La Tasse de café sans sacre, s. 1. n. d. (1789), in
« — Vous avouerez, messieurs, que la destination de ce quartier a successivement varié. Nous y avons d'abord été étourdis du cri des paons de M. de Beaujeu, puis des aboiements des chiens de M. de Lambesc, auxquels ont succédé les hennissements des chevaux de M. de Vil-Mott. Aujourd'hui nous sommes émerveillés des mouvements oratoires de nos sénateurs.... »
Entre Target, qui sera proclamé demain « le Père de la Constitution ». Une vive discussion s'engage entre lui et un aristocrate , au milieu d'un fort « peloton ». Un autre député à la Constituante y prend part, Desmeuniers. Intervient à son tour un petit abbé qui peste contre « l'aristocratie, les aristocrates, les nobles, le clergé, les riches et tous ceux qui, dans l'ancien ordre de choses avaient quelque supériorité ». C'est Poncelin de La Roche-Tilhac qui allait se rendre célèbre dans le journalisme révolutionnaire.
Le Babillard cite, parmi les principaux nouvellistes et motionnaires des Feuillants, un certain de la Montagne, fougueux anticlérical. La Montagne s'enorgueillit, dans la suite, d'avoir été l'un des premiers à demander que l'on chassât de France tous les prêtres réfractaires. Vient ensuite un facteur des Invalides, nommé Cordier. Celui-ci a l'élocution facile et pérore habituellement au milieu des groupes de dames qui vont chaque jour prendre l'air sur la terrasse. Et chacune de ses tirades de se clore comme d'un refrain :
« — Qu'en dites-vous, mesdames? »
Et mesdames d'applaudir l.
). Le Babillard, a" 1.
Le 23 septembre 1790, on était groupé sur la terrasse des Feuillants, à écouler « la lecture du Postillon, qui se faisait au café », quand un particulier, commentant les idées qui s'y trouvaient exposées, déclara qu'on dupait le peuple et que la Constitution ne serait pas votée avant vingt ans. Ce fut un scandale; car la Révolution ne pouvait tolérer la même liberté de langage que l'ancien régime. L'auteur de ces « propos séditieux » fut immédiatement conduit au poste. C'était un bourgeois de Paris, Pierre- Joseph Génies. Celui-ci dut s'estimer heureux d'avoir pour parent le député Feydel, qui vint le réclamer.
Le 29 juillet 1791, c'était un médecin des épidémies en Bretagne, Désiré Putod, portant l'habit militaire, qui s'écriait :
« — Nous avons juré d'être fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi, et surtout au Roi. Je suis Breton. Nous sommes 40 000 de mon parti. Nous le défendrons et moi je suis dans le cas de faire passer le goût du pain à celui qui dirait le contraire! »
Il était très exalté. Il découvrait sa poitrine à nu, « pour montrer au public que si on voulait sa vie, il l'offrait ».
Un de ses auditeurs, le sieur Grenier, lui fît observer que l'Assemblée nationale avait décrété le serment que devait prêter tout bon citoyen :
■ Nous jurons d'être fidèles à la Nation et à la Loi.
— Bas, bas, les décrets de l'Assemblée! s'écria le Breton, je ne connais que le Roi ! »
Là-dessus, Grenier alla requérir la force publique, et Putod dut comparaître devant le commissaire du quartier '.
1. Arcli. de la Prèf. de police. Section de la Butte des Moulins, à la date.
L'Assemblée nationale avait en effet la peau des plus chatouilleuses. A tout instant, les commissaires informent au sujet de « propos séditieux » tenus sur la terrasse des Feuillants. Les commissaires, dans leurs interrogatoires, en arrivent à demander aux inculpés « s'ils se sont permis de parler de l'Assemblée nationale ' ».
Le 2 septembre 1790, une vive émotion se produisit parmi les nouvellistes des Tuileries, « par suite des nouvelles reçues de Nancy ». Sur la proposition de Dupont de Nemours, les députés s'empressèrent de décréter qu'il serait ordonné aux tribunaux d'informer et aux officiers municipaux de veiller plus soigneusement au maintien de l'ordre -.
Le 25 février, l'effervescence sur la terrasse des Feuillants est plus vive encore. Des nouvellistes y viennent annoncer l'arrestation de Mesdames de France à Arnay-le-Duc ; d'où un attroupement considérable de gens de toutes conditions, hommes et femmes. De ce jour, le corps municipal décide de faire garder la terrasse du château des Tuileries, pour prévenir le retour du tumulte « scandaleux » qui s'est produit jusque sous les fenêtres du Roi 3.
Le 30 avril 1791, des ordres sont donnés pour maintenir la force armée, particulièrement dans le « quartier des Tuileries et du Palais-Royal, où l'on peut tenter de faire du désordre ».
1. Interrogatoire de Pierre Lions, du 30 juillet 1790. par le commissaire de la Butte des Moulins, aux Arch. de la Préf. de /iulice.