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Lettres patentes de

mêlât d'apprécier leurs ouvrages. « On y prend le chemin, dit Patin, de juger avec superbe de tout ce qui paraît en lumière. » Au fait, eût-il été permis de débiter une gazette où l'on eût imprimé que le beurre vendu par le coquetier Maillard ne valait rien : de quel droit publiait-on qu'un recueil de vers, mis en vente chez le libraire Barbin, ne valait pas davantage? Cependant le Journal des Savants tint bon. En 1701, Pontcharlrain en fit. l'acquisition pour le compte de l'État. On imagine ce qu'on y trouva dès lors d'information indépendante et de libre critique.

En 1672, la petite presse, mi-littéraire, mi-politique, s'était fait sa place entre la Gazette et le Journal des Savants, avec l'apparition du Mercure galant. Le but du Mercure galant — le titre suffirait à l'indiquer — était bien plus d'amuser que d'informer et d'instruire. C'était une petite revue mensuelle, à laquelle le gouvernement s'empressa d'accorder également sa protection, c'est-à-dire d'en faire un journal à privilège exclusif de toute publication similaire. Le Mercure eut du succès et devint pour son propriétaire une excellente affaire; si bien qu'en 1724 le roi s'en empara et porta sa sollicitude jusqu'à en désigner le directeur, à charge par celui-ci de pensionner un certain nombre de gens de lettres peu fortunés.

Au début du xvnr siècle, on n'avait donc, en fait de presse, qu'une revue politique, la Gazette; une revue littéraire, le Journal des Savants; une revue anecdotique et mondaine, le Mercure; revues officieuses, sinon officielles, ne donnant que des informations succinctes et soigneusement tamisées au préalable dans les officines administratives. Et chacune de ces

feuilles, armée de son privilège, s'opposait à l'apparition de toute publication concurrente.

Par la suite, quelques nouveaux périodiques parvinrent cependant à prendre pied sur un terrain aussi étroitement gardé, mais en se cantonnant chacun dans un domaine très spécial. Un état, dressé en mai 1705, pour le ministre de la Maison du Roi, donne la liste complète des feuilles qui paraissaient à cette époque en France ' :

La Gazelle de France, le Journal des Savant*, le Mercure de France, le Journal de Verdun, les Affiches de Paris et les Affiches de Province, le Journal de Trévoux publié par les Jésuites. le Journal OEeonomique. le Journal ecclésiastique, le Journal de Médecine, le Journal encyclopédique, le Journal de Jurisprudence, le Journal des Dames, le Journal des Spectacles, la fameuse Année littéraire de Fréron publiée depuis 1754, V Avant-coureur, la Gazelle littéraire rédigée par les mêmes rédacteurs que la Gazelle de France, la Gazelle du Commerce, enfin le Bulletin pour les deuils île la Cour '.

Tel est le tableau de la presse française vingt ans avant la Révolution. Chacune de ces petites revues avait un censeur officiel. C'est donc bien la situation que Beaumarchais définit en un « couplet » célèbre :

" Il s'est établi un système de liberté sur la vente des productions, qui s'étend même à celles de la presse, et, pourvu que je ne parle dans mes écrits ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs. »

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