Nouvelles nouvelles, II
Tel encore Théonas dans le Nouvelliste : dès qu'il entrevoit de loin quelqu'un de connaissance, il
Lui fait signe. l'aborde et, lui serrant le poing, A la bise, au grand chaud, le suleil sur la tête, Quoiqu'il en puisse dire, un quart d'heure l'arrête,
pour lui conter des nouvelles et raisonner des affaires d'État1.
Les nouvellistes savent tout : les festins, les bals, les comédies, les assemblées et généralement ce que font les personnes de qualité. Ils suivent les grands procès dont ils connaissent les dessous. Au centre du groupe qui les écoule, ils plaident l'une des parties et concluent au jugement qui sera tel, affirment-ils, à moins qu'il n'y ait injustice. « Quand il doit se faire quelque cérémonie, ils ordonnent des rangs et disposent de tout. Quand la cérémonie est passée, ils disent tout ce que l'on a fait et ils ne manquent jamais, le lendemain d'une bataille, d'une prise de ville, d'une fête publique ou de la première représentation d'une comédie nouvelle, d'aller en tous lieux pour en dire les particularités, ou les apprendre. »
Dans la comédie des Nouvellistes, l'un des personnages trace le portrait d'un « reporter » fameux — car, vraiment, le mot est ici à sa place — qu'il vient de quitter :
S'il se passe au Mogol le moindre événement. Il le sait, mais le sait dans le même moment. Rien n'échappe aux rayons de sa vive lumière :
Il ne se passe rien dans ce vaste univers, On ne dit pas un mot, on ne fail pas un vers, Qu'iln'en sache l'objet, le motif et la suite.