‹ Les nouvellistesChapitre 99 sur 139 · ibid., ms. 10158, f · texte numérisé non relu

ibid., ms. 10158, f

Au café Le Roy, on parle des harengères de Paris, mal satisfaites de l'accueil qu'elles reçurent à Versailles, quand elles vinrent y complimenter Louis XV sur son rétablissement. Le roi resta invisible et se fit représenter par un de ses gentilshommes, ce que feu Louis XIV ne se serait pas permis. Aussi Louis XV peut-il bien retomber malade, elles le laisseront se rétablir tout seul. Mais à qui doit être imputée cette incivilité du prince pour les dames de la Halle? Les uns l'attribuent au premier ministre, le cardinal de Fleury, qui avait fait dire aux poissardes « qu'elles incommoderaient le roi si elles le voyaient »; les autres affirment, au contraire, que « M. le Cardinal avait fait ce qui dépendait de lui pour qu'elles parlassent au roi, mais que Sa Majesté n'avait pas voulu ' ».

Le 1er mai 1732, les nouvelles qui étaient sur le tapis au café Dupuis concernaient la récente attaque de la diligence de Lyon. On sait que celle-ci, dont la caisse contenait toujours des valeurs et des fonds considérables, ne cessa d'être, sous l'ancien régime, l'objectif des voleurs de grand chemin. Cette fois cependant, l'attaque et le pillage s'étaient produits dans des conditions particulières : les bandits étaient masqués, ils se donnaient pour gens de condition, et disaient aux voyageurs qu'ils n'en voulaient, ni à leur vie, ni à leurs effets, mais uniquement à l'argent du roi, c'est-à-dire aux deniers publics, produit des impôts que le courrier transportait. La maréchaussée et les archers qui escortaient le carrosse essayèrent de le défendre, mais ils furent mis en déroute. Les

1. Bil>l. de l'Arsenal, Arc/tires de la Bastille, ms. 10158, 1". 317.

voleurs, avant de prendre congé, déclarèrent encore qu'ils étaient pour le moment à la débandade, qu'ils mouraient de faim et qu'on verrait par la suite jusqu'où ils porteraient leurs exploits. Ce qui fît dire aux nouvellistes qu'il y avait dans le moment nombre d'« officiers militaires », sans emploi, sans biens, et tout prêts, de ce fait même, à se mettre à la tête de pareilles bandes '.

En 17-29, au plus fort de la seconde agitation janséniste, on s'occupait surtout, dans les cafés, des interminables querelles religieuses; et comme le cardinal Fleury était pour la Constitution, c'est-à-dire contre les jansénistes, on l'appelait communément « chien •< et « traître à la patrie2 ».

En juillet 1736, on proteste contre le privilège des agents de change; et, en septembre 1737, on s'indigne de l'audace des francs-maçons.

« Ce n'est pas Louis XIV, dit l'un des orateurs, qui aurait souffert que les grands seigneurs s'assemblassent en conciliabules secrets, comme ils le font aujourd'hui, en assemblées de frev-maçons. Mais le cardinal de Fleury craint de se mettre aucuns seigneurs à dos. Le lieutenant de police vient, il est vrai, de prononcer une condamnation contre le cabaretier de Saint-Benoît, qui prêtait ses salles pour les réunions. Mais déjà les seigneurs en ont-ils largement dédommagé leur hôte.

« Quant au commissaire de Lépinay, qui fut chargé de la descente de police, il a sagement fait d'agir prudemment, car il risquait d'être jeté dans la rivière avec toute son escorte. »

1 Bibl. de L'Arsenal, Archives de la Bastille, ms. 10161, f. 241.

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