‹ Les nouvellistesChapitre 16 sur 139 · iVou lies, II · texte numérisé non relu

iVou lies, II

en prose dont ils étaient fiers de pouvoir donner la primeur.

On était à table.

Clorante n'eut pas plutôt entendu le propos d'Arisle qu'il s'essuya les doigts, tendant les mains pour avoir communication immédiate de ces nouveautés, que, de loin, il semblait dévorer des yeux. Ce qui ne se fît pas sans peine car, pour les trouver. Ariste tut obligé de débarrasser ses poebes. qui étaient en nombre infini et pleines de mille papiers; cependant que Clorante perdait presque contenance « de voir que ceux qu'on lui cherchait étaient si long temps à trouver ». Enfin, les voilà : ce sont deux madrigaux.

Les nouvellistes de Parnasse ne se contentent pas de se munir des informations diverses dont se compose la « chronique des lettres »; ils jugent et commentent les productions de l'esprit; ils sont critiques littéraires. Parmi eux, quelques-uns deviennent de véritables autorités. Les « précieuses » de Molière les proclament « arbitres souverains des belles choses ». « Ce sont eux, dit Madelon, qui donnent le branle à la réputation dans Paris; et vous savez qu'il

y en a tel dont il ne faut que la seule fréquentation, pour vous donner bruit de connaisseuse, quand il n'y aurait autre chose que cela. »

Molière fait tracer par ses précieuses le portrait achevé du nouvelliste parnassien. Par lui, « on apprend chaque jour les petites nouvelles galantes,' les jolis commerces de prose et de vers. On sait à point nommé : un tel a composé la plus jolie pièce du inonde sur un tel sujet; une-telle a fait des paroles] sur un tel air; celui-ci a fait un madrigal sur une!

jouissance; celui-ci a composé des stances sur une infidélité; monsieur un tel écrivit hier au soir un sixain à mademoiselle une telle, dont elle lui a envoyé la réponse ce malin sur les huit heures; un tel auteur a l'ait un tel dessein; celui-là est à la troisième partie de son roman; cet autre met son ouvrage sous la presse ».

Aux nouvellistes de Parnasse on peut joindre les nouvellistes musicaux, que Ton nommait « les coureurs de chansons1 ». Ils étaient pour les mélodies et les airs nouveaux ce que leurs confrères étaient pour les informations politiques et les productions littéraires. « Ils ne font, dit Donneau de Vizé, que demander et que donner le petit air nouveau-. »

Puis voici les critiques d'art. « Ils prennent un grand intérêt aux bâtiments du roi et à l'embellissement de Paris. Ils sont tous contrôleurs des grands édifices et ne manquent jamais de les aller voir. » Tel par exemple aujourd'hui, l'éminent critique des Débals, M. André Hallays. « Après les avoir bien considérés et avoir bien contrôlé dessus, ils débitent leurs nouvelles, en y regardant travailler, et l'on voit souvent quantité de personnes qui s'y arrêtent, plutôt pour les écouter que pour regarder les bâtiments3. » \ous avons encore le Journal pour rire. Ce sont les nouvellistes « enjoués •>. Force est de reconnaître qu'au siècle de Corneille et de Racine, ils sont les favoris du public, « parce que la manière dont ils (lisent leurs nouvelles fait que tous ceux qui les écoutent s'y divertissent. Ainsi leurs nouvelles, fausses

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