et la conséquence visible. Celte école s'efforce pareillement de ne pas distinguer la /brce de la volo7iié. J'ai assez souvent discuté ces erreurs pour n'y pas trop longuement insister ici. Ma volonté est capable de disposer trois points (ce qu'on nomme ainsi en typographie) de façon à leur faire figurer uq triangle équilaléral ; et cela aucune force ne le peut faire.

(2) L'instinct, comme tous les faits d'hérédité, s'explique par In persistance (iHuscriptions rythmiques, capables, aussi bien que toutes les autres formes des êtres, de se transmettre par génération. C'est par de telles transmissions que les espèces peuveût se modifier, et non par des neurocymes, des ondes qui dormiraient dans le germe, ce qui ne peut se représenter à notre esprit par aucune image, un neurocyme endormi (onde nerveuse abolie) ne pouvant plus être un neurocyme ni le redevenir par lui-même, puisqu'il n'a plus ni action, ni existence. Ces vues sont de celles qui m'ont conduit à faire la théorie générale de la génération.

(3) Théoriquement, une inscription rythmique extrêmement complexe et longue peut n'exiger qu'un très petit espace. Elle peut être tracée en hélice autour d'un corps conique ou sphéroidal dont la grandeur peut être aussi réduite qu'on le voudra. En fait, il n'en est pas de même, et les Conditions de la vie sur la terre nécessitent, pour chaque être réalisé et vivant, des dimensions à variations très limitées. Il n'en est pas moins vrai qu'en effet, il faut très peu de matière nerveuse pour concevoir ces fonctions, où M. Soury aperçoit ici un rapport juste malgré le vague scientifique de son langage et l'incohérence de ses essais de théorie

raient pu le faire peut-être ; mais je ne crois pas que ce soit là la pensée de M. J. Soury ! Mais comme l'absence de toute théorie intelligible se fait sentir en de telles formules i

n L'activité plastique de V Intelligence des, corneiWes,... » Très bien ! II n'est plus question de l'activité physique du cerveau, et peut-être... mais continuons : « comparée à celle de la poule, peut expliquer, abstraction faite de la taille, le volume relatif du cerveau de ces deux oiseaux. »

Il est certain qu'il y a un rapport plus ou moins difficile à préciser, mais peu importe, entre ce volume et le degré de hauteur intellectuelle; mais lequel des deux commande l'autre? Vous ne le dites pas clairement et même vos expressions dans le même alinéa sont contradictoires. Oh 1 je ne veux pas vous faire là-dessus la moindre querelle de grammairien : je voudrais seulement saisir le fond de votre pensée assez difficile à tien discerner.

« Forel ajoute expressément que les propriétés plastiques des neurocymes sont héréditaires, mais seulement à titre de dispositions, qu'elles soient ou non développées par l'individu qui en a hérité. «« Ce sont des faits, cela, s'écrie Forel, et non des théories ! »))

Les faits dont vous parlez sont connus depuis longtemps: et les simples mots neurocymes, neurones ne les éclairent pas. Quant aux théories, qu'il faudrait édifier pour apercevoir les rapports des réalités dans les possibles absolus de la géométrie et de la mécanique, il est évident que vous n'en avez qu'une aperception très lointaine. « Voilà bien, s'écrie à son tour M. Soury, la partie vraiment scientifique de cette haute profession DE DOCTRINE ». « Profession de doctrine ! » voilà qui jette une vive lumière sur le fonctionnement cérébral, non de la poule, ni de la corneille, ni de la fourmi, mais de M. Jules Soury. Là le philosophe... j'ai presque dit le sectaire, se révèle tout entier : il s'agissait surtout d'une haute profession de doctrine!

11 importe peu que MM. Soury et Forel soient d'accord ou non sur le point où commence l'a conscience parmi les manifestations de la vie, que M. Soury bannisse le mot a âme » de la Psychologie moderne. Par exemple je ne puis permettre au monisme de revendiquer pour la vie la même éternité que pour la force et la matière. Le monisme parle en cette revendication une langue parfaitement détestable aussi bien que ceux — j'ai oublié leurs noms — qui ont prétendu que ces trois choses

étaient « dans l'univers » des quantités constantes. Ce mot la vie est une abstraction. 11 n'y a pas la vie il y a des êtres vivants. Leur nombre peut varier d'un moment à l'autre, d'un siècle à l'autre, sans qu'il soit possible de constater cette variation si elle existe, ni de conclure par conséquent qu'elle n'existe pas. Derrière les mots masse et force au contraire il y a deux entités que toute expérience montre comme inanéanlissables, et leur quantité ne varie pas, en effet, je ne dirai pas dans l'univers infini, ce qui n'aurait aucun sens, mais dans un milieu arbitrairement fini et clos soit de fait, soit par la pensée.

« Ce ne sont pas les neurones, c'est Vassociation des neurones qui seule réalise les conditions d'apparition d'une conscience ». M. Soury souligne encore là ce mot association sans s'apercevoir de l'abîme noir qu'il recouvre dans son esprit.

