LE CHÀ.TEAU D*DDOLPHK
remettre on lumière une fresque effacée de Memmo Gaddi.
John Lewing leur dit :
« Eh hieni puisque vous ne voulez pas me suivre. Je partirai seul. »
A minuit, on se ^para.
Deux jours après, John Lewing demande des chevaux, et court en poste sur la route de Sienne jusqu’à ce village, composé de deux maisons, qui se nomme misérablement Torrinieri. Là, notre Anglais fit seller un cheval, suspendit le roman au cou de sa bête, et s’éloigna de la grand’route, pour marcher directement sur le château mystérieux. Entre Polderina et Riccorsi, la chaîne des Apennins s’allonge avec des contorsions effrayantes ; il y a des groupes de montagnes qui semblent s’étre associées pour souteilff le ciel. Avant de descendre dans la profonde route qui tombe d’aplomb sur les chaumières de Riccorsi, on aperçoit à droite des amoncellements fantastiques de terrain, des collines rouges, des rochers sillonnés de rides, des montagnes qui ressemblent à des dômes de cathédrales; tout ce paysage est d’une tristesse qui ne peut jamais parvenir à s’égayer au soleil italien. Lewing prit sa carte, la déroula sur le cou de son cheval et établit ses positions. Udolphe n’est pas loin d’ici, dit-il; voilà une véritable campagne de revenant. Il se mit à chevaucher çà et là, toisant les montagnes du sommet à la base, et s’arrêtant par intervalles pour lire un chapitre du roman.
Au milieu de ces perplexités, il avisa un pâtre mélancolique assis sur un tertre de gazon, une houlette à la main et gardé par un chien. Il galope vers le pâtre, et lui
■1G Lra îîCiTS AKcaAïSBS
demande dans une langue qui avait toutes les peines du monde à se faire italienne, s’il était bien éloigné du château d’Udolphe,
Le pâlie était enveloppé, de la tête aux pieds, d’un vieux manteau rouge, et ne laissait entrevoir que «es yeux et la moitié de son front, car laÿrise fraîchissait sur les Apennins. ïl souleva lentement sa tête, reg^da l’Anglais, et lui fit signe qu’il ne comprenait pas.
John Lcwing à son tour regarda fixement le pâtre, et un rapide frisson le secoua vivement. C’était effrayant en effet, un pâtre sans troupeau , un manteau rouge et un chien noir. On aurait cru voir un post-scriptum du roman de Radcliffe , oublié dans ce désert. Cependant l’héroïquo Aurais imposa silence aux battements de son cœur; et, appelant à son secours tous les lambeaux de la grammaire de Veneroni que sa mémoire tenait à sa disposition il engage le colloque suivant ;
« Êtes-vous de co pays, ô berger?
— Oui, excellence, répondit le pâtre avec un accent do bucolique, je suis natif de Polderina.
— Me permettez-vous de vous demander des nouvelles de votre troupeau?
— Eh ! mon troupeau m’a abandonné à mon malheureux sort; mon chien seul m’est resté fidèle.
— Quelle est votre profession aujourd’hui?
— Pâtre, toujours pâtre. Le seigneur Montoni m’a promis de me monter un troupeau; j’attends.
— Le seigneur Montoni! dites-vous? Il y a un scigneuf Montoni dans cet endroit?
— Oui, excellence; vous le connaisse::?
LE CHATEAU D*üT»OLPIIE i7
— Si jo le connais ! lui , non; mais son aïeul Ditcs-
moi, liabite-t-il toujours le château d’Udolphc?
— U habite cette chaumière que tous voyez iù-bas, làbas, à deux lieues d’ici. On l’appelle toujours le scigneœi’ Montoni, mais il est aussi pauvre qiiCMoi.
— Le scélérat!... Je parle de l’aïeml; et que fait-il ce àlontoni, le petit-üls?
— Il arrête les voyageurs et les dévalise; au iond, e’est un honnête homme.
— Vraiment 1 il a donc été exproprié -du château de ses aïeux?
— Oui ! le château tombe en ruines.
