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Mercure galant, 1673, II

Louis de Mérode-Montmorency, prince d'Isenghien, maréchal de France, qui ne croyait pas déroger à son rang, en venant dans les promenades publiques, au temps de la désastreuse campagne de Bohème, remettre dans les cœurs de fermes espoirs.

« Il entretient l'ardeur guerrière par le récit d'une victoire hebdomadaire! il transforme nos soldats en héros! Les amateurs de nouvelles l'étoufïent de caresses, les politiques lui témoignent leur respect1. » Et il avait, soldat blanchi sous l'uniforme, des expressions dune rondeur militaire; brave à trois poils, « vieille culotte de peau », qui, certain jour, en sa qualité de président du tribunal des maréchaux de France, « renvoyait à la police » ces faquins de JMarmontel et de Fréron assez osés pour vouloir se battre en duel comme des gentilshommes.

A force de parler de marches et de contremarches, d'équipements et d'artillerie, ces stratèges de promenades publiques en arrivaient à se considérer de bonne foi comme de grands capitaines. C'est en toute sincérité qu'ils s'écriaient :

Oui, si le Roi voulait nie donner une armée. Je connais le terrain... 2.

Ces spécialistes étaient naturellement, en majeure partie, d'anciens militaires qui venaient dans ces cénacles, aux temps des guerres sans cesse renaissantes, fournir l'appoint de connaissances acquises dans la vie des camps. Mais les abbés aussi — qui l'aurait cru? — montraient des dispositions particu-

1. /.(• régiment de la calotte, éd. de 1886, Paris, in-19, p. 104.

2. - Les Nouvellistes », Bibl. de l'Arsenal, ms. 2754, p, 200.

Iièrement belliqueuses; après les vieux soldats, c'étaient eux qui suivaient avec le plus d'intérêt les manœuvres des généraux.

L'auteur anonyme du Grand Théâtre des nouvellistes, qui ne laisse échapper aucune occasion de plaisanter ces tacticiens de la voie publique, écrit à ce propos :

Et vous, abbés du temps, dont le cœur est tout braise.

Pour enflammer la guerre assis tout à votre aise,

Et qui, dans le transport de cette passion.

Eaites du Luxembourg un second llion,

Parlez, abbés, parlez, est-ce que vos bréviaires

Pour bien décrire un camp vous donnent des lumières1 :'

Aux nouvellistes militaires se joignent les voyageurs. Ils apportent aux spécialistes le précieux concours de témoignages précis. Us complètent la relation de la campagne en cours par la description du pays : « Dewenter est la capitale de tout le pays d'Over-Issel ; c'est une place forte et grande et remplie de très beaux édifices. Elbourg est sur le Znyderzée; Harderwick est une place forte qui a été bâtie plusieurs fois; Harlem est une grande ville très forte, elle est située sur le rivage de l'Issel à deux lieues d'Elbourg, etc. '-. »

Puis, accourent, voltigeant de groupe en groupe, ayant, partout le mot pour rire, « le mot delà fin », ceux que, dans les ruelles, nous avons entendu appeler les « nouvellistes enjoués » et qui sont nommés ici les « nouvellistes turlupins », du mot « turlupinade », qui désignait alors calembourgs et calembredaines, (l'est, nous l'avons dit, le Journal

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