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CHAPITRE V

La force-réalité, la force-propriété, la force-état, la force-abstractioQ. — La nécessité dans les choses, et la logique dans l'esprit de l'homme. — Rôle véritable de la nécessité. — Opposition entre la fonction caractéristique des puissances individuelles, et les faits uon-coordonnés compris et verbalement unifiés sous le nom de hasard. — Analyse d'un cas particulier baual, simple — et d'ailleurs simplifié — de mouvement. — Corrélations diverses entre l'étendue, la durée, la masse et la force. — Vitesse. — Accélération. — Force (au sens des mécaniciens). — Quantité de mouvement. — Energie, anciennement dite forcé^vive (qui devrait être appelée Force, au sens le plus clair de ce mot, lorsqu'il s'agit de désigner une entité réelle du même ordre que la masse et formant avec elle un groupe n'admettant pas un troisième terme). — Travaily dont la mesure est la même que celle de l'énergie ou force-entité. — Y a-t-il une corrélation précise entre la combinaUon, la forme et la forcel — La valeur d'un instrument (et celle d'un cerveau) est-elle dans un certain rapport avec son poids et son volume ? — Le gros public. — Le matérialisme populaire. — Vices de méthode et insuffisance d'iuduclioa chez les philosophes matérialistes.

M. Frédéric-Charles-Chrétien-Louis-Biichner (de Darmsladt) — docleur en médecine — a écrit — personne au monde ne l'ignore — un livre intitulé Force et matière. En ce livre, il n'est pas du tout question de savoir au juste ce qu'il faut appeler force, ni ce qu'il convient de qualifier matière. C'est un exposé de la doctrine matérialiste — laquelle ne connaît la matière et la force que très imparfaitement. Ayant déjà fait la critique de cette doctrine à propos des écrits d'autres matérialistes, j'aurais pu me dispenser d'analyser et de combattre les idées de ce philosophe de l'Est. Mais nombreuses ont été les éditions et les traductions de cette œuvre, et grand a été, même en France, le bruit fait autour d'elle I Dès lors, je ne veux pas que certains naïfs — on en rencontre — viennent me dire : Et Bttchner, le fameux Bûchner de là-bas, qu'en faites-vous? Au frontispice du livre, on voit le portrait gravé de cet auteur et un fac-similé de

sa signature. — Documents à ne point dédaigner, l'âme des hommes se reflétant, pour qui sait bien regarder, dans les traits de leur visage et dans les formes de leur écriture...

A cette objection que « aucun matérialiste n'a encore démontré, par exemple, comment un œil a pu être formé par les seules forces mécaniques, physiques et chimiques, » M. Biichner répond : « Effectivement, cette démonstration impossible n'a été tentée par aucun naturaliste, » (il faut entendre ici matérialiste) (1 parce que nul d'entre eux ne tomberait jamais dans une méprise pareille. Le naturalisme prouve seulement, et cela jusqu'à l'évidence, qu'il n'y a d'autres forces dans la nature que les forces physiques et chimiques, et il en conclut naturellement que les organismes eux-mêmes doivent être engendrés et formés par ces forces (1). »

M. Herbert Spencer n'a-l-il pas ajouté à une phrase toute pareille les mots d'une manière ou d'une autre : Tout le matérialisme réside en cet éternel cercle vicieux bien plus ancien que Biichner et sans cesse réédité.

La pétition de principe est ici tellement naïve qu'on en demeure étonné. L'obscurité, une obscurité définitive, s'est faite dans l'esprit du philosophe allemand — dégoûté, à très juste titre, des « métaphysiciens » de son pays qui ne lui ont rien appris ni rien expliqué. — • Elle s'est faite autour de ce mot « forces » mal compris et mal défini.

A-t-il entendu ce mot dans le sens de causes ? Dans ce cas ce qu'il affirme est justement ce qui est à démontrer. Il aurait dû dire : Les forces dont il est question en physique et en chimie sont les seules causes ou conditions des mouvements dans la nature, des événements dans l'espace, et dans le temps, et tiotamment de l'apparition des êtres distincts, morphiques, évolutifs et vivants, végétaux ou animaux, et, dans ces êtres, de la sensation et de la pensée.

