Chap. cxvi. Liseurs de gazi
dans la rue : les petits bourgeois surtout y lisent, y pérorent, y discutent; ils « ont soit' de nouvelles ». Dès cette époque la désignation générique de « le Palais-Royal » est employée pour qualifier la « nation » des nouvellistes, qui seront appelés demain les « révolutionnaires du Palais-Royal1 ».
L'auteur des Mânes de Métra suppose que le défunt revient, au printemps de 1789, parmi ses chers auditeurs des Feuillants. « La première chose qui m'a frappé, dit le bonhomme, en me retrouvant au milieu de mes anciens Dieux pénates (sur la terrasse aux Tuileries), a été d'y entendre parler raison et politique à tout le monde, depuis les Suisses et les Invalides, qui sont au dedans des portes des Tuileries, jusqu'aux décroteurs qui sont au dehors. A tous les passages, j'ai vu des brochures étalées en très grand nombre; toutes ne parlaient que du droit des hommes, de la nécessité de faire une constitution, des fautes du gouvernement et du despotisme des ministres 2. »
Il était de bon ton, comme on sait, de tenir nos « raisonneurs » en mince estime. On disait volontiers avec Grimod de la Reynière :
« Aux disputes littéraires qui partageaient autrefois les cafés de Paris et les métamorphosaient en autant de foyers d'instruction, ont succédé des disputes politiques qui ennuient tous les gens d'esprit et n'apprennent rien aux autres. Après un joueur, je ne connais rien de plus bête et de plus complètement sot qu'un nouvelliste : il me semble voir un enfant jeter des pierres contre un mur, ou bien un lilliputien essayer
1. A. Challamel, Histoire-musée de la Révolution française (Paris. 1857), I, 23.