‹ Les nouvellistesChapitre 87 sur 139 · Leclerc '!<' Sept-Chônes, éd. Tonrneux, i · texte numérisé non relu

Leclerc '!<' Sept-Chônes, éd. Tonrneux, i

l'autre, dit la marquise de Villeneuve-Arifat ; un nez si grand, ajoute Salabery, que Métra, « sans être un sot, aurait pu ne pas voir plus loin ' ». Mais le due de Lévis estime que l'esprit du bonhomme était au dessous du médiocre. Néanmoins, dit le noble duc, son opinion en vint à taire autorité jusque dans la société la plus huppée, où, cependant il ne fut jamais admis. Il n'en allait pas de même aux Tuileries, où les chaises de son cercle étaient recherchées par les personnes de la plus haute distinction.

Le comte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne, qui demeurait dans le voisinage du jardin et le traversait tous les jours, s'étant attardé à écouter Métra, remarqua le soin que celui-ci mettait à répéter les nouvelles qu'il avait pu recueillir et l'esprit modéré et juste des commentaires dont il les accompagnait. Si bien que, durant la guerre navale de l'Espagne contre l'Angleterre, il en vint à communiquer à Métra les nouvelles qu'il désirait répandre dans le public. Les autres ambassadeurs ne tardèrent pas à favoriser le nouvelliste de leurs confidences. Ils dépêchaient vers lui leurs secrétaires; bientôt imités par notre ministre des Affaires étrangères qui déléguait auprès de lui son « troisième commis ». Métra devint ainsi comme le « bureau d'échange » des nouvelles concernant les Affaires étrangères, le canal par lequel parvenaient au public les informations dont le ministre français et les ambassadeurs étrangers voulaient qu'on fût instruit. N'est-ce pas comme une agence officieuse, une agence Ilavas dont le bonhomme aurait rempli les fonctions sous le règne de Louis XVI?

Page 1