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LA THÉRAPEUTIQUE DEPUIS CINQUANTE ANS

Mais, pour faire de la bonne thérapeutique, il faut faire d'abord de la bonne clinique. Aussi notre enseignement ne sera-t-il pas exclusif; et aux leçons de clinique thérapeutique que j'aurai l'honneur de vous faire viendront se joindre des leçons de scméiologie, que MM. Sapelier et Legendre vous feront tous les vendredis ; et enfin des leçons de physique et de chimie médicales professées par mon chef de laboratoire, M. le docteur Bardet; et j'espère que vous tirerez tous profit de cet enseignement multiple et complexe.

Je veux aujourd'hui consacrer cette première conférence aux grandes découvertes de la thérapeutique depuis cinquante ans. découvertes Vos oreilles doivent être, en effet, rebattues de cette phrase ihérapeuiique banale : La médecine ne fait pas de progrès, et la cure des ma- cinquante ans. ladies en est encore au point où l'a laissée le père de la médecine. D'autres, plus consciencieux, veulent bien admettre que certaines branches de l'art de guérir ont fait quelques nouvelles acquisitions , la chirurgie, l'anatomie pathologique trouvent grâce à leurs yeux. Quant à la thérapeutique, elle est restée absolument en arrière et n'a pas suivi dans la marche du progrès ses sœurs, les autres parties de la médecine.

Ces affirmations, vous les trouverez non seulement soutenues par les gens du monde, mais encore par des médecins ; et elles ont trouvé un tel crédit parmi les personnes les plus autorisées que tout ce qui a trait à la thérapeutique est l'objet d'un dédain injustifié, et que l'on en est venu à considérer cette thérapeutique, qui doit être le but unique et suprême de la médecine, comme la partie la plus accessoire, la plus inutile de toutes les sciences médicales.

C'est contre ce dédain, je dirai même ce mépris, que je veux m'élever aujourd'hui, en vous montrant que la thérapeutique a progressé, et il me suffira, à cet égard, de vous résumer brièvement les grandes acquisitions qu'elle a faites depuis cinquante ans, pour vous montrer, messieurs, qu'elle n'a rien à envier à ses rivales.

Soulager la douleur est une œuvre divine, a dit Hippocrate ; vous ne serez donc pas étonnés que c'est dans le but de combattre les phénomènes douloureux que la thérapeutique a fait le plus d'efforts, efforts qui ont été couronnés de succès, puisque le médecin est arrivé à supprimer complètement ces symptômes douloureux, et je dois, à cet égard, vous parler des trois grandes

4 l'UEMIÈIlE CONFÉRENCE.

(Iccouvcrtes : rancslliésic, l'applicalioii du clilorul, la pralique des injections sous-cutanées, l'anesuîésic. ^'"^ première, entre toutes, de ces découvertes, est celle de l'ancsthésie ; je n'en connais pas de plus admirable, de plus utile ; et, par le seul fait de cette découverte, la thérapeutique, à mon sens, a dépassé toutes les autres sciences médicales. Que deviendrait la chirurgie si cette anesthésie n'existait pas ? Que seraient ces remarquables opérations sur l'abdomen sans le sommeil chloroformique ? Aussi Figuier a-t-il eu raison de placer l'ancsthésie parmi les merveilles de la science, et au même titre que l'électricité, la vapeur, etc.

EUiérisaiioii. C'cst le 1'"' Septembre 1846 qu'eut lieu à Boston l'entrevue du docteur Jakson et du dentiste William Morton qui devait décider du sort de l'ancsthésie. Ce dernier venait réclamer à Jakson un moyen pour extraire sans douleur une dent à une malade craintive. Depuis quatre ans, Jakson expérimentait l'éthcr et en avait observé les eflPets anestliésiques ; il avait été guidé dans cette étude par les premières recherches d'IIumphry Davy sur le protoxyde d'azote, et, croyant l'occasion favorable, il proposa à Morton d'employer chez sa malade les inhalations d'éther. Morton ignorait absolument ce qu'était l'éthcr, et Jakson dut lui remettre un flacon de ce liquide.

Le soir même, rentré chez lui, Morton inhala cet éther, et constata que, pendant sept minutes, il avait perdu absolument la sensibilité de la peau. Le lendemain, sans perdre un inslant, il tente une première expérience chez un malade dont la science a gardé le nom, le sieur Heben Frost ; il lui fait respirer de l'éther et, grâce à l'ancsthésie ainsi produite, il lui extirpe une dent sans douleur.

Un mois après, le 14 octobre 1846, le docteur Warren pratiquait, à l'hôpital de Boston, l'ablation d'une tumeur volumineuse du cou, sur un malade anesthésié par Morton au moyen d'un appareil inhalateur construit par le docteur Guld ; le malade n'éprouva aucuue douleur. L'ancsthésie chirurgicale était découverte. Mais Morton, oublieux des premières indications fournies par Jakson, ne le convoqua pas à cette séance décisive.

Deux mois après, le 22 décembre 1846, Jobcrt de Lamballc faisait à l'hôpital Saint-Louis la première application de l'éthérisation en France.

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