La Capitale des G<vuh>s. p
2. ■ Los Nouvellistes ... Hi'il. do l'Arsenal., ms. 2754, p. ISO.
On voit le jeu de scène qui se précise mieux encore dans la suite du dialogue :
11 est bon du Mogol de voir la résidence. La ville de Golconde est de cette autre part. Voulez-vous bien permettre... Excusez de l'écart. Ça, ne remuez plus, si votre pied s'écarte 11 sera malaisé de connaître la carte.
GAZETIN.
Je ne suis pas trop bien pour la voir aisément.
Jl >URNAL.
La posture est gênante.
FRONTIN
Écoutez un moment.
Tournez-vous. Eh! morbleu, votre pied se dérange, Et vous allez, monsieur, le mettre dans le Gange.
GAZETIN.
Je suis présentement à ma commodité.
JOURNAL
Expliquez donc enfin votre difficulté.
FRONTIN
frappant comme un sourd sur le pietl de Journal : Il faut partir de là.
JOURNAL
Vous frappez comme un diable, Doucement.
FRONTIN
Excusez. L'endroit est remarquable.
Il faut venir ici. Par de certains coteaux. On peut faire filer trente mille chevaux, Oui pourront, sur-le-champ, surprendre à la sourdine Un poste avantageux dans le fond de la Chine. Mais le point difficile est de parvenir là. S'ils passent par ici, le golfe Bengala Leur coupe 1<- chemin... Et si leur marche change, Ils trouveront alors le grand fleuve du Gange. Le passera la nage est un autre embarras. Ils n'ont point de vaisseaux... comment faire en ce cas ?
journal.
Je conviens avec vous que l'affaire est critique....
Et la discussion s'engage à fond.
Lorsque se déroulent des événements importants, à l'époque par exemple où les armées sont aux prises sur les frontières, l'agitation parmi les groupes de nouvellistes est extrême.
« La confusion fut si grande, écrit Donneau de Vizé dans le Mercure de juin 1073, tant de gens y parlèrent à la fois des conquêtes du roi et de la naissance de RI. d'Anjou, que ceux qui parlaient ne s'entendaient pas eux-mêmes.
« — Quoi, disait l'un, prendre en même temps Orsoy, Burich, le Fort de la Lippe, Vezel, Rhimberg...
« — Ce n'est pas tout,... » disait l'autre.
Soudain s'élève un bruit confus.
Un homme de qualité vient d'affirmer que l'armée est entrée dans l'île de Bleteau. Il s'agit du fameux passage du Pihin.
« Comme ce passage nous rendait en quelque façon maîtres des formidables retranchements qui étaient le long des bords de l'Issel, cette nouvelle fut trouvée de capitale importance et chacun courut de son côté pour en apprendre les particularités, qu'on ne sut point ce jour-là, non plus que celles de la prise de Grool. »
L'impatience des nouvellistes « écoutans » est dans ces moments d'une pétulance presque dangereuse pour ceux mêmes qui viennent donner pâture à leur curiosité. Ceux-ci sont littéralement assaillis, presque étouffés par la presse qui se fait autour d'eux :
Un dos moins diligents, arrivant à grands pas, Apporte une nouvelle et l'annonce trop bas. Chacun pour la savoir le presse et l'environne, Car, parmi ces gens-là, l'on ne connaît personne.
Il a beau s'écrier : •< Vous allez m'étouffer! • Cela ne sert de rien qu'à les plus échauffer. Et, plus il fait d'efforts pour sortir de la presse, Plus à le retenir tout ce grand corps s'empresse : Jusqu'à ce que, enfin, chagrin et furieux, Il fende à coups de pied le corps des curieux. Se mettant à l'écart il s'évente, il respire. En soi-même ravi de ce qu'il vient de dire, Quand, les plus éloignés, n'ayant rien entendu, Sur ce pauvre essoufflé s'en vont à corps perdu '.
Les nouvellistes ne se contentent pas de narrer les événements : ils les discutent; ils jugent les hommes et leurs actes, obéissant aux caprices de leur humeur, aux tendances de leur esprit, se laissant guider par leurs intérêts ou par leur caractère.
Leurs emplois sont fort beaux sur la terre et sur ronde:
Ils gouvernent seuls tout le monde;
Ils prennent les villes d'assaut.
Sans leur avis jamais rien n'est fait comme il faut,
El leur prudence est sans seconde.
Ils jugent souverainement2.
Dans sa Capitale des Gaules, Fougeret de Montbron les présente sous le même jour. Tout en se promenant dans les jardins, dit-il, « ils citent à leurs tribunaux les princes, les ministres et les généraux. Le sanctuaire inaccessible du Conseil leur est ouvert. Tous les mystères du cabinet leur sont dévoilés. Rien n'échappe à leur pénétration, à la sagacité de leurs lumières3 ». Puis ils escomptent l'avenir, « .Messieurs les nouvellistes, dit l'auteur de la Quintessence, sont toujours en avance sur les événements*. » De laits connus, ils tirent des déductions qui leur permettent
I. Du Camp d'Orgas, Satires éd. de 1690), VIII, 65, sq. •-'. Mercure galant, mars 1673, p. 36.
'■'•. Lu Capitale des Gaules, p. 11.