— En ruines, ce merveilleux cteateau! Est-il bien loin ?
— Le seigneur’Montoci?
— Non, le château.
— On peut le voir de la place où vous êtes Tenez,
montez sur ce petit rocher, et regardez entre ces deux
chênes qui se penchent Vous voyez quelque chose de
noir, n’est-ce pas?
— De très-noir, oui.
— C’est la dernière tourelle qui reste à Udolphe...
— Ahl il y avait tant de tourelles!... Pourriez-vous m’accompagner jusque-là?
— Avec plaisir, excellence; depuis que je n’ai plus do troupeau, je ne demande que des oecasions de me distraire : voilà la place où je le menais paître tous lc3 jours. Ah!
— Pauvre garçon! Tenez, voilà vingt guinées pour vous consoler.
— De l’or! de l’or! Non, non, gardez vos dons, géuC-
s LES NUITS ANGLAISES
peux étranger; vos guinées m’ôteraient le bonheur dont je jouis.
— Et de quel bonheur jouissez-vous, dans votre infortune?
— Je cultive la vertu.
— Très-bien! Après?
— Voilà tout.
— De quoi vivez-vous ici?
— Je vis au hasard; un air pur m’environne, le soleil me chauffe de ses rayons. »
Le pâtre et l’Anglais cheminaient en causant ainsi. Voilà, dit en lui-même John Lewing, voilà le pâtre le plus original que j’aie vu de ma vie; Dieu me damne, si je comprends cetto existencc-là! Après une courte pause, le colloque recommença.
« Monsieur le pâtre, dit l’Anglais, auriez-vous entendu parler, par tradition, des mystères du château ^ d’Udolphe?
A cette interrogation, le pâtre s’arrêta brusquement et manifesta une vive émotion; son corps parut frissonner sous le manteau rouge; il regarda l’Anglais du fond de ses yeux vitrés par l’effroi. Le chien noir hurla rauquement. John Lewing fit trente conjectures à la minute, et resta muet sur son cheval de poste. Le vent sifflait dans les rameaux secs d’un vieux figuier stérile qui avait l’air de vouloir se mêler à la conversation.
Le pâtre hocha la tête, avec des mouvements solennels et mélancoliques, et John Lewing , s’apercevant qu’il allait enfin parler, descendit de cheval pour l’écouter de plus près.
« Seigneur, dit le pâtre, vous me faites là une demaii lo
LE CHATEAU d’uDOLPHB 0
terrible, et qui rouvre de vieilles blessures; rétractez-vous votre demande ou persistez-vous?
— Je persiste, dit l’Anglais.
— Voulez-vous savoir qui je suis?
— Oui.
— Je suis le potit-flls d’Annette et de Ludovico.
— Grand Dieu! le petit-ûls de ces deux honnêtes...»
— Oui, seigneur, lui-même.... regardez ce figuier.
— Je le regardé.
— C’est à l’ombre de ce figuier que se sont reposés mon aïeul, mon aïeule, et la jeune et belle Emilie, etM. Dupont, lorsqu’ils s’échappèrent du château d’Udolphe.
•— Ds se sont reposés là!.... Permettez que je coupe une branche de l’arbre vénérable qui a ombragé tant de vertus. Continuez, fils de Ludovico.
— Savez-vous le nom du village que vous venez do traverser ?
— Polderina, je crois.
— Justement. Eh bien ! c’est là qu’Émilie acheta un chapeau de paille d’Italie, dont elle avait grand besoin pour son voyage à Livourne.
— Oui, oui; ce chapeau de paille.... Tome III, page 247, édition d’Édimbourg.
— Avançons toujours, vous n’êtes pas au bout. Voyezvous ces bruyères qui s’agitent comme des chevelures dans une cuve pleine de damnés, et chauflée à soixante degrés Réaumur?
— Oui, ô le plus poétique des pâtres!
— C’est là qu’eut lieu la disparition de la signera Lao* ■ rentina.
r.V.5 NUITS ANGL.VISES
— Ombre chère! elle plane peut-être....
