Numéro du 15 février l"!2ô
de prévoir les suites d'une campagne, les résultats de négociations en cours, ou l'heureuse fortune d'un ministre dans la charge dont il vient d'être honoré. Sur l'authenticité des nouvelles annoncées, sur l'issue des événements qui se produisent, sont ouverts des paris, souvent fort élevés, qui donnent à la discussion autant d'attrait que d'importance. Une gageure de ce genre fait le nœud de la comédie le Nouvelliste, par d'Ardène. A en croire le Badoinije de Marchand, lors de la guerre qui nous enleva le Canada, en 1703, un nouvelliste, pris d'une ardeur extrême, après un pari engagé, voulut s'embarquer pour l'Amérique, impatient de voler au-devant du vaisseau qui devait apporter l'annonce de la prise de Louisbourg1. Parfois s'élève une contradiction. « Us sont quasi prêts à se battre contre ceux qui ne sont pas de leur sentiment. » Quelques taquins s'amusent « aies obstiner ». Ces querelles ne dégénèrent que rarement en conflits sérieux.
Le premier venu, qui entre dans le jardin, est pris pour arbitre. Tel l'abbé Pic, brusquement assailli par une bande où tout le monde parle à la fois :
« Je les écoutai pendant un quart d'heure avec étonnement, sans pouvoir comprendre de quoi il s'agissait :
« — Je parie, disait l'un, que Monsieur ne sera pas m de votre sentiment.
• — Je suis sur que vous serez condamné, » ajoutait l'autre.
« — Vous êtes tous deux dans l'erreur, » répliquait un troisième. »