Mercier. Tableau de Paris, ehap. cxvm
gnifiante '. D'ailleurs, comment se serait elle exercée? Le plus grand nombre de ceux qui auraient été leurs lecteurs ne savaient pas lire. Ceux qui étaient plus instruits n'ouvraient pas les livres des théoriciens. On trouve toutes les conceptions révolutionnaires dans la tête d'un Mandrin dès lT.'iO. Mandrin n'avait jamais lu les écrits d'un philosophe. Connaissait-il seulement le nom de Voltaire?
Les idées de Rousseau ont eu de l'écho parce qu'elles répondaient aux idées nouvelles qui se faisaient jour spontanément. Le penseur genevois en a été l'expression. Ce ne sont pas celles-ci qui se sont modelées d'après lui. Aussi bien le peu de ses conceptions qui parvinrent jusqu'au peuple lui furent apportées par les nouvellistes. « J'ai entendu Marat en 1788, écrit M aile t du Pan2, lire et commenter le Contrat social dans les promenades publiques aux applaudissements d'un auditoire enthousiaste. » Déjà nous avons rencontré, parmi les nouvellistes des Tuileries, Diderot, d'Alembert, Raynal et leurs amis. En 1789, le Pont-Neuf et la Galerie du Palais étaient désertés par les nouvellistes depuis longtemps. Le Luxembourg l'était depuis quelques années. Ces lieux de réunion, jadis fréquentés des « politiques », n'ont donc eu aucune action sur le mouvement de la Révolution; mais que dire des Feuillants, des Cordeliers, des cafés de Foy et du Caveau, des jardins du Palais- Royal?
1. Cf. les écrivains modernes qui ont étudié de près le mouvement des esprits sous l'Ancien régime, Aubertin, l'Esprit public au XXIli siècle,