Je ne parle même pas, ici, de la claire intuition commençant à se dégager de l'ensemble des faits de la science, quant à l'unique Force ou Energie, dont les forces physiques et chimiques ne sont que des manifestations diversement rythmées. Je ne demande pas à l'auteur de s'élever à une telle intuition, ni même

(1) Préface de la 38 édition Darmstadt, 1835.

de l'admettre comme une induction scientifique légitime ou même probable, bien qu'elle ait à cet e'gard acquis droit de cité partout, souvent, il est vrai, mal exprimée. Accordons-lui « des forces physiques et chimiques » comme il les veut, comme il a pu les concevoir. Non seulement aucun naturaliste, pas plus que Bûchner, n'a pu démontrer qu'un œil se puisse former par €es forces, mais encore il n'a montré par le concours de ces forces la formation de quoi que ce soit. Accordons-lui la matière, structurée sans cause spéciale, et ayant ainsi naturellement toujours existé, et les forces physico-chimiques rythmées également d'elles-mêmes. Avec tout cela il sera tout aussi impuissant je ne dis pas à constater mais bien à concevoir la formation du plus simple des organismes. Il ne construirait même aucune théorie hypothétique — s'il savait construire des théories, ce qui n'appartient pas à tout le monde — nous permettant de comprendre même la possibilité d'une pareille formation.

En présence de ces impossibilités théoriques, il serait très « scientifique » et très sage de nous demander si ces formations, ces événements caractérisés par certaines evmorphies et certaines eurythmies n'auraient pas des causes toutes spéciales et très difi"érentes des « forces» concourant à nous erf.\À\queY la plupart des faits observés par les physiciens et par les chimistes.

Si Bûchner avait formulé sa pensée en ces termes clairs où je l'ai, plus haut, traduite, il ?e serait aperçu que dans sa proposition quelque chose, et précisément ce qu'il voulait dire, reste à démontrer, et que son affirmation demeure absolument sans preuve. Dès lors il ne serait pas tombé dans le très lourd et déjà très vieux paralogisme, seul fondement de toute sa doctrine, ou pour mieux dire seul prétexte à sa dialectique. Ce même paralogisme domine toute la pensée de quelques soi-disant ■évolutionnistes Darwiniens ; il se trouve à toutes les pages des livres de tous les matérialistes, et s'y pavane sans cesse avec la même immarcessible sérénité.

« Les espèces organiques... sont un produit moitié accidentel moitié nécessaire, de l'action lente, successive et inconnue des forces naturelles. «

Ainsi le Hasard (l'accidentel fortuit) et la Nécessité (le nécessaire fatal) pour parler par abstraction, créent toutes choses, mais par une action inconnue.

Si cette action vous est inconnue, de quel droit prétendezvous qu'elle est celle des « forces » que vous pensez connaître si bien, et que l'on connaît assez bien en effet, puisque la physique

et la chimie ramènent leur action à des conditions mécaniques et générales — idéales ou abstraites — bien discernées et connues, nommées lois, dont la certitude mathématique accorde entre eux les faits d'expérience et d'observation et en fait comprendre absolument les corrélations constantes, ce qui est proprement connaître quelque chose.

Il est un mot dont les matérialistes se font aisément une arme contre des adversaires faciles à vaincre, c'est le mot surnaturel. Je ne sais pas bien en quoi ce terme théologique a bien pu être utile aux anciens dogmatistes ses premiers inventeurs. 11 ne s'agit pas de ce qui serait hors de la nature ou au-dessvs de la nature; mais de ce qui est ou n'est pas dans la nature, assez^ vaste pour contenir bien des choses et assez difficile à déchiffrer, en son éternelle écriture, pour nous inspirer à l'égard de notre propre sagacité une salutaire défiance.

Il ne nous est même pas toujours facile de lire en nos propres pensées, sans quoi nous n'y laisserions pas germer et fleurir si aisément les non-sens et les sophismes.

L'idée de force — je l'ai déjà fait voir — est l'une des premières pierres d'achoppement de la doctrine matérialiste. Elle est confuse et mal délimitée chez tous les tenants de la secte, et particulièrement chez M. Biichner. Ce philosophe appelle en vain à son secours plusieurs de ses maîtres plus ou moins distinctement matérialistes comme lui : Moleschott, Duboys-Reymond, F. Mohr, Gotta, Drossbach, Mulder, (izolbe et autres auteurs illustres, parmi lesquels je me garderai d'oublier Vogt, et le savant anglais Bence Jones.

De toutes ces nombreuses citations, il résulte simplement une plus grande confusion d'idées. On se perd entre la force-réalité, la force- propriété, la force-état et la force-abstraction, et l'esprit du lecteur, comme celui de l'auteur, ne sait plus sur quelle conception s'arrêter.

