‹ Les nouvellistesChapitre 105 sur 139 · Bibl. de l'Arsenal, Archives de /" Bastille ms · texte numérisé non relu

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Yerdais donne un curieux aperçu de son état d'Ame dans une lettre adressée au « magistrat » le il octobre 1726 : « Je ne me suis pas signalé jusqu'ici, dit-il, mais c'est faute d'occasions ». Du moins la vérité lui a-t-elle toujours « commandé ». S'il n'a pas accompli plus de « prouesses », c'est faute de plus forts émoluments. Et il est essentiel que Sa Grandeur le lieutenant de police n'en ignore, car sa charge, « importante , quoique pénible, exige qu'Elle soit informée de tout ce qui se passe dans son district ». « Mon métier est bien délicat, poursuit Yerdais, il attaque incessamment la vie et l'honneur. » Il est vrai qu'il y a remède. On l'imagine. « Plus un honnête homme a d'appointements, plus il doit vous éclater (sic). » Mais lui, Verdais, ne s'est pas encore trouvé dans le cas d'éclater. Il a toujours été très borné (au point de vue des appointements bien entendu). Il y a mis du sien « en vérité », et en toutes circonstances. Aussi supplie-t-il respectueusement Sa Grandeur le lieutenant de police de croire que ce n'est pas par dédain qu'il n'accepte pas son dernier ordonnancement de 00 livres. Il lui est dû deux mois et demi de ses appointements, et il proteste qu'il ne peut remplir « rigidement et fructueusement » son emploi qu'à raison de 300 livres par mois. « Les voyages, dit-il, les repas de prix à trente, quarante et cinquante sous chacun, chez les plus fameux traiteurs où tombent les gens de marque, font l'objet de mon supplicatif. » Yerdais ose d'ailleurs représenter à Sa Grandeur que, pour parler ainsi, il n'est pas guidé par un esprit de lucre, mais par l'expérience d'un homme « versé, connaisseur, vrai et entendu dans son métier ». « S'il n'a point ces appointements, il y blanchira sans faire

aucun progrès. » « Je dis plus, ajoute-t-il, c'est que je supporterai la dépense journalière et remettrai «le mes appointements, n'ayant pas été colloques. » Ici nous ne comprenons plus 1res bien. Verdais s'est d'ailleurs toujours distingué dans les emplois qu'il a plu à la Providence de lui confier. Quand il était dans les aides, il a porté son département à 9000 livres par mois, alors que jusquedà il n'avait jamais monté qu'à 18 et 1900.

Verdais conclut : « Et je dis que, dans mon poste, Votre Grandeur ne doit admettre qui que ce soit que bien revêtu de la religion catholique, apostolique et romaine, de certificats de ses vie et mœurs depuis l'âge de sept ans. J'ai puisé cette maxime d'un parfaitement honnête homme qui exerce comme moi ce métier; et je l'ai vu pleurer les iniquités, impostures et mensonges que faisaient ses confrères * ».

Que si cette démonstration ne réussit pas à convaincre le magistrat, c'est qu'il devait être terriblement... borné; mais d'un autre côté que celui des appointements.

Le lieutenant de police ne se mettait pas moins en retard avec ses meilleurs agents. Et parmi eux il nous faut compter l'inspecteur Bazin, ce serviteur actif et loyal, qui travailla si longtemps pour la police, comme en témoignent ses nombreux rapports, si pittoresques et si précis, notamment sur les spectacles. Le 2 mai 1729. il en est réduit à écrire à son chef :

« La part que vous avez paru prendre à ma maladie ne contribue pas peu à mon rétablissement. C'est cette attention si flatteuse pour moi qui me fait

1. Bibl. de l'Arsenal. Archites de la /instille, ms. 10156, 1. 397.

espérer que vous voudrez bien avoir la bonté de me signer un mandement à compte sur les six mois qui me sont dus pour le travail des « itinéraires », étant dans un besoin que je ne rougis pas de vous avouer ». Hérault fut cette fois attendri et lâcha 200 livres.

La police, elle aussi, a ses nouvellistes de cour; gentilshommes, que nous ne connaissons plus que par leur initiales : « Bulletins de M. de la Gr... », lisons-nous sur certains de ces rapports conservés dans les archives de la police. Les rédacteurs de ces historiettes, plus ou moins scandaleuses, ont à Versailles leurs grandes et leurs petites entrées. Ils font causer les valets de chambre et reçoivent les confidences des gens de qualité. On se trouve ici en présence de mondains, qui ont le sens de la politique et la clef des intrigues de boudoir. De ci, delà, des observations pénétrantes, judicieuses, des pronostics, qui seront confirmés dans la suite parles événements.

Cependant voici un nom : M. de la Marque. Il s'agit d'un gentilhomme qui renseigne le lieutenant de police sur ce qui se dit à la Cour durant le séjour du roi à Fontainebleau. Le bulletin suivant, du 1er novembre 1725, peut donner une idée des autres :

« J'ai passé la journée avec M. le comte de Langeron et la Labatte, comédienne française, qui est sa maîtresse. Le vendredi, jour des morts, j'ai été le matin chez M. le comte de Saxe. Il m'a dit qu'il partait dans quelques jours pour aller en Pologne où est le roi son père. Il a parlé longtemps avec une nommée Mme Routier, qui est la première danseuse du roi de Pologne et, avant le mariage du prince électoral de Saxe, était sa maîtresse. Elle lui a dit que la santé

du roi s'affaiblissait tous les jours, qu'il devenait très incommodé et que, malgré cela, il ne se conserve pas du tout et veut faire comme il a toujours fait; que le pays appréhende sa mort; qu'il n'était allé en Pologne que pour y remettre les esprits et qu'à cause des petits troubles qu'il y a eu entre les pairs de ce pays. Le samedi j'ai diné avec cette dame Routier et soupe chez la Binet, maîtresse de mon frère. Le public est fort tranquille et ne dit rien de nouveau. On est assez content. Il ne manque que de l'argent. »

Un autre de ces nouvellistes mondains, à la solde de la police, est reçu par l'aîné des frères Paris, les grands financiers. Le traitant était encore au lit, et, de son lit, il consent une interview, mais que le reporter officieux ne peut pousser à fond, « à cause dune dame qu'il y avait dans la chambre ' ».

Aux heures où la France est en guerre avec l'étranger, l'activité de nos policiers nouvellistes redouble. lisse mêlent plus fiévreusement que jamais aux groupes qui circulent dans les promenades, aux « raisonneurs » attablés dans les cafés. On sait, par Donneau de Vizé, que souvent les nouvelles des armées n'étaient pas encore parvenues à Versailles, qu'elles étaient déjà connues dans ces milieux. Nos agents y surveillent aussi des personnages suspects; ils y filent ceux qu'on appelle au xvme siècle les « autrichiens », ceux qui prennent fait et cause pour Marie-Thérèse contre la France. Le lieutenant de police et le ministre de Paris reçoivent des bulletins comme le suivant, qui émane du trop fameux chevalier de Mouhy : « 1er août 1743. Le sieur Carpas,

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