Cette conscience qu'il n'accorde qu'aux animaux supérieurs existe seulement en puissance dans le protoplasma, matière albu- ■minoïde, et chez les êtres primitifs.

« En somme, s'écrie notre philosophe, Descartes'avait raison : Tous les êtres vivants ne sont que des automates : son erreur a été de tirer l'homme de la foule innombrable de ses frères inférieurs... ))

« Et « la sensation », la « conscience », 1' « intelligence » et « la vie », ne sauraient se soustraire à la loi d'airain du déterminisme universel. »

Cette prétendue loi d'airain qu'on veut ainsi nous imposer pontifîcalement, je l'ai dit et prouvé plusieurs fois, n'est ni d'airain, ni d'aucun métal, elle n'est que de paroles en l'air. Elle est la formule aberrante de certains esprits qui ne comprennent pas ce que c'est qu'un mécanisme en général. Donc qui ne savent pas du tout ce que sont essentiellement une montre, une iocomotive, un moulin à vent, un tourne-broche, un télégraphe autographique, qui n'entendent rien aux fonctions nécessaires des choses (nécessité ou fatalité), qui n'ont jamais médité algébriquement sur les termes de leur formule, sans quoi ils en auraient découvert l'absurdité intrinsèque et extrinsèque, qui ne se sont jamais donné la peine de suivre par l'esprit, et surtout avec des constructions et des figures, des séries de déterminations, lesquelles ne peuvent être infinies dans les deux sens, et dont certains genres seulement le sont dans un sens, mais en théorie abstraite seulement ; car dans la réalité si on prend un système de corps dont les mouvements se commandent les uns les autres, on ne va pas loin sans obtenir l'immo-

bilité des organes et la dispersion de la quantité d'énergie donnée au début.

Ces gens ont eu le tort, de plus, de ne jamais regarder ni 1». nature au dehors, ni leur être propre au dedans, ou de regarder tout cela avec le parti-pris de n'y rien voir. « Si les processus de l'intelligence... échappent au nombre et à la mesure, il& ne sont pas objets de science... il n'y a point de Psychologie » dit M. Soury, « il y a au contraire une Psychologie si l'aclivité^ de l'intelligence, comme celles de toutes les autres fonctions desêtres organisés se ramène avec la physique et la chimie à la mécanique. »

Ceci est affaire de définition du mot science, et ne fait rie» aux réalités, qui sont ce qu'elles sont, et non ce que nous les voudrions. Cette prétention de tout réduire à la mécanique remonte à Descartes. Le grand philosophe a bien pu n'avoir pas ea le temps d'examiner à fond cette question comme plusieurs autres, où il s'est notoirement trompé, ouvrant la porte à l'idéalisme de Berckeley, au panthéisme de Spinoza, à la visioi* en Dieu de Mallebranche, à l'idéalisme sensoriel de Condillac, à ceux très peu différents au fond des philosophes allemands, à tous les monismes.

Tant de choses relèvent de la mécanique que l'on pensait n'avoir aucun rapport avec elle, qu'on s'explique de la part de- Descartes, une erreur résultant d'une induction incomplète. S'il eut élé plus artiste qu'il ne l'était, il se serait demandé si le beau peut être considéré comme le résultat d'un travail mécanique. Alors peut-être eut-il hésité à formuler des propositions comme celles que je viens de rappeler. La foi robuste qu'il professe ne laisse pour M. Jules Soury — j'en ai peur — aucun prétexte à d& pareilles hésitations.

La Morale est-elle une science ? On pourrait soutenir qu'ellen'est qu'un art, et ainsi de la Psychologie. Celle-ci est à coup sûr un art, par un certain côté de son application aux faits humains. On la compte parmi les sciences philosophiques. Fautil changer pour celles-ci la langue que nous parlons, et les dire autre chose que des sciences?

Nous employons le mot science là ou les grecs mettaient la désinence Xoyi'a ; et je crois que nous continuerons. Et puis, il n'est pas seulement question de nombre et de mesure en physique et en chimie, bien qu'ils y jouent un rôle immense ; et ces sciences ont aussi leur métaphysique. Si je cherche à définir une science : l'étude ou la connaissance d'un ordre déter-

miné de faits reliés par des théories concordantes, ma définition conviendra peut-être à la Physique et à la Chimie considérées comme deux parties d'une même science, mais toute l'histoire naturelle, toute la Biologie devront être à peine considérées comme des sciences, car elles manquent encore de théories qui leur soient propres et surtout de théories concordantes (1).

L'article de M. Soury était fait pour célébrer la gloire de la psychologie physiologique ; et à part quelques découvertes intéressantes d'anatomie cérébrale, il ne relève dans les travaux récents rien de nouveau à nous faire admirer.

