‹ Les nouvellistesChapitre 51 sur 139 · Ai r, 1U · texte numérisé non relu

Ai r, 1U

2. l'Y. Colletet, les Tracas de Paris, publ. par Paul Lacroix, Paris ridicule et burlesque, p. 279.

sur leurs tringles de fer, parla rue delà Barillerie, arrivons au Palais et pénétrons dans la fameuse Galerie; où nous allons avoir le même spectacle, mais avec une tout autre ampleur et bien plus d'animation.

La gravure a conservé l'image de la haute galerie claire et nue, de sa division en deux berceaux voûtés de pierres de taille et portés sur de hauts piliers que renforcent des pilastres d'ordre dorique. Et d'autres pilastres pareils leur font pendant, appliqués au mur.

A deux tiers de hauteur, de grosses pierres forment saillie, encastrées dans la muraille: corbeaux destinés à recevoir les statues des rois de France. La rangée des piliers coupe la galerie dans sa longueur. L'un d'eux était appelé « le gros pilier », non qu'il fût de plus fort calibre que les autres, mais parce qu'il servait de point de rendez-vous aux plus fameux avocats et aux beaux-esprits du temps, qui venaient régulièrement y « tenir cabinet » : nouvellistes de Parnasse.

La Galerie était dallée de marbre. Dans le fond, une horloge monumentale sonnait les heures et portait au bas de son cadran cette inscription :

Sacra Themis mores, ul pendula, dirigil horas '.

Mais quelle bruyante et perpétuelle animation! Le pourtour des piliers est flanqué de boutiques de tous genres, boutiques de libraires, de merciers, de limonadiers, de bimbelotiers, de modistes, de lingères et de marchandes de « galanteries » : des rubans, des gants, des toilettes, des baudriers, des manchons, des coiffures, et « mille autres gentillesses el bijoux de toutes les modes de la cour ». Là s'agitent les mar-

1. Germain Brice, Description de Paris, êd de 1752, IV, p. 292 et suiv.

chands, caquettent les commères. Les jolies tilles, de leurs comptoirs, hèlent le pelit-maîlre qui passe: et, quand il s'éloigne, n'hésiteni pas à courir après lui pour le ramener devant leur « montre >, en le tirant par les deux mains. « lies tilles-là. dit Locatelli, vous supplient, vous prennent les mains et ne vous lâchent pas que vous ne leur ayez acheté quelque chose. » Rabelais et Clément Marot ne parlent-ils pas déjà de la « belle lingère du Palais »?

Et quel gracieux coup d'œil, après le dîner, dans la galerie haute, claire el animée! C'est l'heure où les filles de magasin y jouent à la raquette, d'un mouvement souple et charmant, avec de frais éclats de rire; lançant sous la voûte, par-dessus les promeneurs, les plumes blanches de leurs volants.

Aussi Corneille place-t-il dans la Galerie du Palais une de ses comédies documentaires, l'une de celles qui eurent alors le plus de succès, précisément par celte reconstitution de scènes connues de tout Paris.

La lingère, qui a son étalage proche de celui du libraire, dit aimablement à son voisin :

Vous avez fort la presse ;i ce livre nouveau; (l'est pour vous faire riche.

LE LIBRAIBE.

On le trouve si beau, une c'est pour mou profit le meilleur qui se voie. Mais vous, (pie vendez-vous de ces toiles de soie?

Plus loin, un autre marchand, dans son échoppe, voyant passer un groupe de gentilshommes, leur t'ait l'article suivant l'usage :

Voyez deçà, me — ieurs; vous plaît-il rien du notre? Voyez, je vous ferai meilleur marché qu'un autre : lie- gants, 'les baudriers, îles rubans, des castors!

Cléante s'esl arrêté un instant à la petite devanture du mercier; et celui-ci tout aussitôt :

Ne vous vendrai-je rien, monsieur? des bas «le soie:'' Des gants en broderie ou quelque petite oie?

Joli lieu à nouer les jolis nœuds d'amour. Hippolyte,

une dame, s'approche de la lingère, tandis que, superbe et galamment accommodé, comme un petit-maître, Dorimant, bouquine chez le libraire voisin :

IIII'POLVTE (à la lingère).

Madame, montrez-moi quelques collets d'ouvrage.

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