PARTIE DC VIEUX PRESBYTERE DE SA1NT-LYPHARD
(État actuel).
on dépose la nourriture des bêtes qui, de l'étable voisine, passent, pour atteindre l'auge, leurs têtes cornues par de grands trous ronds percés dans la cloison. On montre encore à Kerloumet, en Saint-Lyphard. quelques-unes de ces vieilles maisons : elles ont d'énormes toits, faits en roseaux de la Brière et garnis jusqu'au faîte d'une jolie plante à capsules roses qu'on appelle là « le raisin d'oiseaux ». On voit aussi dans le village, accolé à la maison du curé actuel,
l'ancien presbytère qu'avait habité l'abbé Landeau, respectable masure bâtie de pierre grise et percée d'étroites fenêtres. Bien souvent, au cours de sa vie errante, il dut jeter un regard de regret et d'envie sur cette rustique demeure qui avait été la sienne. Il n'y devait rentrer jamais.
La Terreur avait pris fin depuis longtemps; mais les prêtres réfractaires étaient toujours proscrits. L'appréhension incessante, la misère, les nuits passées dans le marais, ruinèrent la robuste santé du curé de Saint-Lyphard : il mourut, assisté par son fidèle vicaire, chez Charles Deniaud, le 24 juin 1799 : il avait cinquante-quatre ans. Ses paroissiens, qui n'ignoraient pas son histoire et qui considéraient comme un « miraculé » cet unique échappé à la noyade des prêtres, désiraient ardemment conserver ses restes dans le cimetière du village. Or, Kernogan, où le décès avait eu lieu, se trouve sur le territoire de Guérande; c'est donc à Guérande que le corps serait porté et enfoui, dans la fosse commune, suivant la réglementation en vigueur. Pour éviter cette profanation, on imposa à l'abbé Landeau mort, une dernière randonnée : on porta, dans la nuit, son cadavre, au hameau du Crutier, distant de cent mètres à peine de Kernogan, mais faisant partie de la commune de Saint-Lyphard; il fut déposé, dit-on, dans le lit d'un vieillard agonisant qu'on emmena à Kernogan, où il trépassa. Le troc opéré, la fosse commune de Guérande n'était pas frustrée d'un corps et le cimetière de Saint-Lyphard reprenait ses droits à celui de l'abbé Landeau.