— Elle plane, n’en doutez pas. Aussi, ces bruyères s’agi» tent toujours, môme en l’absence du vent.
— Permettez que je coupe un rameau de ces bruyères.
— Nous sommes en ce moment dans le chemin creux où passaient les condotlûri, quand ils se rendaient de Venise à Udolphc.
— Je ramasse un caillou de ce chemin creux.
— Voici une petite prairie qui fut baignée par les larmes de Valancourt.
— Je cueille un brin d’herbe pour ma collection.
— Et voici non, pour me servir de l’expression con-
sacrée, voilà, voilà Udûlphe!
— Ah mon Dieu !.... tenez un instant la bride de mon cheval, je veux me prosterner.... Comment, voilà donc ee magnifique château! est-il perché!.... Mais, dites -moi, je ne vois pas la forêt de sapins.
— Incendiée, incendiée!....
— Incendiée !
— Par la malveillance. Maintenant, prenons haleine, et gravissons ce rude sentier.
— Oh! je reconnais ce sentier.... et Valancourt aussi le
connaissait ce sentier! Infortuné jeune homme! O
jeune pâtre, comment pourrais-je reconnaître le service que vous me rendez; oh! je vous serais le plus reconnaissant des hommes, si vous acceptiez un troupeau do ma main.
— Pas une hrebis. Je n’ai besoin de rien : ma pauvreté me suffit.
— Ce désintéressement fera mon désespoir. Dites-moi,
LE CHATEAU B’cBOLPIIE H
s’il TOUS plaft, comment vivez-vous avec le petit-fils de Montoni?
— Le temps et le malheur adoucissent singulièrement les haines ; je suis intimement lié avec le petit-üls du persécuteur de mon aïeul Ludovico.
— Cela me touche aux larmes et me réconcilie avec le nom de Montoni : le petit-fils ne persécute plus personne?
— E^i mon Dieu! qui voulez-vous qu’il persécute? Il serait bien tenté quelquefois de commettre quelques cruautés par désœuvrement, mais il n’a pas un écu; il faut être riche pour être cruel impunément. Sénèque l’a dit : Da passe quantum valant,
— Ciel! vous avez lu Sénèque? vous parlez latin? Ohl ces montagnes ne méritent pas de vous posséder! quel troupeau ne se glorifierait pas de vous avoir à sa tête ! Venez à Londres avec moi. Monsieur; venez, je vous donnerai un de mes vieux châteaux.
— Ah! pourrais-je vivre loin de ces lieux, témoins des malheurs de ma famille et de mes malheurs personnels I Quelle douceur trouverais-je qui valût la calamité qui m’accable à l’ombre de ces figuiers?
En conversant ainsi, ils arrivèrent sur le plateau de la montagne. Un singulier spectacle ôta la parole à l’Anglais.
Des ruines étaient amoncelées dans un fossé large et profond qu’elles avaient comblé. La moitié d’un château était encore vigoureurement debout; une tour bien conservée s’élevait comme la tige d’un aloès, d’un grand bouquet de chênes, et assistait, comme un soldat vivant, à la dévastation d’un champ do bataille. Le pont-levis était ironiquement levé devant une muraille absente, et, !Éur
LES NDITS ANGI.ATSES
un fossé sans eau, des pins chétifs avaient envahi la grande galerie, et semblaient s’y promener sur deux rangs, comme des nains mystérieux. Un escalier gigantesque montait vers des appartements supérieurs qui n’exislaicnt plus. Le vent des Apennins avait ensemencé toutes ces ruines, et les avait couvertes de cette végétation puissante et capricieuse que l’art n’imitera jamais.
John Lewing reconnut parfaitement les localités. Il fit le devis du château et nota du doigt, dans l’espace vide, les salles écroulées où se passèrent tant de scènes inouïes. Il se désigna avec une grande sagacité, les parcelles d’air où était suspendue la chambre funèbre du tableau de cire; il se montra dans le vide le néant où fut cloué ce tableau, et il frémit. Il se promena dans le corridor absent qui avait entendu tant de plaintes nocturnes, et il se recueillit pour saisir encore un écho de ses plaintes. Le pâtre le suivait partout avec son chien noir.
