D'Ardène, Œuvres complètes, IV
Retournons cependant à notre homme qui arrive, affairé et l'air vainqueur, dans les allées ombreuses de la promenade, avec sa lettre d'Egypte. Une « assemblée », dit Donneau de Yizé, se forma aussitôt autour de lui.
« Tant qu'on lut, l'attention fut si grande qu'on ne proféra pas une seule parole. » Cependant les auditeurs ne pouvaient s'empêcher d'exprimer, par le jeu de leur physionomie, leur intime et complète satisfaction.
Et à peine eut-il terminé sa lecture, que le propriétaire de la précieuse pièce s'écria, glorieux, en l'agitant à nouveau au-dessus de sa tète :
« — Ce sont là des nouvelles! Morbleu, des nouvelles! de belles nouvelles ! ce que l'on peut appeler des nouvelles! et qu'il n'appartient pas à tout le monde d'avoir. >
Mais ce cénacle de rencontre aborde la discussion du document communiqué. « Nous eûmes ensuite, dit Donneau de Yizé, une longue conversation dont l'Egypte fut le sujet, et l'on y parla fort de l'illustre M. de Monceaux, qui a entrepris ce voyage pour des raisons qui lui sont si avantageuses. »
A peine cet entretien touchait-il à sa fin, que l'on vit approcher du groupe deux hommes causant avec animation et donnant des signes du plus grand étonnement. L'un d'eux parlait à voix très haute :
« — Non, jamais la malice de Tartuffe n'approcha de celle de Viergette; et l'hypocrite de la comédie paraîtra un ange, si on le compare à cet abominable faux dévot ! »
Ce fut occasion d'entendre l'histoire toute fraîche de ce Viergette, un bourgeois de Champagne, issu de très
honorable famille... Un fait divers, corsé de détails plus ou moins curieux, tels qu'on les voit aujourd'hui encore remplir les colonnes de nos quotidiens.
Puis on mit sur le tapis les « affaires de la campagne », c'est-à-dire de la guerre qui était alors engagée en Hollande. En fidèles sujets, les Nouvellistes admirent la rapidité avec laquelle le roi vole de conquête en conquête. On craint pour les approvisionnements, dans ce pays « serré, plein de digues, où il faut tout porter ».
Les fragments de dialogue, que nous a conservés le Mercure, expriment d'une manière pittoresque et vivante cette gazette parlée en plein air :
« Pour ce qui est des approvisionnements, dit l'un de la compagnie, on ne doit pas s'en mettre en peine. M. le marquis de Louvois s'en mêle, et c'est tout dire. On sait de quel air et de quelle promptitude il sert et fait servir Sa Majesté.
— Je crois que rien ne manquera de ce côté, reprit un autre; maisrassielte du pays doit faire appréhender beaucoup, et l'on sait de quelle manière il a résisté aux Espagnols qui ne sont pas de malhabiles gens1 ».
Et, vraiment, il semble qu'on voie et qu'on entende cette assemblée de gazetiers" bavards, les uns assis sur un banc ou sur des chaises, les autres en cercle tout autour, au centre les orateurs, l'air important et réfléchi, le geste persuasif; on distingue les hochements de tête de ceux qui approuvent; de droite ou de gauche, c'est de temps à autre une exclamation, un cri de surprise ou d'approbation. Quelques-uns prennent des notes.