‹ Les nouvellistesChapitre 132 sur 139 · Journal de Hardy, Bibl. mit., ms. 6087, à la date · texte numérisé non relu

Journal de Hardy, Bibl. mit., ms. 6087, à la date

2. Journal de Hardy, aux dates. — Correspondance do Camille Desmouins (Correspondance inédite, publ. par Mattonaîné), p. 19.

nouvelliste qui apprend le renvoi de Xecker. Le premier qui se fit l'écho de la chute du ministre populaire fut traité d'insensé et faillit être précipité dans le bassin. C'était depuis un siècle la procédure coutumière. Quand s'élance, en proie à la plus vive surexcitation, un autre nouvelliste, dont les circonstances vont faire un grand premier rôle de la Révolution : Camille Desmoulins.

« Il était deux heures et demie, écrit-il lui-même.... Je fus porté sur une table plutôt que je n'y montai. A peine y étais-je que je me vis entouré d'une foule immense. Voici ma harangue que je n'oublierai jamais :

« Citoyens, il n'y a pas un moment à perdre. J'ar- <( rive de Versailles. M. Necker est renvoyé. Ce renvoi « est le tocsin d'une Saint-Barthélémy de patriotes. « Ce soir tous les bataillons suisses et allemands » sortiront du Champ de Mars pour nous égorger. « Il ne nous reste qu'une ressource, c'est de courir « aux armes, et de prendre une cocarde pour nous « reconnaître. »

A côté de Desmoulins, l'acteur Bordier, le fameux comique des Variétés amusantes, qui jouait dans ce moment avec tant de succès Arlequin dans la lune, assistait le jeune tribun et criait encore plus fort que lui. Il fut malheureusement pendu le mois suivant à Rouen, où il entraînait la populace à piller l'hôtel de l'Intendance.

Sous l'influence des récits populaires, l'histoire tend à simplifier les faits multiples, à les synthétiser en une manifestation unique émanée d'une personnalité vibrante. Assurément Desmoulins joua son rôle dans la journée du 12 juillet; mais d'autres protagonistes

surgirent, dont l'action vint s'ajouter à la sienne et se combiner avec elle, tout en l'ignorant, ce qui ne saurait surprendre si l'on veut bien se représenter la scène.

Une relation manuscrite, attribuée à l'abbé Guillon, met en lumière un troisième nouvelliste venant à son tour annoncer le renvoi de Necker. Il s'agit d'un docteur en médecine nommé Brar. Il arrive sur les cinq heures. Il se rapproche d'un groupe de citoyens qui s'entretenaient à voix basse de la chute du financier genevois; mais la nouvelle, disaient-ils, n'en est pas certaine.

« — Rien n'est plus vrai, s'écrie le jeune médecin. Oui, messieurs, il est parti. Réveillez-vous de votre léthargie. Le roi est en danger, il faut le sauver! Le maréchal de Broglie le trompe indignement, ainsi que tous les autres. Je vous le dénonce! »

Comme Brar était vêtu de noir, on le prend pour un député, on le salue de ce nom.

« — Oui, je le suis, s'écrie-t-il, en tirant son épée, et voilà mes pouvoirs ! »

« Et ce signe fut imité par une partie des citoyens qui avaient une épée ' ».

Ce même jour, dimanche 12 juillet, « sur les cinq heures, des citoyens assemblés au Palais-Royal envoyèrent des ordres pour fermer les spectacles, ce qui fut exécuté sans réplique'2».

Passons les événements du 14 juillet, les scènes affreuses qui eurent pour théâtre le jardin du Palais- Royal. Les faits sont trop connus pour que nous y revenions.

Page 1