Ils arrivèrent au pied de la tour; la porte était défendue par des buissons hérissés comme des chevaux de frise. John Lewing se fraie un passage à travers ces épines, en y . laissant en otage les lambeaux de ses vêtements. L’escalier était vermoulu et sombrement éclairé par des lucarnes pratiquées dans l’épaisseur du mur. Au premier étage, l’Anglais entra dans une chambre qu’il reconnut du premier coup : c’était la chambre d’Emilie; ramcublement se composait d’un bois de lit et d’un matelas en putréfaction. John Lewing baisa ce lit. « O Valancourt! » s’écria-t-il; et il pleura. Il vit aussi distinctement sur le mur le chiffre VE en caractères de sang.
« La nuit approche, dit le pâtre avec sa voix mélancolioue.
r.1: cir.VTE.Vü d’ut.olpiib
— Eh! que m’importe! c’est la nuit que j’attends, que j’implore, dit l’Anglais. Quand finira- t-il ce jour odieux 1 je déteste le soleil.
— Mais songez, seigneur, que nous ne pourrons pas regagner Torrinieri ou Polderina dans l’obscurité.
— Ça m’est bi"n égal; je couche ici. »
Le pâtre recula d’horreur.
« Vous couchez ici!...
— Certainement! là, dans ce lit... le lit d’Émilie! ô Valancourt!
— Et où souperez-vous?
— Je ne soupe jamais. J’irai déjeuner demain à Torriuieri ; faites-moi le plaisir de mettre mon cheval au vert dans les ruines; il boira la rosée de la nuit. Voua n’avez pas la fantaisie de passer la nuit avec moi, vous?
— Dieu m’en garde!
— Mettez-vous à votre aise; mais ne manquez pas de vous trouver demain à Torrinieri, à l’auberge de.... à l’auberge enfin, il n’y en a qu’une. Adieu, vous que j’ose appeler mon ami. »
Le pâtre et Lewing se serrèrent cordialement la main, ^ l’Anglais resta seul, dans la chambre d’Émilie; le pâtre et son chien disparurent bientôt par le chemin creux.
La nuit tomba sur les vastes ruines et les couvrit d’une ombre transparente qui les faisait saillir dans un reüef effrayant. Chaque masse de granit emprunta une physionomie étrange à cette clarté livide qui tombe d’un ciel étoilé, mais nuageux. La verdure des pins, des figuiers sauvages, des noyers, des hautes herbes, se fit noire comme un crêpe de deuil; c’était comme un cimetière hérissé de
114 LES Ntrrrs anglaises
tombeaux dévastés, dont les épitaphes avaieiït disparu
sous un voile de mousse, de saxifrage cl de lichen
John Lcwing contemplalongtemps, à travers des larmes de joie, ce spectacle ravissant pour lui. « Gomme il est doux de passer ici ses soirées, disait-il, lorsque l’àge a bronzé notre épiderme et nous a ravi nos émotions! Cela ne vaut-il pas mieux, dites-moi, que de faire le wist dans un club illuminé au gaz? Mais à quoi pensent donc les hommes qui s’ensevelissent dans nnc salle étroite, pour échanger entre eux ces paroles nauséabondes qu’ils appellent les charmes de la conversation? Les mortels sont vraiment fous ! Oh ! comme la vie est forte au milieu de ces ruines! Quel soleil vaut cette nuit? O Anne RadclilTe, grand homme ! pourquoi n’as-tu pas de îtombe d’honneur à "Westminster ? Je t’en promets une en marbre noir. »
Ce vœu fait, John Lewing se jeta tout habillé sur le lit d’Émilie, non dans l’intention vulgaire de dormir, mais pour penser, dans un saint recueillement.
H pensait depuis quelques heures, lorsqu’il entendit distinctement sonner un coup d’horloge, puis deux, puis trois, jusqu’à douze! minuit!