J'ai suffisamment expliqué d'où vient cette confusion dans l'esprit des philosophes, matérialistes ou autres, confusion non encore facile à faire disparaître, puisque les distinctions nécessaires n'ont pu s'imposer que très récemment à l'esprit des savants (et encore !) puisque les mots servant à exprimer ces distinctions ne sont pas des mieux choisis ni des plus clairement expressifs. Il faut cependant fixer, ici, le sens des mots et les corrélations réelles des choses, et notamment discerner exactement le rôle que joue, en l'espèce, l'abstraction.

Il nous est impossible de concevoir la force (ou l'énergie)

autrement que par l'image en nous d'un mouvement, mais cette image d'u7i mouvement doit être exactement déterminée par l'étude, en ses conditions multiples.

îl nous est presque pareillement difficile de nous représenter la possibilité d'un corps sans structure et formé d'une masse continue ; cependant, avec de l'imagination, de grands géomètres ont représenté ainsi l'atome théorique dur et sphéroïde ou ovoïde indivisible, inerte et passif auquel je refuse absolument mon suffrage.

Un boulet de canon au repos, — modèle sphérique démodé — sur le sol, et relativement immobile, nous représente assez bien de la masse ou tme masse que nulle énergie ne transporte — je parle ici le langage très imagé du vulgaire. C'est de la matière sans force — relativement du moins à l'état où sera le boulet quand l'expansion de la poudre l'enverra de l'âme du canon vers le but lointain visé.

Ce n'est pas tout; la quantité d'énergie que son mouvement possible manifestera ainsi est essentiellement variable. Théoriquement elle va de zéro à l'infini.

Donc il n'y a aucune espèce de rapport entre une masse donnée et la quantité d'énergie pouvant se manifester par sa mise en mouvement. Cela est prouvé par toutes les expériences relatives à la transmission de l'énergie et par les théories qui en ont été faites.

Que reste-t-il donc du pas de matière sans force, pas de force sans matière ? Ces théories et ces expériences ne montrent-elles pas l'énergie et la masse comme distinctes (1) ?

Le^ idées de M. Biichner à cet égard ne diffèrent en rien de celles que j'ai combattues à propos des écrits plus récents, il est vrai, de M. Pioger et de ceux de M. Herbert Spencer, et ne se recommandent par aucune originalité perceptible. Je pourrais prouver (comme je l'ai déjà fait) que les philosophes de l'école matérialiste (ainsi nommée, ou à demi-voilée sous des noms

(1) Plusieurs savants, le P. Boscovitch, Faraday et quelques autres oat essayé de concevoir l'atome inerte comnae un point — sans dimensions — d'opposition entre des forces convergentes. Ces forces sans masses en mou~ vement ne sont point expérimentalement données, et notre esprit ne saurait absolument pas les concevoir, si ce n'est en tant que pures abstractions nécessaires en mécanique, mais n'ayant rien de commun avec l'entière réalité, ni davantage avec les images cérébrales que nous pouvons nous en former. Cette question de métaphysique pure est d'ordinaire très mal traitée par les métaphysiciens. Elle ne l'est pas mieux souvent par de très distingués savants peu aptes aux cogitations métaphysique»

divprs) sout généralement dépourvus du sens de précision et d'exactitude scientifique — je veux dire en dehors de leur littérale spécialité d'études lorsqu'ils ont étudié syiécialement quelque chose. M. Bûchner nous en fournira de nombreux exemples soit par ce qu'il écrit, soit par les citations dont il est coutumier. Une argumentation caractéristique (page 109), nous offrira, de cette façon de procéder, un nouveau cas à examiner:

«(( Le monde, dit le célèbre OErsted, est gouverné par une raison éternelle qui se manifeste dans les lois immuables de la nature. ))»

« Comprenne qui pourra comment une raison éternelle qui gouverne peut s'accorder avec les lois immuables 1 Ou ce sont ces lois immuables qui gouvernent, on c'est la raison éternelle. Dans le premier cas, il n'y a plus d'intervention personnelle possible et partant plus de gouvernement ; dans le second cas, au contraire, l'immutabilité des lois n'existe plus en réalité, puisqu'elle peut être troublée à chaque instant par la raison éternelle. Si enfin ces deux puissances gouvernent simultanément et que, par impossible, elles soient toujours en accord parfait, leur dualisme devient illusoire ou tout au moins superflu. »

Œrsted, fut un homme d'une haute valeur. L'un des premiers il soupçonna une corrélation entre les diverses forces de la nature. Cette idée, un peu vague d'abord, comme elle avait germé dans l'esprit des frères Montgolfier, amena peu à peu la science moderne à mieux comprendre l'activité inconsciente de la nature, la Force plus fréquemment nommée l'énergie par les savants d'aujourd'hui. On ne peut dire qu'il ait donné la mesure de son génie en cette phrase pompeuse et vide, comme on en trouve parfois dans les écrits des plus louables savants lorsqu'ils laissent trop volontiers parler le prosateur plus ou moins artiste qui est en eux. Contre de telles formules la critique est aisée. Mieux est presque toujours de passer outre. Le docteur Blichner triomphe donc là sans peine ; mais on ne trouve pas en son langage à lui, ni plus de précision ni plus de profondeur.

