Mercure britannique, II
Le Palais-Royal, « le cœur, l'âme, le cerveau, le résumé de Paris », écrit Karamzine dans sou voyage en France à l'époque de la Révolution 2. « Ou y trouve des spectacles, des clubs, des salles de concert, des magasins, des cafés, des restaurants, des boutiques. » Désirez-vous des habits, des bijoux, des parfums, des livres, des estampes, des tableaux? vous faire accommoder, raser, poudrer, friser, changer de la monnaie; voulez-vous le sourire d'une jolie femme, prendre un bain ou de la limonade? aimez-vous la musique, les spectacles forains, les curiosités anatomiques? De tout vous y trouvez, sur l'heure, tout ce que vous pouvez désirer.
« A côté d'une poupée à cheveux d'or pendent des
1. Correspondance de Camille Desmoulins, éd. Manon. Paris, P Mercier, Paris pendant la Révolution (le Palais-Royal1, 1, 357-80. Al. Tuetey, Répertoire g sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, Pans. 1890. — Victor Champier et Ce. Sandoz, le Palais-Royal d'après des documents inédits, Paris, 1900. — Edm. et .1. de Goncourt, Histoire de la Société fra ■> Révolution : Paris, 1854.
andouilles et des jambons. Les marchands de drap font descendre du plancher au sol de la boutique les étoiles ondulées '. » Une foule bariolée, animée, enfiévrée : financiers, « politiques », abbés et militaires, bourgeois et étrangers, se pressent et s'étoulïént dans le jardin, sous les arcades, dans les boutiques, chez les limonadiers. On y vient prendre l'air et les bruits du jour, a Je sors du Palais-Royal, dira Tallien aux Jacobins, pour y sonder l'opinion publique. » Des files de camelots hurlent les productions nouvelles. Sous les arcades, au seuil des établissements qui exhibent des baladins et des sauvages, les trompettes et les aboyeurs font un vacarme assourdissant; tandis que des nichées de femmes galantes, depuis les nymphes « éblouissantes de soie », jusqu'aux barboteuses de la dernière classe, babillent inconscientes et rieuses.
« Agioteur et politique, écrit Rivarol, le Palais- Royal est devenu comme la capitale de Paris. Telle a été son influence dans la Révolution actuelle, que si on eût fermé ses grilles, surveillé ses cafés, interdit ses clubs, tout aurait pris une autre tournure 2 ». « Là, dit Marafe, sont les vrais restaurateurs de la liberté 3 ». Camille Desmoulins l'appelle «le camp des patriotes », et Victor Hugo le « noyau de la comète Révolution ». Thiers explique la formation du « noyau » : « Il n'existait point encore de feuilles publiques rendant compte des séances de l'Assemblée nationale ; on avait besoin de se rapprocher pour s'entretenir et s'instruire des événements *. »
1. Mercier, le Palais-Royal, dans Paris pendant la Révolution.
2. Rivarol (Œrivres choisies, éd. Delahaye . Philosophie politique, p. 173.