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DES INDICATIONS DE LA MÉDICATION ANTITHERMIQUE

Messieurs,

Dans la leçon précédente, je vous ai exposé l'histoire des nou- Des dangers veaux agents antithermiques, je veux aujourd'hui compléter ce rhyperthermie sujet en vous montrant quels services peut rendre au médecin ce groupe de médicaments.

La fièvre, avons-nous dit, est caractérisée par une augmentation du pouls et de la température, et nous avons attribué l'un et l'autre de ces phénomènes à l'augmentation des combustions de l'économie. Cette hyperthermie présente-t-elle des dangers et est-il nécessaire de s'elTorcer de ramener la température trop élevée à un chiffre moindre ?

~ Tout d'abord, reconnaissons qu'abaisser la température et combattre l'hyperthermie n'est pas détruire la fièvre ni surtout la cause première qui l'a engendrée. Abaisser la tem})éralure d'un homme atteint de pneumonie, n'est pas guérir la pneumonie. Faire évoluer une fièvre typhoïde de telle sorte que sa température ne s'élève jamais au-dessus de 38 degrés, et ramener sa courbe thermique à une ligne horizontale, ce qui nous est possible aujourd'hui, grâce à ces médicaments antithermiques, n'est pas guérir cette fièvre typhoïde, et ceci est tellement vrai que par l'emploi de la médication antithermique, nous ne diminuons ni d'un jour ni d'une heure la durée de cette maladie. La médication antithermique ne s'adresse donc qu'à un des éléments de la fièvre, f

Je partage absolument les idées, à cet égard, démon collègue et ami le docteur Huchard, qui a dit qu'en clinique il ne devait pas y avoir de médicaments antithermiques, mais des médicaments antihyperthermiques, voulant affirmer par ces mots, que

c'est seulement contre l'élévation trop grande de la température et non pas contre la fièvre et la cause qui a déterminé cette fièvre que l'on doit user des médicaments, dont je vous ai tracé l'histoire.

L'hyperLhermie par elle-même a donc des dangers? Ici, on a invoqué pour mettre en évidence ces dangers de l'hypertliermie, trois ordres de preuves : les unes puisées dans l'observation de la fièvre elle-même, les autres dans l'anatomie pathologique, d'autres enfin tirées entièrement de l'expérimentation. Preuves Pour les premières de ces preuves, l'Ecole allemande a sou-

chimiques. , . , .

tenu que c était à l'élévation de la température que l'on devait l'augmentation du pouls et la fréquence de la respiration d'une part, et de l'autre l'aggravation dans les symptômes généraux et délirants ; qu'en un mot, tous les symptômes graves delà maladie résultaient du seul fait de l'hyperthermie. Pour donner une preuve plus certaine de ce fait, les médecins allemands ont soutenu qu'il suffisait d'abaisser la température pour faire disparaître tous ces symptômes graves. Il y a là, il faut le reconnaître, une exagération évidente, et il me paraît difficile en clinique de séparer ainsi l'hyperthermie des autres symptômes graves qui l'accompagnent. Tous ces phénomènes constituent un syndrome complexe qui affirme la gravité de la maladie, et si l'état des forces s'affaiblit, s'il survient des manifestations délirantes, ce n'est pas seulement parce que la température s'élève, mais parce que l'état général s'aggrave.

Voici une pneumonie infectieuse, vous pouvez abaisser artificiellement sa température, mais vous ne diminuerez pas pour cela la gravité de la maladie, et le malade pourra succomber avec une température presque normale. Voyez ce qui se passe pour la fièvre typhoïde : voilà des malades qui supportent admi^ rablement leur maladie avec des températures élevées de 40 degrés et au delà, et cela sans délire ; d'autres, au contraire, présentent un état ataxo-adynamique des plus graves avec dépression des forces, malgré une température cependant peu élevée.

Lorsque même nous intervenons avec nos médicaments antithermiques, nous abaissons, il est vrai, notre température, mais ne combattant qu'un élément delà maladie, nous ne faisons pas disparaître cette dernière, qui, selon les cas, reste grave ou bénigne. Je sais bien qu'en parlant ainsi, je m'élève contre une hypothèse faite par Brand et par son école, hypothèse qui

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veut qu'en employant la méthode des bains froids, dès le début de la dotliiénentérie, on ramène toutes les formes de la fièvre typhoïde à un même type bénin. Maintenant que nous possédons l'antipyrine, bien autrement puissante que les bains froids pour abaisser la température, nous verrons bien si le dire du médecin de Stettin est exact, mais ce que je puis vous affirmer par les quelques faits de fièvre typhoïde que j'ai déjà soigne's par l'antipyrine, c'est que, tout en abaissant la température, le médicament n'a aucune influence sur la marche de la maladie.

Ainsi donc, au point de vue chnique, l'hyperthermie n'est pas le seul élément de la fièvre, et ce n'est pas elle qui tient sous sa dépendance les autres symptômes graves qui se développent. Voyons maintenant si les preuves anatomo-pathologiques sont plus convaincantes.

Liebermeister, ainsi que son école, a prétendu que l'hyperther- Preuves mie fébrile entraînait des lésions graves dans l'économie qui por- pathologiques, tu'^nt sur le foie, les reins, et, en particulier, sur le cœur et les muscles ; ces dernières lésions, comme vous le savez, présentent une haute importance. On a, en effet, considéré ces altérations curieuses décrites par Zenk, qui atteignent surtout les muscles respiratoires et le muscle cardiaque comme étant une cause de mort chez nos typhiques, mais sont-elles bien le fait des températures élevées? S'il en était ainsi, on comprend l'importance d'intervenir activement contre cette élévation de température ; malheureusement, il n'y a rien de démontré à cet égard.

