I. Norvins, Mémorial, I
Un journal bien l'ait réserve clans ses colonnes une place spéciale aux graves dissertations de la politique, une autre aux échos plus frivoles : modes, soirées, spectacles, concerts, courses, cercles et mariages. lien allait de même aux Tuileries : la gazette légère se débitait dans la grande allée et la gazette sérieuse sur la terrasse des Feuillants, celle qui était parallèle à la rue Saint-Honoré et au Manège. « La promenade nous conduisit sur la terrasse où Ton fixe la destinée des Empires, lisons-nous dans les Tableaux de la bonne compagnie '. On voyait déjà les nouvellistes s'y rassembler. » Ceux-ci ne firent que grandir en autorité dans le cours du xvin0 siècle, au point que la terrasse des Feuillants devint réellement le Grand théâtre des Nouvellistes. Elle tirait son nom du couvent voisin des Feuillants, moines blancs quelque peu mondains. C'était dans leur église que se disait, le dimanche, la messe d'une heure, la messe élégante, « celle qui, sur la rive droite de la Seine, n'avait de rivale que la messe des Petits-Pères, près la place des Victoires, et où les merveilleuses se donnaient rendez-vous de dévotion, de toilette et de causerie 2 ».
Sur cette terrasse les nouvellistes politiques vont jouer un rôle important et se rendre fameux jusques aux préludes de la Révolution. Les nouvellistes des Feuillants ont sur leurs confrères des autres promenades parisiennes cette supériorité — tradition interrompue depuis la mort du comte de Lionne — qu'ils étaient le mieux initiés aux affaires étrangères, à ce
1. Talileaux de la bonne compagnie de Versailles et de Paris, par le chevalier do B... (Paris, 1781), I. 15.