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La Bruyère, Du Souverain ri de lu République

■2. Lettres de Chapelain, 6d. Tamizej de Larroque (1886, in-4), I, 198.

En 1690, Du Camp d'Orgas trace avec plus de détails le même croquis que La Bruyère :

Du temps qu'un général, dans nos jours si fameux, Contre les Allemands n'eut pas un sort heureux. La Croixmar, accable d'une douleur mortelle, Fit voir ;'i tout Paris la grandeur de son zèle. Dans le Palais-Royal, s'étant mis à l'écart, Sur cet événement il méditait fort tard. D'attendre si longtemps sa femme impatiente. Pour le faire venir détache sa servante. A peine eut-elle dit : « On attend après vous »; Qu'un zèle sans égal alluma son courroux : « Quoi, dit-il, est-ce ainsi que ma femme me traite? M'inviter à dîner après une défaite! »

Rentré chez lui, et devant l'insistance des siens à le faire manger, notre patriote renverse les plats sur la table; et c'est à grand'peine si les voisins, accourus à ce fracas, sauvent du massacre les glaces et les porcelaines.

Le même type va nous être présenté par les écrivains du milieu du xvnr' siècle : mais, entre eux et leurs prédécesseurs, apparaîtra une différence capitale "au point de vue du mouvement des idées. La Bruyère et Du Camp d'Orgas font de leurs « cocardiers » des types ridicules. Chapelain « avoue » sa « faiblesse ». C'est que, de leur temps, ces sentiments commençaient seulement à s'éveiller. Dans la comédie le Nouvelliste de d'Ardène, qui date de 1743, le patriotisme devient au contraire la caractéristique de nos « politiques ». On en jugera par l'idéal que s'en fait Argan :

Qu'un nouvelliste soit un homme raisonnable, Tranquille, impartial, de bonne foi, traitable, Ami de la patrie....

Nos compagnons ne sont plus seulement des curieux : ce sont encore des citoyens qui désirent

passionnément le bien de leur pays; ils sont nouvellistes parce que patriotes.

Tel Jean-Jacques Rousseau . « J'étais Français ardent, écrit-il dans ses Confessions: et cela me rendit nouvelliste. J'allais avec la foule des gobe-mouches attendre sur la place (à Chambéry) l'arrivée des courriers. »

Aussitôt qu'on vous voit, on juge à votre mine Comment l'État se porte...

dit encore l'un des personnages mis en scène par d'Ardène, au héros de la pièce. Celui-ci, Dorifile, déclare que les noces de sa fille ne se feront pas, tant que la guerre entreprise ne sera pas terminée.

ARGAN (à son frère).

Ah! que dites-vous là? portez de bonne foi.

DORIFILE.

Je dis ce que je pense et fais ce que je dois.

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