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créatrice d'eurythmies d'eumorphies et d'actes coordonnés.
Pour compléter ce résumé ontologique où j'ai laissé nécessairement beaucoup à faire aux méditations du lecteur, quant aux détails de la discussion scientifique, il me reste à considérer, ce qu'à l'exemple des philosophes des temps scolastiques j'appellerai en bloc Natura naturans.
Considérons d'abord la création naturelle, telle que nous la voyons, de Tunivers, de notre monde solaire et des organismes terrestres, inconsciente, relativement inerte, et où nous n'apercevons guère, sur le fond des formes primordiales et des rythmes primitifs que des évolutions antérieurement déterminées et les faits de nécessité et de hasard qui devaient en résulter, où la liberté et l'intelligence ne se montrent à l'état actuellement agissant, que dans les êtres organisés. Nous la trouverons bien différente de l'âme humaine telle que je viens d'en donner une
esquisse trop abstraile, et où la création, le nouveau, l'imprévu des eurythmies et des eumorphies jaillissent constamment, et parfois nous étonnent même lorsqu'elles se produisent en nous.
La Nature naturante, en ?a fonction créatrice dont nous admirons et dont nous étudions les résultats (qu'elle consiste en un seul être, ou en plusieurs, ou en une infinité d'êtres ou de puissances), nous apparaît comme ayant (en une fois ou en plusieurs fois) dans le passé, produit la nature naturée.
Lorsqu'elle — natura naturans — a opéré cette création, elle a agi exactement, dans une sphère pour nous très vaste, comme agit sans ce«se l'âme humaine dans sa spiière restreinte ; mais dans le cours des siècles où l'humanité a laissé, sur la terre des traces que nous puissions constater, elle ne semble plus agir du tout, et nous avoir.laissés en présence de son œuvre admirable à beaucoup d'égards, imparfaite quant à nos désirs à beaucoup d'autres. Il est possible que la fonction, malgré les apparences, soit constante comme dans l'âme humaine. Il faudrait alors supposer que les créations de la Nature demandent, pour s'effectuer une durée immense, tandis que les nôtres nous paraissent souvent instantanées. Une critique exacte, sévère et exempte de préjugés, ne permet pas de garder l'illusion d'une Providence intervenant dans le cours des temps, menant les affaires des hommes et s'occupant même, acluellement et sans cesse, comme par spécial miracle, de chaque être en particulier.
Rien ne démontre —je ne dis pas seulement le miracle, défini comme une infraction aux lois de la nature, lesquelles ne sont que les lois éternelles du possible ou de la nécessité, et nous sont partiellement connues, car un tel miracle serait la réalisation de l'absurde, mais rien ne démontre même l'intervention de puissances supérieures ou autres si bizarrement nommées surnaturelles dans les événements de la vie individuelle ou collective des hommes (1).
(1) Par cette déclaration je me mets en opposition formelle non seulement avec toutes les religions dites révélées maia encore avec les prétendus faits expérimentaux invoqués par les sectes pullulantes des spirites et des occultistes où se rencontrent même quelques savants autorisés. Malgré ma bonne volonté et des tentatives assez nombreuses, il ne m'a pas été donné jusqu'à présent de voir un «eul fait probant de ce genre.
L'âme n'est point fe ç-uf crée l'organisme. Aucun être ne crée lui-même son organisme.
L'âme n'est pas davantage ce qui anime le corps. Elle n'en gouverne même qu'une partie. Ces formules : l'âme anime le corps, l'âme crée son organisme, souvent admises, avec le signe affîrmatif, comme banalement évidentes, sont démenties par les données de la science actuellement acquises et vues dans les corrélations les plus générales des observations, des expériences et des théories (1).
De ce que l'organisme d'un être, forme dérivée de celle de l'espèce ou de la race à laquelle il appartient, rythmographiquement contenu en son germe, n'est pas l'œuvre de cet être, il n'en faudrait pas conclure que cet organisme, en sa forme prédéterminée, ne sera pas modifié par les milieux où il se développera ou plutôt par la double action et réaction du milieu sur l'être et de l'être sur le milieu et par suite sur sa forme propre.
