‹ Les nouvellistesChapitre 93 sur 139 · Mercure galant, 1613, III · texte numérisé non relu

Mercure galant, 1613, III

Leur entretien est grave, bien qu'il se poursuive sur un ton badin et comme en sautillant: mais à l'attention des dames, non moins que des messieurs, on voit l'importance que tous y attachent. Il s'agit des modes nouvelles. Car le Journal des Modes a sa place au Palais-Royal auprès des feuilles politiques. Les ajustements des personnes de qualité en promenade dans le jardin servent d'argument, et Donneau de Vizé, qui s'est approché, insérera dans le Mercure les propos qu'il recueille :

« — La mode des Colliers d'ambre, dit Lucrèce, et même des pendants rouges, luisants et taillés à facettes, est devenue presque aussi générale que celle des manteaux peints et imprimés. On ne fait plus de pied aux dentelles et on ne met plus sur les habits de , petites dentelles noire- avec les grandes, on fait des dentelles sans fond et chenillées. »

Et comme Acaste proteste contre cette dernière expression, bien vilaine pour de si jolis colifichets et touchant de si près à la gorge blanche de Lucrèce, celle-ci en donne l'explication :

« — On appelle ainsi ces dentelles parce que les fleurs en sont veloutées, comme était autrefois une espèce de ruban que l'on appelait de la chenille. »

Clitandre félicite ces dames d'avoir changé la forme de leurs manches qui »< était jusqu'à ces derniers temps fort désagréable et les faisait ressembler à des lanternes ... Enfin elles ont été raccourcies, renouées et retroussées, ce qui leur donne bien meilleur air.

Il est vrai que, de leur côté, ces Messieurs ont dû, eux aussi, réformer leurs manches, non pas cependant pour une raison d'esthétique; mais uniquement

pour leur commodité. Leurs manches étaient toutes surchargées de rubans et de dentelles, et l'on disait alors, ajoute Clitandre, « que nos manches làtaient les premières aux sauces ». On s'est donc décidé à les retrousser, à retrancher les rubans, et, quant aux dentelles, à les coudre à plat sur les revers '.

En 1690, brillait parmi les nouvellistes du Palais- Royal, un président de cercle nommé Léger. Du Camp d'Orgas le met en scène dans sa satire des nouvellistes. Léger y apparaît, debout sur une chaise, entouré d'une foule de peuple. On est au fort des guerres de Louis XIV. D'une voix vibrante il anime ses concitoyens contre le prince d'Orange :

Sur li> moindre succès d'abord il se récrit» Et du geste cl de- yeux il défend la patrie.

Dans l'étude qu'il consacre à Du Camp d'Orgas, M. de Caillou dit 1res justement qu'un siècle avant les heures révolutionnaires, dans les jardins du Palais Royal, Léger présage Camille Desmoulins animant les cœurs pour la défense de la liberté.

Le croquis révolutionnaire se précise dans les vers suivants, datés, ne l'oublions pas, du règne de Louis XIV, de 1090, non de 1790 :

Un inconnu a osé prendre la parole pour contredire Tardent orateur : « Comment, lui dit Léger,

« Devant moi vous osez avancer un tel mot; Un exemple, messieurs, est ici nécessaire, 11 tant, eu bon français, punir le téméraire! » La fuite de cet homme arrêtant son dessein, Lui lit, fort à propos, éviter le inissin,

où la foule s'apprêtait à le précipiter.

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