Mercier, Entretiens du jardin des Tuileries, p
Mœurs aimables, cordiales el charmantes de la plus gracieuse époque de notre histoire. « Car ici on voit les plus grands personnages de l'un et de l'autre sexe, très souvent même des princes el des princesses du sang royal. » Les étrangers s'y font accompagner par les Parisiens de leur connaissance afin que ceux-ci leur nomment les notabilités qui passent '.
Un poète en justaucorps, veste et culotte dedroguet de soie, fond giroflée à fleurs, lit des vers à un groupe de gens qu'il ne connaît pas, mais qui l'écoutent. Il aborde le premier venu, ouvre son portefeuille et se met à déclamer. Pour le moment c'est une ode aux tours de Notre-Dame qu'il débile d'une voix vibrante et avec de grands gestes inspirés2.
Il est vrai que, dès le xvnc siècle, les Tuileries offraient aux promeneurs les plus jolies distractions du monde : c'était le fameux écho artificiel, d'une si belle résonnance, que les galants recherchaient, à cause de sa sonorité, pour donner des sérénades à leurs belles, et ils choisissaient l'heure du jour où la foule affluait « afin qu'il y eût plus de témoins de leur amour ' »; c'était le grand jeu de mail; puis la ménagerie adossée à un petit bois, qui s'étendait sur le bord de la Seine, avec des léopards, des tigres, des ours, un loup cervier, deux aigles, deux cerfs et les lions qui jouent un si grand rôle dans la Comédie des Tuileries. On sait (pie de celle-ci Richelieu traça le plan, et qu'elle fut écrite par les « cinq auteurs ■ : Pjoisrobcrt, Collelet, Corneille, à qui est dû l'acte III,