III
« M. le Duc, disent les nouvellistes (il s'agit du duc de Bourbon qui gouverne le royaume pendant la minorité du roi), a du blé pour plusieurs millions; les Paris fameux financiers) et Samuel Bernard ont gagné plus de vingt-cinq millions sur ceux qu'ils ont enlevés. Le contrôleur général, qui est un trompeur et, un véritable turc, a toujours eu connaissance de ces enlèvements. Lorsque M. d'Ombreval lieutenant de police) est venu, mercredi dernier, au marché de la Halle, il s'est fait escorter par une escorte de gardes françaises qui juraient, en disant :
« — Voici la famine, on ne peut vivre avec six sous « de solde.
« Quant à M. le Duc, il se moque des remontrances qu'on lui l'ait au sujet de la cherté du pain '. »
Le 2 juin 1721», l'inspecteur Bazin écrit à son tour au lieutenant de police :
« Le dimanche ~2 juin, dix heures du malin jusqu'à midi, sous le cloître des grands Cordeliers :
« Une troupe de monde assemblée, les uns assis et les autres debout, s'entretenaient de la guerre et disaient que l'on devait savoir dans huit jours si elle était déclarée, que l'on parlait d'assiéger Luxembourg cet été. La conversation a roulé sur tous les princes de l'Europe, sur choses indifférentes, ensuite sur les différents gouvernements des royaumes. Un desdits particuliers, qui était le chef de la conversation, et qui était maître tourneur, a dil que la politique des rois est de ruiner les peuples, que c'était le moyen le plus sur de les soumettre: un autre, qui est eom-