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114 LES iNOUVELLISTES.

cun pût entendre commodément les nouvelles qui se débitaient dans ce subalterne Conseil d'État. La chaleur avec laquelle chacun parlait, en soutenant ses opinions, et le bruit que l'on faisait de fois à autre, en parlant tous ensemble, attirèrent des nouvellistes écoutans : ce qui grossit tellement ce peloton, que ceux qui allaient et venaient, eurent bien de la peine à passer1. »

Nous voyons les faits par le cùlé extérieur et sommes disposés à en rire. Faut-il en rire? mais non; pas même de l' enthousiasme et des mouvements populaires que chansonniers et nouvellistes parvenaient à déchaîner: pas même de ce Carmeline, l'arracheur de dents, qui avait son enseigne en face du Cheval de bronze, enseigne où on lisait, parmi un semis de canines, d'incisives et de molaires, la devise virgilienne :

l'no avuho non déficit aller?

Aux jours d'émeute on le vit sur la barricade faite au bout du pont où il opérait :

Vêtu d'un collet de salin, Chaussé de damas à ramage, La giosse fraise à double étage, Bas d'attache, le brodequin De vache noire ou maroquin, Le sabre pendant sur la hanche, Et, sur le tout, l'écharpe blanche - !

Et, debout sur la barricade, il criait avec autant d'ardeur qu'il en niellait, sur ses tréteaux, à attirer les chalands :

« A bas, le Mazarin! »

1. Dorneau de Vizé, Nouvelles nouvelles, 243 11. -.'. Cité par Fournier, I. 190.

Vers le milieu du xvii'- siècle, le Pont-Neuf perdit de la faveur dont il avait joui auprès des nouvellistes; peu à peu ceux-ci le délaissèrent pour se donner rendez-vous de préférence dans la Grand'Salle et dans la Galerie du Palais. Mais, en nous y rendant à leur suite, détournons-nous un peu de notre chemin, pour nous arrêter un instant au quai, à l'église et au cloître des Augustins, qui se trouvaient sur la rive gauche, entre le Pont-Neuf et le pont Saint-Michel. Dès le xvie siècle, nos gazetiers à la bouche y eurent toutes leurs aises, car on y affichait les placards du jour; les « baguenauderies ■< récentes y couraient de main en main; quolibets ou menaces à l'adresse des Guise ou de la cour,

1. Mémoires-journaux 'le Pierre de Lestoilë, éd. de 1875; Paris, 12 vol. — Saint-Amant, la Gazettedu Pont Veuf, dans ses Œuvres; Paris, 1638. — Berthaud, la \ Me de Paris en vers burlesques; Paris, 1660. — Fr. Colletet, les Tracas de Paris, éd. du bibl. Jacob, Paris ridicule et burlesque; Paris, 1859. - Pierre Corneille, la Galerie du Palais 1634). Donneau de Vizé, Nouvelles nouvelles; Paris, 1663. — Voyage de Locatelli en France 1665 éd. Vautier, >lans la Bibliothèque de la Société des Etudes historique Paris, 1905< — Mercure galant. — Du Camp d'Orgas, Satires ou réflexions sur les erreurè des hommes et les nouvellistes du temps; Pàris( 1690.

de Condé ou de Coligny, y étaient crayonnés sur les murs. C'est là que, durant la guerre civile, les traités et les trêves étaient annoncés aux Parisiens.

Aussi, dès cette époque, nos discoureurs d'atïaires publiques y sont-ils désignés par le nom, qu'ils vont illustrer, de « politiques ».

On trouve dans L'Estoile. à la date de 1585, une harangue de la Pluie au Vent, qui débute ainsi :

Les Augustins sont malcontents,

Leur couvent est à tout le monde...

Par les intempéries et la mauvaise saison, le cloître offrait un commode abri à ceux qui voulaient donner lecture, à leurs confrères, de documents concernant les a lïaires de l'Etat, ou des lettres que leur envoyaient leurs correspondants de province el de l'étranger. Par les rares indications qui sont dans L'Estoile et dans la Mc'nippce, on voit que le cloître des Augustins connut déjà au temps de la Ligue les « pelotons » décrits plus haut'.

Dès l'aube, y Qorissait la gazette bavardée, chronique papotée (\v^ menus huis du temps :

Tous ceux qui, domptant leur paresse,

S'en vont de bonne heure à la messe, Se rencontrent, Ions les malins, Sous le portail des Augustins.

Aussi, les libraires du quai, très nombreux, étaientils particulièrement bien approvisionnés en gazettes. « Les nouvellistes, dit Donneau de Yizé. remplissent ordinairement trois ou quatre boutiques de libraires qui sont sur le quai des Augustins. Ils y consument

1. Faits et citations d'après L'Estoile. I. 301; II. 117. 281; V. 11, 131, ■-'37. • -

des heures à lire des gazettes d'Angleterre, de Hollande, de Bruxelles1 ».

Ces boutiques étaient adossées aux murailles du

couvent, sur le «[Liai. Pittoresque et précise est la description que François Colletet fait, en 1660 :

De ces lecteurs île nouveautés Dans ces boutiques arrêtés.

Il s'amuse de leurs postures hétéroclites. L'un d'eux affourche ses besicles sur son nez, avant que de s'enfoncer dans la lecture de sa chère gazette.

En voilà deux, Fichés tout droits comme des pieux, D'autres rangés sous étalages, Tout aussi comme des images.

Ceuxdà dessus un banc pressés, Ceux-ci dans la porte entassés; Car chaque boutique esl si pleine Qu'on n'y saurait tenir qu'à peine.

Celui qui lit plus promptement, Prête à l'autre un commencement -.

Puis, qui debout, qui sur un siège, ils discutent et commentent les nouvelles.

C'est là qu'on voit tous les matins, Présider sur le banc du quai des Auguslins,

ce docteur, « capitaine de cercle », de qui il est encore question dans le Grand Théâtre des Nouvellistes.

Cependant, par le pont Saint-Michel bordé de maisonnettes el de boutiques aux enseignes branlantes

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