‹ Les nouvellistesChapitre 108 sur 139 · Nouvelles nouvelle», II · texte numérisé non relu

Nouvelles nouvelle», II

-.'. Bibl. de l'Arsenal, Archives de la Bastille, ms. 10155, f. 35.

cites. La France luttait contre l'Angleterre avec l'alliance de l'Espagne. Le 3 janvier 1747, le marquis d'Argenson, ministre des Affaires étrangères, écrivait au lieutenant de police, pour lui mander que le duc d'Huescar, ambassadeur de Ferdinand VI, s'était présenté chez lui, fort ému des rumeurs circulant dans Paris et grossissant à vue d'ceil, sur la prétendue défection de l'Espagne à l'égard de la France. La démarche du ministre espagnol suffirait déjà à démontrer l'importance que chacun attribuait à ces mouvements de l'opinion. D'ailleurs Argcnson ajoute : « Ce que je vous confie là est de grande conséquence pour les affaires ». Bref, il demande que, non seulement le lieutenant de police étouffe les faux bruits « par les ressorts qu'il a en main », « mais encore qu'il s'efforce d'en faire courir de contraires ». « Il faudrait, ajoute Argenson, avoir dans les lieux publics des gens qui avançassent et qui soutinssent que l'union et le concert des deux couronnes sont bien établis, qu'ils ne l'ont jamais été davantage, qu'ils fissent l'éloge du roi Ferdinand et de son ministère !. » Le lieutenant de police, Feydeau de Marville, répond immédiatement : -

« Monsieur,

o A la réception de votre lettre, j'ai pris des mesures conformes à vos intentions; et j'espère qu'avant deux jours elles produiront du moins en partie l'effet que vous désirez; mais, si on joignait aux discours une espèce de petite relation ou exposition des faits et

1. JJibl. do L'Arsenal, Archives <!.■ h, /instille, ras. 10293.

l'opinion publique. 267

qu'on la répandit sans affectation dans le public, peutêtre en résulterait-il un plus grand bien '. »

Car les nouvellistes parisiens ne se payaient pas de vains discours. Ils ne demandaient pas mieux que d'ajouter foi à la sincérité de la cour d'Espagne; encore leur fallait-il des faits probants.

Et voici la curieuse note que d'Argenson retourne à Manille, pour servir de canevas aux « discours » des nouvellistes policiers :

« Ce sont choses très secrètes, comme vous jugez bien, Monsieur, mais voici cependant les principaux faits :

« Le roi d'Espagne n'a entendu parler d'aucune proposition de nos ennemis pour la paix. S'il lui en parvenait, il les communiquerait d'abord à Sa Majesté. — On recrute les troupes en Espagne avec plus de vivacité qu'on n'a jamais fait. On les augmente de 25000 hommes. — Ordres nouveaux envoyés à M. de Lamina (qui commandait les troupes espagnoles en Provence) de profiter des révolutions de Gènes, et de marcher aux ennemis avec M. de Belle-Isle. Le roi d'Espagne a écrit au roi pour complimenter Sa Majesté sur le mariage de M. le Dauphin avec la princesse de Saxe. 2 »

Déjà il semble voir les Yerdais et les Lestang, et autres agents du nouvellisme officieux, courir aux Tuileries et au Palais-Royal, ou s'attabler au café Procope, au café Gradat, pour y semer avec mystère, parmi des auditeurs attentifs qui font cercle autour d'eux, ces informations secrètes et toutes fraîches,

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