‹ Les nouvellistesChapitre 113 sur 139 · ARGAN · texte numérisé non relu

ARGAN

L'État se calmera : songez à votre fille.

DORIFILE.

L'État m'est aussi cher que ma propre famille.

Ce sont déjà les sentiments des hommes de la Révolution.

Ce zèle ardent pour le bien de leur pays retirait parfois à nos héros la clairvoyance nécessaire à la critique des nouvelles qu'ils répandaient. Ils avaient trop de peine à constater un revers; si bien qu'ils en arrivaient, et de bonne foi, à diminuer de moitié les perles qu'éprouvaient les armées françaises. Et les Prussiens, pendant la guerre de Sept Ans, avaient coutume de dire, que les nouvellistes parisiens comptaient leurs compatriotes pour des demi-hommes

et leurs ennemis pour deux ou trois hommes entiers '.

Notons un second point. Le confrère que, dès le milieu du xvnr siècle, on désigne parmi les nouvellistes sons le terme de • patriote », n'est pns seulement l'homme que nous appellerions aujourd'hui « un chauvin » : il l'est, sans doute; mais en outre il est le citoyen qui prend à cœur les intérêts généraux du pays, en rejetant dans le passé les constitutions locales, coutumes et franchises, par lesquelles la France se gouvernait sous l'ancien régime.

Voici la remarquable définition du patriote que donnent, en 1784, les rédacteurs des Mémoires secrets de la République des lettres, rédigés comme on sait par un groupe de nouvellistes :

« Les Patriotes remontent à la source des lois et de la constitution des gouvernements, ils démontrent les obligations réciproques des sujets et des souverains, approfondissent l'histoire et ses mouvements, et fixent les grands principes de l'administration. »

Dans son étude sur les nouvellistes en 1708, l'abbé Pic écrivait : « Le bien public doit toujours l'emporter sur le particulier ». A mesure que ce sentiment se développera , les nouvellistes augmenteront, en nombre et en activité, leur action s'étendra; et, de ce fait même, le besoin d'unité nationale, qui sera le ressort du mouvement révolutionnaire, se fera plus fortement sentir.

On trouve dans les Mémoires, écrits par le marquis d'Argenson vers le milieu du xvme siècle, cette intéressante constatation :

« Il y a cinquante ans le public n'était aucunement

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