L'Ami du peuple, n
4. Thiers. Histoire de ta Réootution française, ~* éd., 1S3S. I, eh. u.
De tous les quartiers, lisons-nous dans la Chronique de Paris, on accourt au Palais-Royal, « pour y chercher des nouvelles et se mettre au courant de ce que Ton ne peut apprendre autrement ». Et, du Palais- Royal à son tour, parlent des messagers, des courriers, pour les Tuileries, l'Hôtel de Ville, les Halles, y porter les nouvelles qui viennent d'être recueillies '.
« Pendant les discussions de l'Assemblée nationale, il s'y forme des réunions de citoyens, d'oisifs et de rentiers dont Paris abonde. Le café de Foy devient le foyer principal des confédérations patriotiques. Plusieurs députés de Versailles viennent de temps en temps s'y rafraîchir de l'opinion publique, toujours favorable à tous les actes de fermeté et d'énergie. Ces réunions renforcent et grossissent tous les jours. Rientôt elles deviennent des communes bien plus nombreuses que celle de Versailles. Elles ont leurs orateurs, leurs secrétaires, elles prennent des délibérations, élèvent des motions, fabriquent des arrêtés et des adresses i. »
Cependant que les fusiliers de la milice bourgeoise, dans leur uniforme bleu de roi, avec parements à revers blancs et collets rouges, vestes, culotte et bas blancs, parcourent le jardin d'une extrémité à l'autre, la mine quelque peu effarée 3.
Sous les arcades c'est une cohue de camelots criant leur papier à tue-tête. Ils s'arrêtent à la porte des libraires dont ils obstruent l'entrée au point d'en interdire l'accès aux clients*.
Les habitués du jardin, respectés jusqu'à ce jour,
1. Vatout, Histoire du Palais-Royal, Paris, 1830, p. 1G3. -.'. ( n-respondancc d'an habitant de Paris, 17h9, p. 31.
3. Journal de Hardy, Bibl. nat., ms. fr. 0687, à date du 25 août 1789.
4. 1789, 26 octobre. — Tuetey. II, vm-ix. Cf. Kequètc des libraires,
se plaignent d'une agitation qui trouble leurs allures pacifiques. La Motion aquatique se fait leur inlerprète : « Les vrais et anciens habitués du Palais- Royal, considérant qu'il n*est pas nécessaire de se mêler à de pareilles bandes pour apprendre les « nouvelles publiques », proposent un moyen plus efficace et moins meurtrier que les perpétuelles patrouilles de la respectable milice bourgeoise pour dissiper les attroupements. » Ce serait de faire pleuvoir sur ces rassemblements de « politiques » le jet de quatre pompes établies dans le jardin '.
Ces motionnaires de la Révolution sont les successeurs immédiats des nouvellistes, des raisonneurs, des politiques, des philosophes, des patriotes, — pour reprendre les divers noms qui leur ont été successivement appliqués depuis le milieu du règne de Louis XIV. — Ce sont les mêmes personnages que nous n'avons cessé de rencontrer discutant les nouvelles, lisant et commentant les gazettes, sous le dais verdoyant des tilleuls, sur les bancs autour du bassin, à l'ombre de l'arbre de Cracovie, chez les limonadiers, au café de Foy et au Caveau, au café de Valois. Ils ont conservé leur nom : « C'est au Palais-Royal et singulièrement au café de Foy que se rassemblent tous les nouvellistes, de tout âge et de tout état2 ».
D'autres les nomment aussi, en 1789, les « politiques3 »; ce qui nous ramène également au règne de Louis XIV.
oct. 1~89, Bibl. nat., ms. nouv. acq. franc. 2670, f. 209; et lettre du comité au maire. 9 sept. 1190, Bibl. nat., ms. nouv. acq. franc. 2666, f. 105.
1. Motion aquatique, s. 1. n. d., Paris 1790, in-12. La brochure est signée : Ronesse.
2. Petit journal du Palais-Royal (1789 , Bibl. de la ville de Paris. 11946.
3. Chronique de Paris, journal de Condorcet. Rabaud Saint-Etienne, etc., numéro XI i3 sept. 1789 .
Pour s'entretenir des faits du jour, les patriotes de la Révolution se groupent en « pelotons ». L'expression est encore usitée en 1790-1791 '. Ils s'organisent en « bureaux » avec présidents, motionnaires et secrétaires, exactement comme à l'époque de Du Camp d'Orgas. « Plusieurs habitués écoutaient pérorer sous les tentes du Caveau le sieur Langlade, qui tient ordinairement le bureau... », note le rédacteur du Babillard-. Le 27 décembre 1790, la section de la Fontaine-Grenelle signale l'existence d'un « bureau », organisé pour recueillir ce qui se passe.
El, dans son Paris pendant la Révolution, Mercier l'ait des nouvellistes rassemblés dans le jardin du « Palais-Egalité » — c'est la désignation nouvelle — le même portrait qu'il traça jadis de leurs prédécesseurs.
Et l'on voit ainsi une fois de plus que rien dans l'histoire ne s'improvise : tout s'y enchaîne et s'y succède sous l'action continue de profondes traditions. Aux idées révolutionnaires, qui ont atteint leur maturité, l'organisation séculaire, savamment étendue et développée, que s'étaient progressivement donnée les nouvellistes, offre un merveilleux instrument de diffusion. Et ces mêmes idées ont au Palais-Royal, aux Feuillants et aux Cordeliers, constitués de longue date, les centres d'action qu'il n'aurait pas été possible de créer du jour au lendemain, et qui leur étaient indispensables pour se coordonner, se fortifier et prendre ensuite leur essor vers la France et sur l'Europe entière.
1. Voir procès-verbal d'arrestation et interrogatoire d'Alexis Nugues, chirurgien pédicure (1790, 28 juillet] Arch. de la Préf. de police, procèsverbaux de commissaires. Butte des Moulins.
2. /.<,> Babillard, journal du Palais-Royal cl des Tuileries. 5 juin 1791 pet. in-8), p. 23.
Le Palais-Égalité, c'est-à-dire le Palais- Royal révolutionnaire, eut les mêmes nouvellistes à la solde de particuliers ou de l'État, que nous avons aperçus dans les promenades et dans les cafés depuis Louis XIV. Ils étaient rétribués pour répandre certaines nouvelles, en leur donnant la couleur qu'on désirait, et contribuer si possible à orienter l'opinion publique. Une feuille révolutionnaire dénonce avec indignation « ces nouvellistes frauduleux et gagés ' ». Là nous retrouvons ces mêmes agents officieux, observateurs à la dévotion du gouvernement, chargés de recueillir et de transmettre au ministre les bruits qui circulent; puis de répandre à leur tour les nouvelles et les opinions que le pouvoir tiendrait à accréditer. Nous avons quelques-uns de ces rapports datés de 1790 :
Le brait coart dans les cafés du Palais-Royal qae le dac d'Orléans va partir poar Londres avec toate sa maison et le dac de Biron et d'antres. Ce départ prémédité donne à penser qae la contre-révolation n'est pas loin. D'antres ont dit qae cela ferait an bien infini, attendu qae l'Assemblée nationale, le Maire et le Général se condaisaient fort mal et qae l'on voyait tons les joars des brigands soalenus par ce dernier. Plasiears ont répondu qae le projet de Maint s'exécuterait avant peu, attendn qu'il y avait trop de malheureux dans le royaume.
On croirait lire les gazetins de la police secrète dont il a été question plus haut.
Un officier, à la suite de l'État-major général, nommé Tavernier, et quelques camarades ont endossé