11 semble même presque démontré que plusieurs des caractères nouveaux, acquis par ce double jeu, soient transmissibles par hérédité dans une certaine mesure, de façon à constituer des races, des variétés et même des espèces nouvelles. D'où la nécessité de poursuivre les recherches de morphologie comparée et d'ontologie naturelle qui, certainement jetteront des clartés de plus en plus vives sur bien des questions à peine soupçonnées aujourd'hui ; mais il est à désirer, qu'on apporte à ces études l'esprit de précision et de prudence scientifique qui ne s'est pas toujours rencontré — et cela se comprend — chez les naturalistes qui s'en sont occupés jusqu'à présent. Il sera bon aussi, que ceux de l'avenir sachent se dégager de toute idée préconçue des-
11 n'y a peut-être a priori aucune radicale impossibilité à ce que des puissances autres que l'homme puissent communiquer avec nous et se mêler à notre vie terrestre; mais c'est là une question de^ faits, et la démonstration n'en peut être obtenue que par l'expérience entourée de toutes les précautions et garanties réclamées par la science en ses normales investigations. S'il faut exprimer toute ma pensée sur ce sujet, je dirai que la nécessité, ni l'utilité, ni la beauté de tels faits ne m'apparaissent nullement par avance, et qu'il ne m'est pas donné, par conséc^uent, de me sentir très passionné pour ce genre de recherches,
(1) Il est également impossible de se représenter des organismes, même relativement simples, comme créés par le concours d'actions dynamorjthmiques des milieux naturels.
potique, et se délier de cette manie d'uniûcalion à outrance dont tous les monismes sont l'expression la plus aiguë. Notre esprit aime ce qui est relativement simple et parla, plus facile à embrasser ; cette tendance lui fait méconnaître parfois la complexité réelle des choses, très importante à considérer, surtout dans les sciences biologiques où nous savons, par expérience, qu'on s'est souvent trompé, à ne vouloir tenir compte que d'une condition ou d'un ordre de faits, où il en fallait découvrir la synergie de plusieurs.
L'homme n'a donc à compter, dans le cours de sa vie, que sur la création naturelle {nalura naiurata) dont il ne peut user que sous des conditions strictes et souvent cruelles — conditions qu'il a le plus grand intérêt à connaître — sur son propre génie, sur son propre savoir, sa propre énergie, sur sa patience, sur sa vaillance, sur l'action qu'il peut exercer ainsi sur ses pareils et sur leur bonne volonté incertaine, sur la perfection de ses actions et de ses œuvres ; sur le travail fait par ses ancêtres ou par ses prédécesseurs dans le milieu planétaire où il vit. Mais il peut se conslater éternel (comme il doit déclarer tels tous les êtres vivants notamment les animaux jusqu'auxmicrozymes et sansnul doute aussi les êtres supérieures à lui qui existent nécessairement quelque pari) il peut se considérer individuellement comme un principe modifiable et perfectible, mais à jamais indestructible, delà nature, car on ne peut supposer une entité qui commencerait ou qui cesserait d'être, cela irait contre le « « de nihilo nihil. »
Sur les données de la science, on ne peut aller plus loin dans ces questions (1) si ce n'est par l'hypothèse. Mais l'hypothèse faite avec le plus grand soin, ne peut nous faire toucher ni voir les réalités de l'invisible, ni ses rapports véritables avec nous ; elle peut nous montrer seulement certains possibles de ce que
(1) 11 y avait, cependant, à traiter aussi une question spéciale d'ontologie, et la plus ardue de toutes, il y avait à étudier ce que nous pouvons savoir par induction ou seulement supposer par conjecture de la Puissance supérieure ou des puissances supérieures, et de leurs rapports avec l'homme, en un mol des fonctions divines, possibles ou concevables, eu général. Je l'ai fait dans un ouvrage eu quelque sorte parallèle à celui-ci, et que je compte assez prochainement faire paraître.
nous cherchons. C'est à quoi je l'ai fait servir dans Le Problème^ à la satisfaction de quelques savants.
Ce résumé ontologique se résume lui-même ainsi :
i° Deux entités difl'uses, impersonnelles, inconscientes de la Nature : la masse et la force sous la double condition universelle et irréductible du temps et de Vespace.
2° Les âmes des êtres organisés. (Puissances, souverainetés, autonomies) de divers ordres.
3° Les puissances aussi réelles, mais impénétrées, représentées par les mots Natura naturans^ qui ne se sont jamais mises en rapport direct avec nous, si ce n'est par la Création, que l'analogie nous porte à leur attribuer.
Et si cela ne nous semble pas disposé à notre gré, consolonsnous par cette foi que tout est le mieux possible du moment considéré, étant donnée l'immuable nécessité, dans la nature des choses, qu'il faut chercher le plus beau partout, et vivre et agir au plus près de notre idéal, — car notre liberté nest nullement en contradiction avec l'absolu nécessaire à jamais inviolable — et que, peut-être, quelque jour, nous serons en rapports plus intimes, dans une vie ultérieure plus belle, avec des puissances qui, sans doute, dans tous les sens, valent beaucoup mieux que nous.