‹ Les nouvellistesChapitre 68 sur 139 · Ibid., ms · texte numérisé non relu

Ibid., ms

« — El un beau jour on dira : « La reine est morte », et bien des gens n'en seront pas surpris. »

Sur cpioi l'abbé Tollel lui demande brusquement :

« — Que pensez-vous, l'abbé, lorsque Ton sonne pour les morts?

— Eh! que c'est pour avertir le portier du paradis d'ouvrir la porte '. »

Et tout le monde de rire.

Le ^4 février ll'Al, « les nouvellistes, qui se promènent au soleil, disent qu'il n'y a plus de religion et que les amis et les parents font tout ».

L'un de ces polémistes les plus impétueux était, sous le ministère Fleury, un Flamand qui logeait à l'hôtel de Tournon, d'où il se rendait chaque jour au Luxembourg. « Il y parle avec le plus grand mépris du roi de France et du roi Stanislas » (beau-père de Louis XV), lisons-nous dans les bulletins adressés au lieutenant de police Hérault. Le Flamand disait, entre autres choses, que le roi de France était un imbécile et que la guerre qu'il soutenait contre l'Empereur était injuste. « Comme ceux qui l'entouraient lui représentaient qu'on devait toujours parler avec respect des tètes couronnées v

« — Je me... moque de tout et ne respecte que l'Empereur. »

Le 17 juillet 1734. le lieutenant de police fit venir dans son cabinet ce fougueux « autrichien », et, sans vouloir le punir, lui fit promettre d'être dorénavant plus circonspecl .

Ce frondeur appartenait à la catégorie des « nouvellistes étrangers », ainsi nommés., non parce qu'ils

1. Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 10158, t. 156 v". 0. Ibid., ms. 10164, !'. 311.

étaient de nationalité étrangère, mais parce que leurs discours étaient généralement plus favorables aux ennemis de la France qu'à leurs compatriotes. On se décidait parfois à sévir contre eux. En juillet 1745, Tharsis et Maudry furent embastillés pour les propos hostiles à la France qu'ils tenaient dans les promenades. Ils demeurèrent prisonniers près d'un mois1. A l'heure où les affaires extérieures prenaient une tournure délicate, le gouvernement croyait utile d'envoyer des agents dans les lieux publics, pour y « défendre les discours qui pouvaient réfléchir contre la France ou contre ses alliés- ».

Le 1G septembre 17 40, on dit au Luxembourg que, « quoique la misère soit considérable quant à présent, elle le sera davantage dans la suite, parce que les blés ont manqué dans différentes provinces; mais le plus grand nombre estiment que ceux qui tiennent de tels discours ont des blés à vendre et que, par conséquent, ils s'efforcent à publier qu'ils ont manqué ».

Le chevalier des Barrières, lui, va jusqu'à se réjouir de la misère du temps. « Il prétend qu'il est inouï que les magistrats veuillent contraindre les boulangers à vendre leur pain à perte,' car c'est l'entendre ainsi que de le taxer.

« — Les magistrats, dit-il, ne devraient-ils pas la liberté aux boulangers de vendre leur pain au moins à proportion de ce que les blés leur coûtent? »

A la date du 3 juin 1717, l'agent secret qui se faufile parmi les « raisonneurs » envoie cette note :

« Le mauvais temps qu'il a fait aujourd'hui a

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