On peut croire découvrir parmi les nécessités conjuguées des choses, comme une image de notre raison humaine, lorsque, par une assimilation aux corrélations mathémathiques (expressions de toutes les nécessités), notre esprit en comprend les réciproques conditions. Il ne résulte pas de cela la personnalité de cette « raison éternelle » c'est même tout le contraire.

Hien n'est plus évidemment impersonnel que la nécessité, conçue soit dans les événements du monde (dans les cas où elle

est réellement aperçue, circonscrite et conçue), soit dans notre esprit, exprime'e en signes et en figures algébriques ou géométriques.

La question est tout autre ; et voici comme il la faut poser : La nécessité toute seule, en y adjoignant même le hasard comme le fait M. Biichner, suffit-elle à nous expliquer la nature telle que nous la voyons? Y a-t-il ou n'y a-t-il pas des causes créatrices, l'âme humaine par exemple et d'autres analogues, des puissances spontanées, libres, efficaces, capables de coordonner ce qui d'abord n'était pas coordonné, de lutter ainsi contre les conditions destructives provenant de ce fait général (très important à considérer et si méconnu d»;s philosophes) le hasard, produisant enfin du mouvement voulu et concordant, dirigé par une pensée dont les effets innombrables peuvent se réduire à deux modes généraux, le rythme et la forme?

Ces puissances considérons-les comme hypothèses théologiques. Elles seront, si vous voulez, les anciens dieux et déesses des polytbéismes anciens et actuels. Sont-elles contradictoires aux immuables lois? En aucune façon. Pour qu'une puissance quelconque, divine, humaine ou même animale manifeste et sa liberté, et son efficacité créatrice, il faut, préalablement donnée, la permanence absolue et inviolable de ces lois, sans lesquelles nous ne concevrions l'existence d'aucune forme, ni la propagation d'aucun rythme.

Cet exemple hypothétique n'est pas pour convaincre les matérialistes ; mais considérons l'homme, objet réel de notre observation constante ; il est incontestablement au même titre que ces dieux supposés, mais dans la sphère limitée qui lui est propre, créateur de formes et de rythmes ; saurait-il davantage non seulement créer, mais simplement agir {]) sans cette bienheureuse nécessité, limitant son action, mais la rendant possible, déterminant ou condittonnant ses œuvres sans en altérer l'originalité. La nécessité c'est le sol sur lequel nous marchons, c'est l'arme ou l'outil que nous tenons en main, c'est le toit et le mur qui nous abritent.

Pour bâtir le Temple d'Ephèse , la règle et le compas, l'équerre, le niveau, le fil à plomb sont nécessaires^ ils représentent ces lois immuables ; mais ce n'est pas de ces lois seules que dépendent les dispositions choisies et ordonnées en jjMe d'une utilité quelconque, et encore moins la beauté de l'édifice. Ces

(1) Agir, dans le vrai sens du mot, c'est aussi créer.

arrangements voulus, cette beauté sont le plus essentiel de la création opérée par l'homme. Celte création ne bouleverse en rien l'ordre général de la nature et s'y adapte au contraire parfaitement, sous peine de ne pas avoir lieu, de n'être ni concevable ni possible; et en quoi est-elle jamais opposée aux lois inviolables?

