Dans son roman I pu blié en 1") lu
est lourd de secrets. Enfin il va parler, mais ce n'est que pour demander les nouvelles du jour. Ce qui soulève une légère rumeur. « On se regarde, on sourit. » C'est bien à lui à questionner! Mais l'homme, plein de mystère, insiste. Il ne sait rien. 11 vient seulement pour apprendre quelque chose.
Là-dessus, les conversations reprennent leur cours. On raconte, on raisonne, on spécule. Enfin le « maître » dil à son tour :
« — Vos mémoires ne sont pas sûrs. J'en sais de meilleurs. »
[A un autre) :
« — Vos lettres sont, surannées; j'en ai vu de plus fraîche date. »
(. I un troisième) :
« — Votre gazette est fausse. »
(Enfin à tous) :
« — Le courrier d'hier a été tardif. Il est cependant arrivé quelques paquets; mais cela ne transpirera pas de si tôt. »
Alors ceux qui l'entourent le pressent à nouveau, le questionnent, le supplient. Il se décide enfin et dil d'un ton d'oracle, dans un style haché, mystérieux comme celui de la Sibylle :
« — Que cela est pensé!... Le Conseil aulique... quelles lètes!... En France nous n'avons plus que des bras!... Ccrlcs on pourrait encore ajuster bien des choses, mais qui chargera-t-on d'une négociation aussi délicate?... Je ne vois personne... D'ailleurs je crains l'air du Nord pour nos ministres : nos sophismes n'y prendront pas. ■
Sur quoi il se lève brusquement. On veut l'arrêter : en vain. Il est accable, il attend des lettres, il faut
qu'il écrive, il a rendez-vous avec le président d'un grand cercle de nouvellistes. Et il laisse ses auditeurs bouche bée, pour courir chez Procope, chez Laurent, au café de Malte, où il passe en coup de vent. Puis il arrive aux Tuileries. Un peloton l'y attendait et le reçoit avec' acclamation '.
Au café, nous retrouvons les nouvellistes militaires; mais au lieu de tracer avec leur canne, sur le sable des allées, la marche des généraux en campagne, ils boivent force rasades au succès des armes françaises; ou bien, quand à nos drapeaux la fortune est momentanément contraire, ils boivent encore des rasades pour se consoler de si fâcheux revers. La bonne tenue de leurs discours en est parfois dérangée.
J.-B. Rousseau met en scène un de ces stratèges d'estaminet, dans sa comédie le Café, la première de ses œuvres qu'il ail publiée :
J013ELIN.
Vous êtes capitaine? Et que faites-vous à Paris pendant que tout le monde est à la campagne?
LA FLÈCHE
Je passe le temps au cabaret à faire mes observation- sur la guerre présente.