‹ Les nouvellistesChapitre 135 sur 139 · Tuetey. II, ij · texte numérisé non relu

Tuetey. II, ij

causent avec animation en prenant des bavaroises. « Les propositions de la débauche, dit Chamfort, auprès du tréteau d'un motionnaire. » Un orateur s'écriait aux Jacobins, le 1er août 1792 : « La patrie est en danger et, de tous côtés, dans celte ville, on ne s'occupe que de plaisirs, de fêtes, de bals. Parmi ces derniers, il en est un qui devrait être particulièrement proscrit dans ces jours de surveillance, c'est celui qui a lieu tous les jours depuis dix heures jusqu'à minuit au Palais-Royal. C'est le rassemblement de tout ce qu'il y a d'hommes pervers et de femmes corrompues! » Tout à coup des roulements de tambour, des cris de victoire : les torches grésillent, éclairant de leur mouvante lueur une tète sanglante aux traits crispés, fichée au bout d'une pique. » Laissez passer la justice du peuple! » crie, d'une voix avinée, un homme haut de six pieds, qui marche en tète du cortège, l'air magnifique. Et, à vingt pas, la patrouille du soir, en uniforme, indifférente, mais grave, solennelle, avec le sentiment du devoir accompli, se promène consciencieusement.

Au 10 août 1792, écrit Gorani, c< entre dix et onze heures du matin, je traversais le jardin du Palais- Royal, pour abréger mon chemin, et, au moment où j'y pensais le moins, voilà une foule de gens armés, ayant à leur tète MUe Théroigne de Mérieourt, habillée en amazone, chaussée de bottes et portant un sabre à la main ».

Elle monte sur une banquette, harangue la multitude :

« — C'en est fait de la liberté, si on ne détruit pas cette race de vipères qui siège aux Tuileries! »

« Hommes, femmes, tout le monde, de gré ou de

force, court derrière l'amazone.... On court jusqu'au Carrousel. »

La fin d'une monarchie.

Ce serait d'ailleurs une erreur de croire que les nouvellistes aient joui, pendant la période révolutionnaire, d'une plus grande liberté de parole que sous Louis XIV et sous Louis XV. En 1 790-1791, la délation est de toutes les heures. Elle est à l'ordre du jour. C'est une vertu civique. L'Assemblée nationale, qui siège à Versailles, l'Assemblée des Électeurs qui prend séance à l'Hôtel de Ville, ont 1'épiderme plus sensible que ne l'ont eue les rois déchus. Innombrables sont les procès-verbaux dressés contre les particuliers arrêtés et traduits devant les commissaires de police pour intempérance de langue, puis condamnés à l'amende ou à la détention '.-

Car il arrive que l'arme de l'outrage et de la calomnie se retourne contre ceux qui l'emploient. Les Jacobins sont attaqués à leur tour. Ils en sont surpris. L'un deux est « traité ignominieusement au Palais- Royal, on le brûle en effigie ». Robespierre s'écrie aux Jacobins :

« — Il y a des hommes qui fabriquent des faux pour venir les dénoncer2! »

Robespierre en est indigné.

Enfin le Palais-Royal lui-môme est compris tout

1. Un prand nombre d'entre eux sont analysés dans le recueil de M. Tuetej .

•>. -r* octobre 1T92.

entier dans une de ces délations qui furent le caractère et le fléau de l'époque. Mais avec quel éclat n'est-il pas susceptible de présenter sa défense?

« Le Palais-Royal, un des principaux moteurs de la Révolution, » est inculpé de faire fermenter les têtes, de les exciter aux exécutions sanguinaires, de méconnaître les lois. »

Le Palais-Royal repousse ces calomnies en montrant l'œuvre glorieuse qu'il a réalisée :

« C'est au Palais-Royal que se sont faites les motions salutaires, celle de fermer les spectacles après le renvoi de Necker, celle de prendre les armes pour s'opposer aux moyens atroces médités par les ennemis de la Nation.

« C'est du Palais-Royal qu'est sorti le plan de s'emparer de la Raslille et de la démolir, d'intercepter les courriers de police.

« C'est là qu'ont été dénoncés les suspects.

« C'est au Palais-Royal qu'on voit chaque jour les honnêtes et bons citoyens s'occuper à faire tout rentrer dans le bon ordre '. »

Et au moment où le Palais Royal pouvait parler ainsi, on n'était encore qu'au i3 août 1789.

Depuis, tous les grands mouvements révolutionnaires, les journées des 5 et G octobre, le 10 août, recevront du Palais-Royal leur impulsion.

Le Palais-Royal n'envoyait il pas à l'Assemblée nationale des délégués et ceux-ci n'y prenaient-ils pas la parole comme les députés eux-mêmes2?

Aussi bien nul ne songe à contester ces titres

1. Délibéré le 23 aoûl 1789, Réclamation du Palais-Royal, s. 1. n. d., in-16.

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