Les matérialistes pensent — et pour cette rai?on on les nomme et ils se nomment ainsi — que la force et la matière, et la nécessité et le hasard, ce que l'on nommait autrefois en bloc la matière^ en un mot les conditions mécaniques des chose?, suffisent à leur faire concevoir toutes les coordinations naturelles. En cela ils se vantent de ce dont ils sont radicalement incapables. Ils prétendent ramener l'animal ou l'homme tout entier à n'être littéralement qu'une machine compliquée, En cela ils parlent hardiment au delà de leur expérience et en dehors des théories mécaniques dont leur esprit peut se former une claire et distincte image. Phidias est, pour eux, une machine à produire de « belles » formes, Homère, une usine vivante d'où sortent des poèmes, à peu près comme les caractères d'imprimerie sortent des machines dites automatiques que leur inventeur a chargé de les fabriquer. Entre le moulage d'une lettre en métal et l'Iliade, il n'y a, pour eux, qu'une différence du moins au plus, à l'immensément plus si vous les poussez. Là est le nœud résistant de leur aberration opiniâtre. Ils essaient de s'expliquer le complexe par les analogies lointaines qu'il pourrait avoir avec le relativement simple, méthode certaine pour aboutir à l'erreur, car du polype bien étudié, du singe même parfaitement compris (dans la mesure du possible) on ne saurait absolument p;is et par aucun moyen concevable conclure I'homme, ni de tel homme, tel autre. Donc leur philosophie est formellement anti-scientifique.

Essayons de nous rendre plus exactement compte de ce qu'est la force et la matière (l'énergie et la masse) et de ce que sont leurs véritables rapports. Posons d'abord ce que l'expérience nous donne :

Une masse quelconque en mouvement, et rien de plus.

Cette masse, et cela importe peu, sera un corps structuré c'est-à-dire ce que nous appelons un corps dans le langage ordinaire ou même en physique. Pour en parler brièvement, j'emploie en ma formule nécessairement abstraite, le mot abstrait de masse.

Mais si je considère une vraie masse, ou un vrai corps, et si je communique du mouvement à ce corps, à cette masse, si je

prends une bille, par exemple, si je la pose d'abord sur le sol où elle demeure (relativement) immobile, et si, du bout d'un bâton, je la cboque en un point de sa surface, elle entre en mouvement, elle est lance'e, et va se perdre au loin dans un tas de sable. J'ai là un fait concret, dont tous les éléments sont également concrets : bille, bâton, sol, tas de sable et trajectoire. Si j'abstraits l'un de ces éléments pour en parler, il faut bien le faire par un mot (signe abstrait) le rappelant à notre souvenir sans le séparer complètement des autres éléments en même temps rappelés par l'association d'images formant la représentation entière du fait.

Un n'aura donc pas à me reprocher de travailler en cela sur des « abstractions pures. »

J'ai l'air, en ce discours, de mettre sur les i des points démesurés. Ils sont tout à fait nécessaires en certaines questions très simples en elles-mêmes, et où de perlides et subtiles erreurs tendent sans trêve à se glisser.

Je puis donc me permettre de dire :

« Une masse quelconque en mouvement ».

En cette expression abstraite, réduite (1) du fait concret pris pour exemple, je puis discerner deux abstractions très nettes : 1° La masse.

2° Le mouvement.

Pour avoir la valeur différentielle de ces deux termes, il la faut demander à l'expérience et non à des spéculations de la raison pure. Leur déflnition est assez bien donnée dans les traités de physique. Pour la masse on sait comment elle se déduit du poids en un lieu donné. Le mouvement peut être défini « un changement continu de rapports dans l'espace. »

Mais, si j'étudie ce mouvement, si je l'analyse, si j'en considère les diverses conditions, je me vois contraint de circonscrire et de discerner un grand nombre de relations que d''abord je n'y avais pas aperçues. C'est la fonction de la science nommée mécanique. Ces diverses conditions, elles-mêmes, ne m'apparaî- Iront qu'en des expériences comparatives sur divers cas du mouvement, c'est la fonction de la mécanique physique.

Des exemples typiques seraient ici utiles pour bien concevoir les faits généraux, pour bien en départir les corrélations. Les

(1) Elle a surtout l'avantage d'éliminer du fait concret une foule de conditions n'ayant rien à faire dans l'étude actuelle, l'élasticité de la bille, son poids, l'intensité du choc, le choc lui-même, l'efTet de la pesanteur sur les formes de la trajectoire, etc.

limites naturelles du présent travail ne me permettent pas de les

y faire entrer. Ils se trouvent en de nombreux traités auxquels

je renvoie le lecteur insuffisamment renseigné, s'il ne préfère se

les faire exposer verbalement et surtout expliquer par quelque

bon géomètre. Et c'est précisément ce que M. Biichner aurait dû

faire avant de prendre la plume ou tout au moins en corrigeant

les épreuves de ses dernières éditions.

Les géomètres en effet savent tous qu'il a fallu considérer

comme termes spéciaux ou déterminer par des théorèmes la

Mu masse M, la vitesse V, l'accélération j, la force Mj ou tj^, la

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