Le professeur Hayem (i), dans ses belles recherches sur les myosites symptomatiques, a montré que c'était surtout dans les maladies infectieuses fébriles que se développaient ces troubles profonds de la nutrition des fibres musculaires, et que, dans ces modifications anatomiques, l'empoisonnement général de l'économie, joue un rôle plus considérable que l'hyperthermie. On peut, je crois, aller plus loin aujourd'hui, et dire que les proto-organismes, bactéridiens ou autres, qui constituent l'essence même de ces maladies, doivent être \» cause efficiente principale de ces myosites symptomatiques.

Valhn nous a d'ailleurs montré par une preuve directe que,

(1) Hayem, Etude swr les myosites symptomatiques (Arch. de pliys., Paris, 1870).

chez un individu atteint de fièvre typhoïde à forme apyrétique, et dont la température n'avait pas dépassé 37°, 6, il existait une dégénérescence vitreuse très étendue, avec ruptures et hémorrhagies des muscles de l'abdomen et de la cuisse, mettant ainsi en évidence qu'il y avait des fièvres typhoïdes graves presque apyrétiques. Gomme vous le voyez, les preuves anatomiques ne sont pas plus démonstratives que les preuves cliniques ; examinons les preuves physiologiques. Ces dernières paraissent à première vue plus convaincantes.

Preuves Lcs physiologistes ont démontré que, si l'on tend à élever ^''TaTeT.'^'^' ai'tificiellement la température d'un animal, la mort survient lorsque la température dépasse de 4 à 5 degrés le chiffre normal. Claude Bernard (1), dans ses célèbres expériences faites sur différents animaux, a montré q,ue, par exemple, la mort chez l'oiseau arrivait lorsque la température atteint 48 à 50 degrés ; chez les mammifères entre 38 et 40 degrés ; enfin chez les animaux à sang froid entre 37 et 40 degrés. La scène toxique est presque toujours la même chez tous ces animaux, c'est-à-dire que l'on voit la circulation et la respiration s'accélérer, des convulsions survenir, et l'animal mourir subitement en jetant un cri.

Valhn, qui a surtout étudié expérimentalement les j)hénomènes de l'insolation, a divisé en trois périodes cette scène toxique ; dans la première, il y a accélération de la circulation et de la respiration ; dans la seconde période, la respiration tend, au contraire, à diminuer, elle devient suspirieuse, mais il y a de la prostration ; enfin la troisième période est caractérisée par des convulsions, du coma et la mort.

Les lésions cadavériques chez les animaux qui ont succombé ainsi à l'augmentation artificielle de la chaleur sont caractérisées surtout par l'apparition de la rigidité cadavérique qui survient très rapidement, par la perte de l'excitabilité électrique de tous les muscles de l'économie, et enfin par l'altération du sang, qui devient noir et perd presque complètement l'oxygène qu'il contient.

Tels sont les résultats de l'expérimentation ; peuvent-ils s'apphquer complètement à l'homme ? Je ne le pense pas : il y a une très grande différence, en effet, entre le fébricitant qui augmente

(1) Claude Bernard, Influence de la chaleur sur les animaux [Revue des cours scientifiques, 1871, p. 134).

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satempératurcî par l'accélération des combustions de l'économie et l'animal dont on élève artificiellement la température. Rappelezvous ce que je vous ai dit, dans une récente conférence, à propos des théories de la fièvre, sur la régulation de la température. Liebermcister nous a bien montré que l'essence même du processus fébrile était de régler la température du corps à un chiffre plus élevé que la normale ; rien ne se passe de semblable dans l'expérimentation sur les animaux, et comme l'a dit fort spirituellement et peut-être un peu trop vivement notre collègue Peter, à l'Académie, Claude Bernard, en faisant sa célèbre expérience sur les pigeons, n'a pas fait de la physiologie expérimentale, mais bien de la cuisine, puisqu'il cuit son pigeon à l'étouffée. Il ne faut donc pas, je le répète, tirer de ces expériences des conclusions applicables au processus fébrile, et il faut, comme l'a fait d'ailleurs Vallin, les appliquer exclusivement à la théorie de l'insolation ou du coup de chaleur.

Vvus voyez donc que si l'hyperthermie est un symptôme grave dans le cours des affections fébriles, ce serait une erreur de croire qu'en ramenant la température à la normale on ferait disparaître tous les symptômes inquiétants qui se produisent. Mais cependant cette hyperthermie doit appeler notre attention comme tous les autres symptômes accompagnant le processus fébrile, et de même que nous combattons le délire, que nous relevons l'état général des forces, il est de notre devoir, lorsque la température dépasse certain niveau, de la ramener à un chiffre inférieur, et, prise dans cette acception, la médication antithermique, doit prendre place à côté des médications calmantes, toniques, etc., que nous mettons en usage dans le traitement des pyrexics.

Dans ces termes restreints, les différentes fièvres ne répondent pas de môme aux différents médicaments antithermiques, et c'est là encore un des points les plus intéressants de l'histoire de cette médication, de telle sorte, que quatre individus ayant une température égale de 40 degrés, et qui par l'inspection seule de la température auraient une fi^/re identique, mais qui seraient atteints, l'un de fièvre intermittente, l'autre d'un rhumatisme articulaire aigu, le troisième de la fièvre hectique des tuberculeux, le dernier d'une fièvre typhoïde ne ressentiront pas également les mêmes effets des mêmes antithermiques.

Pour le premier cas, c'est le sulfate de quinine qui agirait le

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