‹ Les nouvellistesChapitre 62 sur 139 · Du Camp d'Orgas. Satires [éd. de 1690 . VIII. 65 sq · texte numérisé non relu

Du Camp d'Orgas. Satires [éd. de 1690 . VIII. 65 sq

2. Nouoeau règlement général pour les Nouvellistes, publ. par Ed. Fonrnier. Variétés historiques, VIII. 264-65.

le bûcher, ce terrible supplice des hérétiques . Perez trouva un refuge auprès de Catherine de Béàrn, sœur de Henri IV, d'où il passa à la Cour de France, puis il quitta la France pour l'Angleterre, et revint enfin en France. Quelle destinée! « J'ai demeuré trois ans, écrit-il, dans une maison de Paris, vis-à-vis de l'hôtel de Bourgogne, et à côté de l'hôtel de Mendoza, où tout le monde allait voir un danseur de corde, qui faisait des tours et des sauts périlleux, dont la vue causait encore plus d'étonnement que le récit. Cependant je n'ai jamais mis les pieds dans ces deux hôtels, quoi que j'y visse entrer tous les jours les princes, les dames et des gens de tout état. La raison en est que j'ai vu beaucoup de comédies originales représentées par de grands acteurs, parmi lesquels je faisais mon personnage au lieu le plus éminent du théâtre. J'ai vu danser sur la corde; j'y ai dansé moimême. J'ai vu les danseurs tomber par terre, tout brisés, et moi, qui vous parle, je m'y suis rompu les reins.... Or, comme rien n'ôte plus l'envie de lire la copie d'une lettre que d'en avoir vu l'original, de môme je ne puis être tenté d'aller à ces comédies. » Comme nous le constaterons, sous Louis XV, chez des ministres français rendus à la vie privée, Perez avait du moins conservé de son passage aux affaires un irrésistible besoin, la soif des nouvelles. Il avait eu cette passion, alors qu'il était ministre, au point de pousser sa curiosité jusqu'à l'espionnage. Ft maintenant, à Paris, il employait les revenus dont il pouvait disposer, la pension que lui faisait Henri IV, les relations qu'il avait conservées ou nouées à la cour d'Espagne, à la cour d'Angleterre, à la cour de France, dans les ambassades, auprès des hommes

d'Etat, pour se tenir au courant des événements du jour.

Aussi était-il un gazetier de premier ordre. Et quelle faveur grande pour les privilégiés qu'il admettait dans son « cercle », aux Gélestins ! Il ne se contentait pas de distribuer les nouvelles qu'il recueillait avec une activité inlassable; il les commentait. Il faisait, tout en parlant, son article de journal sur la question du jour. De l'esprit qui l'animait, nous avons un témoignage dans le livre qu'il composa à cette époque pour le duc de Lerma, l'Étoile polaire des princes : avertissements politiques sur V administration d'une monarchie.

Il met dans la bouche d'un conseiller de Philippe II les paroles suivantes : « Seigneur, dit ce personnage en s'adressant au monarque, tempérez-vous; reconnaissez Dieu sur la terre comme au ciel, afin qu'il ne se lasse pas des monarchies — doux gouvernement si on en use doucement — et ne les brise pas toutes, outré de l'abus du pouvoir humain ».

Et plus loin, ce même conseiller s'exprimait ainsi : « Je crains beaucoup si les hommes ne se modèrent pas et s'ils continuent à se faire dieux sur la terre, que Dieu ne se fatigue des monarchies, ne les bouleverse et ne donne une autre forme au monde ».

« C'était, dit Mignet, dans l'ouvrage qu'il a consacré à cet illustre nouvelliste, un personnage désordonné et attachant, adroit et inconsidéré, d'un esprit aimable et d'un caractère léger, plein d'activité, d'imagination, de vanité, de passion, d'intrigue, que l'on condamne, mais qui touche par quelques-uns de ses sentiments et par ses malheurs. »

("est en 1008 que ce nomade de la politique était

venu fixer enfin ses pénates près des Célestins, rue de la Cerisaie; d'où il se rendait chaque jour dans son cher cloître, parmi les discoureurs et informateurs d'affaires publiques. 11 s'y plut si bien que, sentant sa fin approcher, il demanda à être enterré en ce beau couvent, près du grand jardin aux lourds ombrages, où il avait trouvé ses dernières, peut-être ses meilleures satisfactions. Et, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, en cet asile funèbre où tant de grandes familles françaises tinrent à honneur de dormir leur dernier sommeil, on lisait sur la tombe d'Antonio Ferez une épitaphe qui rappelait les principales vicissitudes de sa vie ' .

Les jardins de l'Arsenal, contigus aux Célestins, offraient, eux aussi, une magnifique promenade à nos « gazetiers ambulants », comme les nomme m justement le Calendrier des Loisirs. Une allée de trois cent trente-trois toises partait du pied des sombres tours de la Bastille et venait, en régnant sur le fossé des remparts, rejoindre les berges de la Seine. En aval la vue de Paris : les chantiers de l'île Louvier, les tours de Notre-Dame et la multitude des clochers, tourelles et clochetons qui émergeaient des toitures; en amont la campagne; et l'eau tranquille du fleuve coulait entre des bouquets d'arbres; — spectacle merveilleux, que d'aucuns préféraient même à celui du Pont-Neuf. « L'on y voit tous les jours quantité de nouvellistes, note Donneau de Vizé, et je connais des personnes qui ont plus de

1- Pour toul ce qui concerne Antonio Perez, voir le livre Je Mignet, Père: et Philippe II. Paris, L881, in-16.

soixante .ans, qui ne laissent passer aucun jour sans y aller1. »

A l'autre extrémité du Marais, les jardins des princes de Soubise plantés de marronniers touffus, et la galerie de l'hôtel, en demi-lune, soutenue de colonnades accouplées, avaient également leurs « pelotons » et leurs « bureaux »; mais on ne les y rencontrait que le malin2; tandis qu'aux jardins du Temple, rue de la Corderie, à l'ombre des vieux murs crénelés et du haut donjon aux quatre tourelles d'angles, parmi les jets de plâtre des figures les plus renommées de l'antiquité 3, on les retrouvait jusqu'à deux heures de l'après-dînée.

Tout le jardin du Temple est en combustion,

écrit, à propos d'une nouvelle sensationnelle, l'auteur de la « comédie de château », les Xnuvellistes*. Sur la rive gauche, le jardin du Roi, aujourd'hui jardin des Plantes, était pour nos « pelotons » ce qu'étaient, sur la rive droite, le jardin de l'hôtel Soubise et celui du Temple. Le cloître des Célestins avait son pendant au cloître des Cordeliers.

Celui-ci s'élevait au coin delà rue de l'Observatoire et de la rue des Cordeliers, près du collège d'Harcourt, non loin de la Sorbonne. Il avait été reconstruit en 1683, vaste, aéré, très clair. Il s'étendait sur un carré oblong, entourant un préau, en jardin à la française, avec bassin et jet d'eau. « Les quatre corri-

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