Pour ma part, je crois que la Psychologie tout court doit être appelée une science, puisque je parviens (à mon sens) à comprendre les faits d'observation intérieure en des théories concordantes. Mais elle mérite ce nom seulement depuis que ceux qui s'en sont occupés n'ont pas séparé l'étude des faits qui en sont comme la matière première, les faits de la vie intellectuelle et morale, des faits anatomiques et biologiques dont les rapports avec les premiers sont d'une évidence incontestable. Et je me réjouis d'être l'un des premiers ayant tenu sérieusement compte de tels rapports. Sans ce secours les anciens psychologues me font l'effet des géographes et des cosmographes du temps de la guerre de Troie. II y a donc suivant moi une Psychologie sans épithète qui doit être physiologique, physicochimique, mécanique et mathématique autant que cela est possible. Quant à celle qui à prétendu et qui prétend encore se passer de ces sciences basiques, elle n'est véritablement pas à

(1) Que sais-je ! avons-nous le droit de considérer comme co7icordan(es les théories, si incomplètes encore sur tant de points, essayées en physique et en chimie? On est encore assez loin de concevoir ce que c'est qu'ua atome, de clairement s'imaginer quelle est la nature et la constitution de Véther. On ignore même — bien qu'où n'avoue pas toujours cette ignorance — les vraies conditions constitutives des gaz, car la « théorie cinétique » qu'on en a proposée ne vaut guère ; et que dire de celles plus complexes des liquides et des solides ! En réalité, notre Physique générale est encore en voie de formation ; et quelques-unes de ses parties pourraient seules avac les mathématiques se nommer sciences, si on acceptait la définition que je viens de proposer ou de rappeler de ce mot. Dans un sens plus large, je ne vois pas pourquoi on refuserait ce même nom de sciences à l'Ethnographie, à l'Apiculture, à la Théologie, à la Pédagogie et au Blason.

Pour quelques-uns de ces groupes de connaissances, cela pourrait paraître excessif à quelques diverses personnes.

Je puis donc corriger ma formule en cette nouvelle expression : Une science est l'élude d'un ordre bien déterminé de faits reliés entre eux par quelques précises concordances de théories.

compter car on ne lui doit presque aucune notion précise et incontestable (1).

Pouvons-nous espérer, selon le désir de M. Soury, que « les phénomènes d'innervation seront représentés par quelques formules d'ordre cosmologique... » ? Qui vivra verra !

La théorie des ondulations de l'éther (en pleine Physique) tout en ayant été jusqu'ici d'une immense utilité, et que M. Soury donne pour bien plus avancée que celle « des mouvements cellulaires, » est encore bien incomplète, puisqu'elle ne rend aucunement raison du phénomène couleur, et que même elle ne distingue pas le calorique de la lumière. Ajoutons qu'il est plus que difficile, d'après ses données, de concevoir au juste quel est le dispositif des ondes transversales quant à la surface générale de Ponde de radiation.

Dès 1874, j'avais tiré de la mise en rapport de la physiologie éclairée par les faits pathologiques, un certain nombre d'inductions précieuses de science générale, j'avais corrigé plusieurs des erreurs des psychologues ; et depuis celte époque rien n'est venu infirmer ni mes inductions ni mes théories. Quelques-unes trouvent, au contraire, aujourd'hui, une confirmation éclatante dans les faits anatomiques rapportés par M. Soury. Mais un groupe de savants, dont plusieurs sont illustres, s'imagine aujourd'hui fonder une psychologie physiologique, en usant exclusivement des moyens propres à la Physiologie et à la Physique. Ils s'apercevront bientôt que c'est exclusivement de la physiologie normale ou pathologique qu'ils font, et pas du tout de la psychologie. Ils étendront ainsi les moyens de déterminer le champ de celle-ci, comme je l'ai fait très consciemment, mais l'une des deux sciences ne se confondra jamais avec l'autre, toutes deux ayant, comme je l'ai déjà dit, leur domaine propre et seulement une zone commune de rapports.

On s'apercevra aussi bientôt que pour faire de bonne psychologie générale, il faut être bon métaphysicien.

La métaphysique exacte est aussi indispensable au progrès

(1) « Entre toutes les éludes, celle des faits et des lois de la pensée ne pouvait accomplir son évolution régulière avant que la physiologie lui eut fourni des documents assez précis, assez nombreux, assez bien classés. Si elle a longtemps paru stérile, c'est que les progrès de la physiologie elle-même ne pouvaient s'effectuer qu'après ceux des sciences qui lui servent en quelque sorte d'assises. « Les Fonc. sup. etc., 1874. Préface, p. 10, datée du 8 novembre, 18Go.

■delà physique et de la chimie, qui n'en ont jamais été complètement dépourvues ; et les erreurs, encore très gênantes, dont s'émaillent encore les livres où sont traitées certaines de leurs parties, viennent surtout des mauvaises métaphysiques, dont le type le plus achevé, je crois l'avoir amplement démontré, est l'anti-scientifique matérialisme moniste que M. Jules Soury paraît adorer

« Avec la dé-vo-ti-on

D'uQ prêtre pour son idole. »

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