Il se leva sur son séant et dit ; « "Voilà qui est bien singulier! ce n’est point un rêve; j’ai compté les coups, eit la vibration roule encore dans la tour. 11 y a donc un belfroi ici?.... Je donnerais cent guinées pour l’entendre une seconde fois. ))
Le beffroi répéta minuit.
« Très-bien! dit Lewing; je voudrais savoir quel est Thorlogcr qui règle cette horloge. » Et il se mit à rire aux éclats pour faire honneur à sa plaisanterie.
Lli CIIATKAU u’lDOLPIIE 1d
Ce rire fat brusquement suspendu par des sons mélodieux qui semblaient monter du pied de la tour.
« C’est la harpe de Laurentia! s’écria Lewing, je la reconnais. » Et il courut à la croisée pour entendre et voir. Le prélude de l’instrument annonçait une romance; une voix chaulait :
O toi »',ni sus toucher mon âme,
.Atortcl sensible et vertueux,
Prends de ma triste flamme.
Seconde mon coeur et mes voeux.
Amant chéri, toi que j'adure.
Délivre-moi de mes tyrans;
Pour flétrir celui que j’abhorro,
11 ne me reste que des chants.
(( Ces vers, dit Lewing, ne sont pas fort bons, mais je les payerais volontiers cinq cents guinées. » Comme il se parlait à lui-même, il vit distinctement une ombre blanche qui se glissait dans les hautes herbes, au pied de la tour.
Respectons ce terrible mystère, dit Lewing; il ne nous appartient pas de sonder les effets surnaturels, selon la belle expression de RadclifTc, dans son roman de Julia, ou les Souterrains de Mazzini.
Alors commencèrent d’épouvantables scènes, qui auïaient glacé de terreur tout autre que l’héroïque John Lewing. La tour trembla sur scs vieux fondements, avec un bruit de ferrailles, si bien nourri, qu’on eût dit qu’elle était habitée par tous les fantômes du bagne de l’enfer. On entendait des cris étranges qui n’appartenaient pas à des poitrines d’hommes; ces cris s’élançaient avec des sifflements brisés, comme s’ils avaient fait irruption à travers une rangée de squelettes; du moins, c’était ainsi que se les expliquait Lowipg. Il entendait des mots isolés, des
ttS NUITS -VNGI.ATSES
phrases sans suite, saas doute interrompues par un vif aiguillon d’une flamme infernale qui suit le damné sur la terre, lorsqu’il a obtenu un congé de Satan. C’étaient des paroles lamentables, prononcées dans un italien à l’anglaise, comme si le plaignant eût voulu se mettre à la portée de son seul auditeur. Puis de longs éclats de rire qui allaient s’éteindre dans un concert de sanglots: puis des râles affreux, comme si toutes les potences de Tybum eussent fonctionné sur cent misérables agonies vouées au bourreau : le tout assaisonné de plaintes de vent, de bruissements de feuilles, de vagissements de nouveau-nés, de ferraillements de fossoyeurs, de duos d’orfraies et de hiboux, de glas de cloches fêlées, de frôlements de suaires, de craquements de saules pleureurs, de lamentations de vierges outragées, de cbquetis de glaives, de soupirs de pont-levis, de fracas de torrents sous une écluse, de souffles de fantômes infusés dans l’oreille, de miaulements de chats-tigres, de toutes les désolantes harmonies qui s’élèvent des lieux funèbres où la chair souffre, où le corps verdit, où l’âme pleure, où la vie se fait mort.
John Lewlng analysa tous ces effets et les consigna dans un procès-verbal, en invitant l’assemblée invisible à venir le signer. Personne ne se présenta; Lewing jugea convenable de se retirer dans une pièce voisine, pour laisser libre accès aux signataires.
A l’aube, le calme revint aux ruines ; jamais aube ne fut plus maudite que celle-là : Lewing était furieux contre elle ; d’abord il ne voulut pas la reconnaître et la nia.
L’aube ne tint pas compte de cet aveuglement, et fit son chemin dans le ciel, en attendant l’aurore; puis un