Mercier, Entretiens du jardin des Tuileries, p
l'entrée du jardin, les soldais et les ouvriers mal vêtus. Pour y pénétrer les hommes doivent porter l'épée et les femmes être en coiffe f. Aux diverses portes, la police est faite sévèrement : ainsi, dans les Tuileries, se promène une foule élégante, autour des trois bassins surtout. Les femmes y sont si bien parées, qu'elles « mettent en fuite les personnes qui ne sont pas d'une propreté recherchée, et que la magnificence impose la nécessité de s'écarter ou de s'asseoir à tout ce qui sent le campagnard ou le bourgeois 2 ».
Et cène sont pas seulement les petits-maîtres qui viennent parader autour des jets d'eau, mais, les personnages les plus marquants de Paris, « pour se faire connaître et s'entendre nommer par ceux qui passent ». Et ceux qui s'y pavanent le plus superbement, sont les riches financiers, quand ils peuvent s'enorgueillir d'avoir récemment marié leurs enfants dans la haute noblesse.
Avec la grâce, la confiance réciproque, la facilité de liaison qui caractérisaient l'ancien temps, les Tuileries, « le plus beau jardin du monde », dit un contemporain, et dont l'agrément « charmait jusqu'aux aveugles 3 », étaient devenues comme un grand salon en plein air. « Il n'y a que ce lieu dans l'univers, dit Mercier, où l'on se parle aussi facilement sans se connaître. La femme la plus qualifiée, lorsqu'elle s'y trouve, fait volontiers la conversation avec un inconnu *. »